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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Notions de sociologie appliquée à la Morale et à l'Éducation. (1932)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du Henri Du Passage, s.j., [1874-1963], Notions de sociologie appliquée à la Morale et à l'Éducation. Programme du 18 septembre 1920. (Brevet supérieur.) Paris: J. de Gigord, Éditeur, 1932, 244 pp. Une édition numérique réalisée par Réjeanne Toussaint, bénévole, Chomedey, Ville Laval, Québec.

[vii]

Notions de sociologie
appliquée à la morale et à l’éducation.


Avant-propos

Voici douze ans (18 septembre 1920) que la sociologie figure au programme officiel des Écoles normales d'Instituteurs et d'Institutrices en France, au programme aussi du Brevet des jeunes Filles. Elle déborde d'ailleurs largement le cadre scolaire et s'inscrit dans les études de quiconque veut connaître son temps.

Le programme officiel est vaste, il comporte des « notions » sur le Monde économique, sur la Famille, la Cité, et il se termine par des aperçus sur le rôle social de la Religion, de l'Art et de la Science.

À parcourir cet itinéraire pour commenter les questions qui s'y posent, pour répondre aux points d'interrogation qui le jalonnent, on éprouve l’impression d'être le jouet de quelque malin génie. Ce compagnon trop fidèle, tout en découvrant sans cesse des horizons nouveaux, rappellerait que le voyage doit être bref et la marche rapide. Et, en effet, à chaque carrefour, ou à chaque paragraphe, des chemins s'ouvrent qui normalement mèneraient loin. Mais un manuel n'a pas le loisir de s'attarder, il indique les orientations générales, signale les perspectives principales et doit pousser plus avant.

À cette difficulté inhérente au genre du livre que nous présentons, s'en joint, dans le cas actuel, une autre et plus spéciale. Car, dès les premiers pas sur la route tracée par le programme, et puis à maint détour, l'on s'aperçoit que l'excursion a été réglée d'après une idée préconçue. Parfois cette idée est fort apparente, ailleurs [viii] elle procède par une allusion implicite. Mais constamment l'inspiration spéciale est présente, active. M. Durkheim reste le guide incontesté du voyage.

Par là il arrive sans doute que ce programme date un peu. Douze ans, c'est une longue épreuve pour un système et l'on déclare communément aujourd'hui que les thèses de Durkheim n'en sont point toutes sorties victorieuses ; plusieurs porteraient déjà la marque et les rides du temps

Mais les textes imprimés demeurent et celui, que nous avons à étudier, garde pour le moment sa place officielle. Fores sera donc de passer par où il nous conduit.

Devant cette situation, nos devanciers, dans leur commentaire, n'ont pas toujours suivi tout à fait la même ligne.

Les uns sont entrés pleinement dans la pensée du maître, si même ils ne l'ont pas alourdie du poids de leurs affirmations massives. Ils ont écrit une manière d'Évangile selon Durkheim où ils ont prodigué les certitudes.

D'autres ont passé à côté de certaines thèses sans paraître les remarquer et sans relever leur tendance.

Nous ne pouvions et pour cause adopter aucun de ces deux partis. Notre dessein a donc été différent, comme le marqueront ces pages, si leur exécution n'a pas trahi l'intention.

Très nettement nous avons voulu exposer notre doctrine catholique sur tous les graves problèmes où les crises économiques et morales concentrent de plus en plus les soucis. Cette doctrine est assez belle pour qu'on fasse à sa vérité l'honneur de la première place.

Mais nous n'avons pu éviter, d'autre part, les rencontres avec les thèses les plus aventureuses de la sociologie de Durkheim. Il en est résulté que l'exposé plus positif a dû maintes fois s'interrompre, sinon pour une polémique vaine, au moins pour une nécessaire discussion. Et, si l'ensemble y a perdu quelque chose de sa cohésion, nous en exprimons le regret sans avoir réussi à trouver le remède.

[ix]

Comment n'aurions-nous pas aperçu l’écueil qui partout affleure ? Voici comment parle un universitaire qui, pour son compte, et sur des thèses essentielles, combat certaines conclusions du système :

« Telle a été, en effet, l'influence de Durkheim dans notre Université qu'il semble avoir comme monopolisé la sociologie : celle-ci est dans notre esprit si étroitement liée à l'œuvre de Durkheim qu'on en vient presque à méconnaître quelle puisse avoir une existence en dehors de ses travaux et de ceux de ses disciples : dans nos discussions, dans nos manuels, sociologie durkheimienne et sociologie tout court semblent de plus en plus synonymes. Et pourtant, en dehors de son École, la sociologie de Durkheim est de toute part critiquée. Les philosophes la combattent, les spécialistes des diverses sciences sociales la regardent avec défiance, les sociologues qui appartiennent à d'autres Écoles la discutent âprement » (Roger Lacombe, La Méthode sociologique de Durkheim, pp. 1 et 2).

Il va sans dire que nous n'acceptons pas non plus aveuglément, pour notre part, cette synonymie ou cette confusion. La « sociologie durkheimienne » n'est pas et ne peut être la « sociologie tout court ». Celle-ci est la science sociale qui, ici ou là, cherche encore sa voie mais qui a plein droit d'être reconnue. L'autre, pour ce qu'elle renferme de systématique et de caduc, doit être contrôlée, redressée.

Comment alors, au cours des pages qui vont suivre, éviter l'équivoque et distinguer ce qu'il importe de maintenir souvent séparé ? Nous ne croyons pouvoir le faire qu'au moyen d'un mot barbare dont les exigences de la clarté permettront et excuseront l'emploi occasionnel. Et, réservant désormais le terme de sociologie pour désigner la science sociale authentique, nous appellerons parfois sociologisme l'école ou le système de Durkheim.

[x]



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 27 juillet 2015 19:51
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cegep de Chicoutimi.
 



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