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Collection « Les auteur(e)s classiques »

VICTOR, Essais de sociologie et de psychologie haïtienne. (1937)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre de René VICTOR, Essais de sociologie et de psychologie haïtienne. Port-au-Prince, Haïti: Imprimerie de l'État, 1937, 89 pp.

[vii]

Essais de sociologie
et de psychologie haïtienne.
Précédée du précis et de la date des événements
les plus remarquables de son histoire.

Préface

... La vérité, fût-elle douloureuse, ne peut blesser que pour guérir.
GIDE

S’il est vrai qu’une préface constitue une sorte de patronage, une recommandation, un témoignage d’encouragement, on peut tout de suite affirmer que l’ouvrage de René Victor parait bien fièrement, sans compter sur le moindre mot aimable. S’il avait besoin de protection, l’auteur se serait certainement adressé à un aîné couvert de gloire pour écrire quelques mots au seuil de son livre.

Le soin de tracer ces lignes ne m’a été confié que par sympathie, qu’à la faveur de cette tradition qui veut que les amis se montrent parfois ensemble, surtout dans les circonstances peu ordinaires. Par cette page modeste, d’une certaine manière, je m’associe aussi, je souscris à une œuvre sincère et consciencieuse dont je félicite celui à qui revient l’honneur de l’avoir arrachée à la réalité haïtienne et de l’avoir pétrie dans une si belle forme, courageusement, malgré l’habituel et élégant mensonge haïtien sur notre vie sociale, mensonge qui a toujours tendu à confondre les choses les plus graves dans un prisme paradoxal pour épargner à notre paresse, à notre apathie et à notre lâcheté la peine d’affronter nos infirmités morales multiples et d’essayer de les vaincre.

Ce livre aura la destinée des œuvres de vérité.

Il choquera les médiocres et les gens de mauvaise foi qui en parleront sans l’avoir lu ou qui s’imaginent encore que les sociétés peuvent marcher selon une sorte de routine. D’autres concitoyens, les béotiens irréductibles, seront fort vexés de voir étalés par une plume jeune, sous les lumières vives de la science, les tares, la bêtise, les vices, la sourde et puissante barbarie qu’on grima pendant plus de cent ans en civilisation parfaite parce que ces misères profitaient à certains. Misères dont le poids écrasant a si longtemps retardé l’évolution de votre collectivité et que l’ère nouvelle de reconstruction pt de sauvetage doit constamment combattre.

[viii]

Le jugement de ces deux catégories de gens que notre génération assoiffée de probité et de vérité a déjà clouées à l’immense musée de la fumisterie où nous contemplons avec une sorte de rancœur parfois le pourquoi incontestable de nos angoisses, leurs dires ne nous intéressent pas, ne sauraient non plus nous intéresser dans la circonstance du moment. Nous les laisserons nourrir la niaiserie des pitreries mélancoliques de tous les jours.

Mais, accomplissant sa destinée d’œuvre sincère, vraie, le livre de René Victor intéressera la jeunesse et tous ceux, assez nombreux déjà, heureusement, qui voient, qui savent et comprennent l’intérêt, les avantages, la nécessité impérieuse de la connaissance des êtres avec qui l’on vit et qu’on doit sauver ou améliorer par la lumière et la vérité. Il contribuera à engager plus d’hommes dans les routes d’études ouvertes à l’esprit haïtien par Firmin et quelques autres, continuées par des aînés comme Auguste Magloire, Price-Mars, J. C. Dorsainvil ; routes refermées pendant quelque temps, et reprises avec un plus beau courage par des jeunes pleins d’espérances comme Camille Lhérisson, Lorimer Denis et Duvalier, Louis Mars, René Victor, Jules Blanchet, René Piquion, Yvan Jeannot, René Rosemond et André Liautaud. Je lui souhaite vivement de remplir ce dernier rôle surtout auprès des intelligences fraîches : celles de ma génération et celles des générations futures.

Car, l’on n’arrivera à extirper certaines tares du sein de notre collectivité handicapée qu’à la condition de les bien connaître tout d’abord : de savoir comment elles se sont développées au cours des siècles tourmentés de notre histoire, les maux formidables qu’elles ont engendrés, pourquoi les combattre et éviter de reproduire l’ambiance et les circonstances honteuses qui favorisèrent jadis leur plein fleurissement.

L’un des rares hommes sincères de notre milieu, Sténio Vincent, il n’y a pas longtemps, s’écriait après avoir, lui aussi, dénoncé courageusement nos faiblesses : « ... Si nous sommes entrés avec vous, au cœur même des choses haïtiennes, c’est parce que nous voulons aussi [ix] que vos esprits se transportent vers l’avenir de ce pays et qu’ils se maintiennent sans cesse dans le tourment nécessaire des destinées nationales... »

C’est ce que veut notre génération qui paie de son écrasement et de son incommensurable angoisse l’insouciance impardonnable des générations du passé. A la faveur des idées d’humanité qui délivrent lentement le monde d’aujourd’hui, libèrent la personne humaine par une éducation plus digne et plus vraie, nous avons livré, à côté de notre actuel gouvernement de relèvement, un combat pour la délivrance, la refonte dans une certaine mesure de notre peuple ployé sous une hérédité très lourde compliquée de vices amassés au cours d’un siècle d’abandon et de grimaces.

Dans ce combat, René Victor apporte aujourd’hui sa contribution sincère et dépouillée de fausse honte et d’artifice. La voici. Elle mérite qu’on l’aide à avoir le plus d’action possible en vue de la victoire de l’esprit et de la vérité sur l’ignorance des masses et sur la mauvaise foi des élites pourries et insouciantes qui ont toujours perpétué la stagnation de nos pauvres multitudes dans le but effroyable de pouvoir les corrompre facilement, les atteler au service d’intérêts particuliers, les exploiter de toutes manières, jusqu’au sang, jusqu’aux fibres les plus sacrées de la personne humaine.

10 Septembre 1937.

ROUSSAN CAMILLE

[x]


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 7 décembre 2021 10:24
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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