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Avertissement
Robert DES ROTOURS
p.V En juin 1925, Thomas Francis Carter (1882-1925) faisait paraître à New-York un ouvrage sur l’invention de l’imprimerie en Chine et sur sa diffusion en Europe. Quelques semaines après, le 6 août 1925, l’auteur mourait à la suite d’une longue maladie. Ce livre, pour la rédaction duquel il avait visité un grand nombre de bibliothèques et consulté de nombreux savants, mettait pour la première fois à la portée du public des documents précis sur les origines de l’imprimerie en Chine. Le premier tirage fut rapidement épuisé.
Carter lui-même considérait son œuvre comme le premier résultat de recherches qu’il devait un jour pousser plus loin. Les éditeurs pensèrent alors à Paul Pelliot, qui, ayant d’ailleurs revu le manuscrit de Carter, semblait spécialement indiqué pour réviser la première édition afin d’en préparer une nouvelle. P. Pelliot accepta en principe et orienta ses recherches dans ce but. Il consacra une série de cours du Collège de France, pendant l’année scolaire 1927-1928, à l’étude de textes se rapportant à l’histoire de l’imprimerie en Chine. Il commença par résumer devant ses auditeurs le livre de Carter et retraça ainsi dans ses deux premières leçons toute l’histoire du papier et de l’imprimerie. Il passa ensuite à l’explication de textes qu’il commenta longuement. Il exposa ainsi les sujets qui sont traités dans plusieurs des chapitres qu’on pourra lire plus loin (001). Puis il abandonna l’explication des textes pour consacrer ses dernières leçons à l’histoire des estampages qui forme le chapitre 27, celui qui termine son étude.
Au début du manuscrit qui nous a été laissé, on voit, barré d’un trait, le titre : « Quelques textes anciens concernant l’histoire des débuts de l’imprimerie en Chine. » Ceci montre que P. Pelliot comptait tout d’abord rédiger simplement les notes de son cours, tout en préparant en même temps un article consacré à l’étude détaillée de certains points que Carter n’avait pas abordés ou n’avait fait qu’effleurer. Il comptait p.VI probablement ensuite se consacrer à la réédition de l’ouvrage sans avoir à reprendre des discussions de détail qui ne pouvaient figurer dans un ouvrage général comme celui de Carter.
Le manuscrit de P. Pelliot tel que nous le possédons dut probablement être achevé vers le mois de mai 1928, en même temps que le cours du Collège de France, car il se termine lui aussi par l’histoire des estampages sans aucune conclusion d’ensemble. D’ailleurs le maître, dès son cours achevé, se consacrait souvent à d’autres études. C’est ainsi qu’un jour, m’ayant proposé de revoir un travail que j’avais fait, il me dit de le lui apporter au bout d’un mois afin que, ses cours du Collège de France terminés, il puisse avoir le temps de revoir mon manuscrit.
Pendant l’année scolaire suivante, il ne put reprendre ses études sur l’imprimerie, car il devait se soumettre aux usages du Collège de France obligeant le professeur à étudier un sujet nouveau chaque année. C’est probablement à cause de cette règle inexorable que P. Pelliot a laissé tant de manuscrits inachevés.
Quoi qu’il en soit, le texte que nous avons fut certainement laissé à peu près tel quel dès avant 1931. Carter, pour composer son histoire de l’imprimerie, avait utilisé un article de Wang Kouo-wei sur les ouvrages imprimés à l’Université Impériale sous les Cinq Dynasties (908-960) et paru en 1923 dans le Kouo hio k’i k’an. Or, cet article fut repris en un petit volume beaucoup plus considérable, consacré à l’étude des livres publiés à l’Université Impériale sous les Cinq Dynasties (908-960) et sous la Dynastie des Song (960-1279). Pelliot mentionna cet ouvrage dans un article du T’oung Pao de 1929 (p. 161) consacré à l’œuvre posthume de Wang Kouo-wei, et cependant dans Les débuts de l’imprimerie en Chine, il ne cite pas ce travail qu’il n’eût pas manqué d’utiliser s’il avait écrit ou remanié son manuscrit après 1929.
En outre, l’ouvrage de Carter fut réimprimé en 1931, tel quel, à part l’addition d’une courte notice sur l’auteur et de quelques références bibliographiques. Si Pelliot avait rédigé ou même retouché son texte après cette date, il n’eût pas manqué de mentionner cette réédition et il n’eût pas parlé de son intention de la préparer. D’ailleurs il est probable qu’en faisant les recherches nécessaires pour son cours du Collège de France il dut se rendre compte qu’il aurait à écrire à nouveau quelques chapitres du livre de Carter, ce qui eût peut-être dépassé les projets des éditeurs.
