RECHERCHE SUR LE SITE

Références
bibliographiques
avec le catalogue


En plein texte
avec Google

Recherche avancée
 

Tous les ouvrages
numérisés de cette
bibliothèque sont
disponibles en trois
formats de fichiers :
Word (.doc),
PDF et RTF

Pour une liste
complète des auteurs
de la bibliothèque,
en fichier Excel,
cliquer ici.
 

Collection « Les auteur(e)s classiques »

Traité du gouvernement civil (1690):
Avertissement


Une édition électronique réalisée à partir du livre de John Locke (1990), Traité du gouvernement civil. Traduction française de David Mazel, 1795 à partir du texte de la 5e édition de Londres publiée en 1728. Paris : Garnier-Flammarion, Deuxième édition corrigée, 1992. Collection Texte intégral. Traduction de Davuk Mazel. 383 pages.

AVERTISSEMENT

Il n'y a guère de questions, qui aient été agitées avec plus de chaleur, que celles qui regardent les fondements de la société civile et les lois par lesquelles elle se conser-ve. Ceux qui ont écrit dans des États purement monarchiques, où le Souverain souhaitait que ses sujets fussent persuadés qu'il était maître absolu de leurs vies et de leurs biens, ont entrepris de prouver, avec beaucoup de passion, ce que le Prince voulait que l'on crût. Les Souverains, selon eux, tirent de Dieu immédiatement leur autorité, et ce n'est que lui seul qui ait droit de leur demander raison de leur conduite, de sorte que quelques excès qu'ils pussent commettre, quand ils vivraient plus en bêtes qu'en hommes, il faudrait que leurs sujets les souffrissent patiemment, si après de très humbles remontrances, les Souverains refusaient de reconnaître les lois de la nature. Quand plusieurs millions d'âmes consentiraient unanimement à condamner la tyrannie d'un Prince qui ne serait soutenue que de quelques flatteurs, il faudrait que des millions de familles ouvrissent leurs maisons à ses satellites, lorsqu'il trouverait à propos d'enlever leurs femmes et leurs enfants pour en abuser; et répandissent à ses pieds les fruits de leur industrie, sans en réserver rien pour elles, s'il voulait qu'elles lui livrassent tout leur bien. Si un Prince se mettait en tête qu'il n'y a que lui, et quelque peu de personnes avec lui, qui entendissent la véritable manière de servir Dieu, et qu'il voulût envoyer des soldats chez ceux qui ne seraient pas dans ses senti-ments, pour les maltraiter, jusqu'à ce qu'ils feignissent d'en être, il faudrait bien se garder de faire la moindre résistance à ces bourreaux. Tout un royaume se devrait entièrement livrer à la fureur de quelques scélérats, quoi qu'ils pussent faire, parce qu'ils seraient munis de l'autorité royale. Que si des sujets opposaient la violence à ces inhumanités, en quelque cas que ce fût, et parlaient de réprimer ou de chasser un Tyran, non seulement ils seraient dignes de souffrir toutes les horreurs que la guerre la plus cruelle entraîne aptes soi, à l'égard de ceux qui sont vaincus; mais encore le juge de tous les hommes, dont ces Tyrans sont l'image la plus sacrée, les condamne-rait, à cause de cela, aux flammes éternelles. Les peuples, de leur côté, n'ont aucun droit, que le Prince ne puisse violer impunément, de quelque manière qu'il le veuille faire; parce que Dieu les a, pour ainsi dire, livrés à lui, pieds et poings liés. Le Prince seul est une personne sacrée, à laquelle on ne peut jamais toucher, sans s'attirer l'indignation du Ciel et de la terre; de sorte que se défaire du Tyran le plus dangereux est un crime infiniment plus grand que les actions les plus détestables qu'il puisse commettre : et un inconvénient infiniment plus terrible que de voir de vastes royau-mes rougis du sang de leurs habitants, et un nombre infini de personnes innocentes réduites aux extrémités les plus étranges.

