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Spéculation et révélation
Quatrième de couverture
« Léon Chestov était un philosophe qui philosophait de tout son être ; pour lui, la philosophie n’était pas une spécialité académique, mais affaire de vie ou de mort ».
Par ces mots, sur lesquels s’ouvre la préface de l’ouvrage de son cher adversaire, Nicolas Berdiaev nous introduit d’emblée au cœur de la problématique chestovienne « affaire de vie ou de mort ».
Nul penseur contemporain ne nous confronte en effet plus urgemment aux « grandes questions » de toujours que Léon Chestov, pour qui « chercher en gémissant » constituait la méthode philosophique par excellence.
« Apprendre à vivre dans l’inconnu », disait-il encore : tel est le but de la philosophie. Et la croisade qu’il entreprit, à l’enseigne de la « lutte contre les évidences », visait aussi bien à faire sauter les verrous du possible et du réalisable auxquels s’était tenue la philosophie spéculative d’Aristote à Hegel.
Cependant, ce serait trahir cet ennemi des systèmes clos que d’en faire un systématique irrationaliste. « J’appelle aussi science ce que vous faites », lui confia d’ailleurs un autre de ses grands adversaires de l’époque, Edmund Husserl. Mais pour être conscient de l’étendue et des pouvoirs de la raison, Chestov ne savait pas moins le caractère irréductible et mystérieux du tragique existentiel.
Dans le présent recueil d’essais, dont le titre marque assez l’opposition de la Raison et de la Foi que Chestov n’a cessé de réaffirmer, le lecteur découvrira, entre autres, quelques textes fondamentaux de l’infatigable lutteur.
Pour Chestov, l’Écriture Sainte « ne peut être justifiée au tribunal de notre raison ». S’inspirant de Tertullien, qui dressait la sagesse de Jérusalem contre celle d’Athènes, l’auteur de Spéculation et révélation s’acharne à distinguer la confiance sans preuves des prophètes du « besoin théorique » des philosophes. D’où sa critique virulente d’un Vladimir Soloviev, auquel il reproche de placer les exigences de la raison plus haut que le mystère de la vérité révélée. D’où, aussi, les charges qu’il établit contre la gnoséologie d’un Berdiaev ou contre la phénoménologie husserlienne.
Pensant hors des catégories, et délaissant le langage technique des spécialistes, Chestov n’a de cesse de nous arracher à la terre ferme de nos certitudes. À l’enseignement de l’« homme instruit » selon Hegel, il préfère celui de Job, le « penseur privé », ou de Martin Buber. Et c’est également dans cette lignée de l’individu seul devant Dieu que se situe son admirable commentaire de Kierkegaard.
Aux sources vives de la littérature russe, Chestov poursuit en outre son dialogue avec les grands écrivains qui ont fécondé sa pensée, de Pouchkine à Dostoïevski, dans l’impétueux mouvement d’une vertigineuse méditation.
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