Pelliot, vers la fin de sa vie, pendant les années scolaires 1943-1944 et 1944-1945, consacra deux séries de cours faits à l’Institut des Hautes Études chinoises, à la Sorbonne, à la bibliographie des classiques gravés p.VII sur pierre. Il fut ainsi amené à reprendre devant ses auditeurs toute l’histoire de l’imprimerie en Chine.
Ce fut probablement à cette occasion qu’il relut son texte primitif, ajouta quelques notes écrites soigneusement à l’encre et inscrivit au crayon dans la marge certaines références ou certaines remarques qu’il comptait utiliser un jour. Mais il ne remania pas le texte proprement dit.
Carter, en effet, avait beaucoup utilisé une histoire de l’imprimerie publiée à la « Commercial Press » par un auteur qu’il appelle Liu An et qui, dans le texte publié plus loin, est appelé Lieou-ngan. Or, à la fin de la note 6, page 2, P. Pelliot a ajouté de sa plus petite écriture, entre les lignes de son manuscrit, un renvoi à un article du T’ien Hsia Monthly de 1936 nous apprenant que Lieou-ngan est le pie-hao de Souen Yu-sieou, un bibliophile bien connu du Kiang-sou. Cependant, contrairement à l’usage, il a laissé subsister l’appellation de Lieou-ngan. C’est donc qu’il n’a pas revisé son texte après cette date. S’il n’a pas profité de son cours de l’Institut des Hautes Études chinoises pour terminer son travail sur l’imprimerie, c’est que, comme je l’ai déjà dit, son cours du Collège de France absorbait la meilleure partie de son temps pendant toute l’année scolaire.
Le manuscrit que nous publions est donc une première étude sur l’histoire de l’imprimerie en Chine à propos du livre de Carter. L’ouvrage est incomplet, en ce sens qu’il y manque une conclusion et que certains chapitres, tel le chapitre 25 consacré aux éditions des Song, pourraient être aisément complétés, spécialement à l’aide de l’ouvrage de Wang Kouo-wei. De même, le chapitre 26, consacré aux éditions bouddhiques, n’est plus à jour ; M. P. Demiéville l’a complété dans un appendice, à la lumière des trouvailles et des publications récentes. Il a aussi ajouté quelques notes, signées de ses initiales, au texte de P. Pelliot.
P. Pelliot avait aussi rédigé plusieurs passages à l’aide d’ouvrages chinois de seconde main, tel celui de Souen Yu-sieou. Il reproduisait ainsi des textes d’ouvrages chinois anciens sans indiquer les références exactes, mais en laissant un blanc afin d’y noter le chapitre et le feuillet. J’ai donc été obligé de faire de patientes recherches pour combler ces lacunes. Dans un cas, j’ai constaté que la citation de Souen Yu-sieou n’était pas exacte et que, par conséquent, quelques lignes du texte et une note entière étaient à refaire.
Les notes marginales au crayon se bornaient généralement à indiquer des recherches à faire. J’ai essayé de les utiliser de mon mieux, et dans la plupart des cas les notes que j’ai rédigées l’ont été d’après ces indications, mais dans bien des cas les recherches furent sans résultat.
p.VIII Bien que le texte principal du travail soit imparfait et que P. Pelliot l’eût probablement modifié avant de le publier, je me suis abstenu d’y toucher, sauf dans quelques cas très rares, soit pour supprimer des répétitions que Pelliot avait soulignées au crayon, soit pour corriger des erreurs évidentes qui étaient généralement signalées par des indications mises au crayon dans la marge. Dans les cas douteux, je me suis borné à ajouter une note. Toutes celles que j’ai rédigées, même lorsqu’elles suivent les indications de P. Pelliot, sont mises entre crochets et suivies de mes initiales.
L’ouvrage ici publié sous le titre Les débuts de l’Imprimerie en Chine n’est donc qu’une rédaction de premier jet, achevée vers 1928 et qui n’a pas été mise à jour. Il eût d’ailleurs été impossible de reprendre ce travail sans risquer de déformer la pensée de l’auteur. L’énorme documentation qui s’y trouve réunie, et les savantes dissertations sur des sujets controversés, seront de la plus grande utilité pour tous les chercheurs s’intéressant à l’histoire de l’imprimerie en Chine, et nous faisaient un devoir de publier ce travail, si même il n’est pas parfait.
Robert DES ROTOURS.
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