Voilà quels sont les sentiments de ceux qui ont écrit dans des lieux, où les puis-sances souhaitaient que le peuple se crût entièrement esclave. D'un autre côté, lorsque les peuples ont fait voir que ce nouvel Évangile n'avait fait aucune impression sur eux, et ont secoué un joug qui leur devenait insupportable, on s'est mis à soutenir, dans les lieux où cela est arrivé, que l'on peut déposer les Souverains, pour des rai-sons assez légères, et l'on a parlé contre la monarchie, comme contre une forme de gouvernement tout à fait insupportable. On a établi des principes propres à entretenir des séditions éternelles, en voulant prévenir la tyrannie : comme de l'autre, on a con-sa-cré la plus affreuse tyrannie, pour étouffer pour jamais les soulèvements popu-laires. La passion a empêché une infinité d'Écrivains de trouver un milieu entre ces extré-mités; lequel il n'était pas néanmoins difficile de trouver, si l'on eût envisagé les choses de sang-froid.

C'est ce que l'on pourra reconnaître par cet Ouvrage, où l'Auteur a découvert, avec beaucoup de pénétration, les premiers fondements de la société civile, avant que d'en tirer les conséquences, qui peuvent décider les controverses que l'on a sur ces matières. On peut dire que le public n'a pas encore vu d'Ouvrages, où l'on ait proposé ce qu'il y a de plus délié sur ce sujet, avec plus d'ordre, de netteté et de brièveté que dans celui-ci. On y verra même quelques sentiments assez nouveaux pour beaucoup de gens, mais appuyés sur des preuves si fortes, que leur nouveauté ne les peut rendre suspects qu'à ceux qui préfèrent la prévention à la raison.


SUPPLÉMENT
A l'Avertissement précédent



M. Locke, qui ne mit point son nom à la tête de ce Livre, le publia en Anglais en 1690, à la suite d'un autre sur la même matière. En voici le Titre original : Two Treatises of Government, in the former the false Principles, and Fondation of Sr. Robert FILMER and his Followers are detected and overthrown : The later is an Essay concerning the true Origine, Extent and End of Civil Government : Vol. in-8º, p. 213.

L'auteur de ces deux Traités, dit M. Le Clerc dans l'Extrait qu'il en donna , a entrepris de réfuter le Chevalier Filmer qui a fait quelques Ouvrages en Anglais, où il a prétendu montrer que les Sujets naissent esclaves de leur Prince. Il fait voir la fausseté de ses raisonnements, que l'on trouve dans deux livres Anglais, dont l'un est intitulé Patriarcha, et l'autre contient des remarques sur Hobbes, Milton, etc. Mais comme (suivant la remarque de M. Le Clerc à la fin de l'extrait du premier traité de M. Locke), dans les matières d'importance, ce n'est pas assez de faire voir qu'un autre se trompe, parce que les lecteurs veulent, après cela, qu'on fasse mieux, et que l'on donne des Principes meilleurs que ceux que l'on reprend; c'est ce qui a obligé l'Auteur de composer un second livre, qu'il intitule An Essay, etc. Vol. in-8º, p. 254. C'est donc ce dernier qui parut peu de temps après en Français à Amsterdam, et qui fut réimprimé en Anglais en 1694 et en 1698. M. Le Clerc, qui nous apprend cela dans l'Éloge Historique de notre Auteur, publié en 1705 , ajoute ce qui suit : « Nous en aurons bientôt une édition Anglaise beaucoup plus correcte que les précédentes, aussi bien qu'une meilleure version française. M. Locke n'y avait pas mis son nom, parce que les principes qu'il y établit sont contraires à ceux que l'on soutenait communé-ment en Angleterre avant la révolution, et qui tendaient à établir le pouvoir arbitraire, sans avoir égard à aucunes lois. Il renverse entièrement cette politique Turque, que bien des gens soutenaient sous des prétextes de religion, pour flatter ceux qui aspiraient à un pouvoir qui est au-dessus de la nature humaine. »

Retour à l'auteur: John Locke Dernière mise à jour de cette page le mardi 21 octobre 2008 15:48
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 



Saguenay - Lac-Saint-Jean, Québec
La vie des Classiques des sciences sociales
dans Facebook.
Membre Crossref