William JAMES, PRÉCIS DE PSYCHOLOGIE. titre original: Text-book of Psychology.


 

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Collection « Les auteur(e)s classiques »

William JAMES, PRÉCIS DE PSYCHOLOGIE. (1909)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre de William JAMES, PRÉCIS DE PSYCHOLOGIE. Traduit de l’Anglais par E. Baudin et G. Bertier. Titre original: Text-book of Psychology. (1908) Paris: Marcel Rivière, Éditeur, 1909, 632 pp. Collection Bibliothèque de philosophie expérimentale, no VIII. Une édition numérique réalisée à partir d’un facsimilé de la Bibliothèque numérique medic @, Bibliothèque interuniversitaire de médecine. Paris. Une édition numérique réalisée par Réjeanne Toussaint, bénévole, Chomedey, Ville Laval, Québec.

[xxxiii]

Précis de psychologie

Avant-propos

De la première édition
anglaise (1892)

En composant cet abrégé de mes Principles of Psychology, je me suis proposé, avant tout, de lui donner la forme d'un livre a mettre en les mains des élèves. Pour cela, il m’a fallu jeter du lest. J'ai sacrifié des chapitres entiers, et j'en ai récrit d'autres. J'ai omis tout ce qui a trait à l'histoire et à l'examen critique des doctrines, aux discussions métaphysiques, et, en général, tout ce qui ne présente qu'un intérêt purement spéculatif. J'ai pareillement omis la plupart des citations, toutes les références [1], et, je l'espère du moins, tout l'appareil technique que j'ai dû introduire dans mon grand ouvrage, mais qui aurait par trop alourdi cet abrégé. Je laisse aux maîtres le soin de voir ce qui leur convient de reprendre de tous ces éléments, et de le joindre en leur enseignement aux remarques personnelles que leur suggéreront les sujets traités. D'autre part, sachant par expérience combien est léger d'ordinaire le bagage de physiologie que les [xxxiv] élèves apportent en psychologie, j'ai ajouté quelques courts chapitres sur les différents sens. J'aime à penser que le point de vue où je me suis placé, c'est-à-dire celui d'une psychologie envisagée comme science naturelle, ne pourra que se dégager plus nettement grâce à cet abandon de tout appareil critique, et à l'adoption d'une méthode d'exposition plus simple et plus dogmatique. A peu près les deux tiers du livre sont neufs, ou écrits à nouveau : pour le reste, « les ciseaux et la colle » s'en sont chargés. Je regrette de m'être trouvé dans l'impossibilité d'écrire quelques chapitres sur le plaisir et la douleur, sur l'esthétique et sur le sentiment moral. Je ne renonce cependant pas à combler cette lacune dans une édition ultérieure, si toutefois l'on vient à me le demander.

On me pardonnera de profiter de cet avant-propos pour m'expliquer sur la composition de mes Principes. Les critiques qui ont parlé de ce livre lui ont, en général, témoigné tant de bienveillance que ce m'est d'abord un devoir de les en remercier cordialement. Toutefois, ils s'accordent unanimement à lui faire un même reproche, et à dire que ses chapitres se suivent sans s'ordonner, et que celte absence de plan donne l'impression d'aller à l'aventure, sinon contre l'ordre naturel des questions. Et ils s'accordent encore à excuser charitablement ce défaut, en remarquant qu'on ne saurait demander à une collection d'articles de revue l'ordre systématique qu'on est en droit d'exiger d'un traité coulé, pour ainsi dire, dans un seul moule. Je crois néanmoins être en droit de récuser à la fois et le reproche et l'excuse. Il me faut sans doute convenir que l'ordonnance de mes chapitres n'a pas toute la netteté désirable ; autrement l'on ne comprendrait point que tant de gens l'aient pensé. Mais il ne s'ensuit pas que je n'aie suivi aucun plan. Car, j'ai suivi un ordre, que je crois excellent : l'ordre pédagogique. [xxxv] C'est l'ordre pédagogique qui m'a fait aller des données concrètes et immédiates de la vie intérieure aux soi-disant éléments psychiques, que, dans la nature des choses, nous n'apprenons à connaître qu'assez tard, et par le moyen d'abstractions. Sans doute l'ordre inverse, celui qui consiste à « construire » les faits de conscience à l'aide « d'unités de composition », a pour lui le mérite de l'élégance de l'exposition et de la clarté des tables de matière ; mais la réalité et la vérité concrètes sont trop souvent le prix dont on paie ces avantages didactiques. Et je veux bien encore qu'en partant des « synthèses » primitives, je me sois exposé à maints faux-pas ; mais je me console facilement de cet inconvénient, en pensant qu'il est la rançon inévitable de l'ordre pédagogique. Somme toute, et malgré mes critiques, je persiste à croire que l'absence de systématisation qu'on m'a reprochée est plus apparente que réelle. Je suis toujours convaincu que l'on prend de la conscience une connaissance autrement vivante, en retenant le plus longtemps possible le regard de l'attention sur ses états concrets, synthétiques et indivis, tels enfin que nous les donne notre expérience immédiate, qu'en disséquant leurs cadavres pour en extraire des cléments simples, nécessairement abstraits et artificiels, et qui seront tout ce que l'on voudra, sauf des données naturelles [2].

[xxxvi]

D'autre part, que mes critiques aient ou n'aient pas raison sur ce point de mon manque d'ordre, ils ont certainement tort sur le rapport qu'ils établissent entre mes chapitres et les articles de revue que j'ai publiés. A l'exception d'un seul, tous ces chapitres ont été écrits spécialement pour le livre où ils se trouvent, et non pour les revues où quelques-uns ont paru d'abord. C'est après les avoir composés que je les envoyai à ces revues, parce que la date de l'apparition du livre lui-même me paraissait trop éloignée. On aura sans doute toujours raison d'incriminer l'insuffisance de mes talents ; mais vraiment l'on ne saurait sans injustice me reprocher de n'avoir pas apporté à la composition de mes Principes tout le dévouement, le soin et l'attention dont ces talents m'ont rendu capable.



[1]   Nous avons cru devoir rétablir ces références dans notre traduction, pour ceux de nos lecteurs qui ne peuvent recourir aux Principes. (n. d. t.)

[2]   Dans ce Précis, j'ai donné tant d'étendue à l'analyse détaillée des sensations, que je suis revenu à l'ordre ordinaire. J'ai donc commencé par la sensation, mais sans penser pour cela que cet ordre soit intrinsèquement le meilleur. Maintenant que je ne puis plus rien changer à l'ordonnance matérielle de mon livre, je m'aperçois que, pour l'enseignement, il vaudrait mieux faire suivre immédiatement le chapitre de l'habitude des chapitres sur la production des mouvements, sur l'instinct et sur l'émotion ; de même encore, que le chapitre du raisonnement vient vraiment trop tard, et serait sans doute mieux placé à la suite du chapitre du moi. Je me permets de conseiller aux maîtres d'adopter cet ordre rectifié, encore que le fait d'avancer le chapitre du raisonnement doive entraîner quelques remaniements, d'ailleurs sans grande importance.


Retour au livre de l'auteur: Jacques Bainville, historien (1879-1936) Dernière mise à jour de cette page le lundi 18 avril 2016 13:38
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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