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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Folklore chinois moderne (1909)
Extraits


Une édition électronique sera réalisée à partir du texte de Léon WIEGER S.J (1856-1933). Folklore chinois moderne **. Imprimerie de la mission catholique, 1909. 422 pages. Une édition numérique réalisée par Pierre Palpant, bénévole, Paris.

Extraits

C13. — Léon Wieger S.J : Folk-lore chinois moderne. 

Extraits : histoire de renarde…

Yang-hioung était le fils d’un commandant. Son père étant mort, l’enfant encore jeune fut recueilli par le colonel Tcheou, son oncle maternel, en garnison à Heue-tcheou (Kan-sou), qui le prit en grande affection, à cause de sa vive intelligence. Le Tcheou avait une fille, à peu près du même age. Une gouvernante, sa parente, était chargée des enfants, et s’acquittait consciencieusement de leur surveillance.

Devenu jeune homme, une nuit d’été qu’il étouffait dans sa chambre, Yang-hioung sortit respirer l’air dans la cour. Soudain Mademoiselle Tcheou vint le joindre. Les deux jeunes gens s’aimèrent. Depuis lors ils se virent toutes les nuits.

La gouvernante ayant entendu parler et rire la nuit dans la chambre de Yang-hioung, l’épia, et découvrit le pot aux roses. Elle avertit le colonel. Celui-ci s’en prit à sa femme.

— Impossible, répondit celle-ci ; notre fille couche avec moi toutes les nuits.

Le Tcheou n’y comprit rien. Sous un prétexte quelconque, il fit fustiger Yang-hioung et le chassa. — Après avoir erré sans ressources aucunes, celui-ci finit par échouer dans une vieille pagode à Lan-tcheou-fou.

Un jour un char s’arrêta devant son refuge. C’était son amante, avec de riches bagages.

— Je suis venue avec mon oncle Tcheou-ou, dit-elle ; vivons heureux ensemble.

Or Tcheou-ou était le frère cadet du colonel Tcheou. Il venait d’arriver à Lan-tcheou-fou, comme commandant de place. Yang-hioung alla le voir. Le commandant lui rendit sa visite. Yang-hioung lui présenta sa femme. Le commandant fut ahuri.

— Ma nièce est à Heue-tcheou, dit-il. J’en viens. Si elle avait du venir ici, son père me l’aurait dit.

Yang-hioung fut stupéfait.

Peu de jours après, le commandant Tcheou étant retourné à Heue‑tcheou pour régler des affaires, apprit la nouvelle à son frère le colonel.

— Ma fille n’est pas sortie de la maison, dit celui-ci ; et il alla avertir sa femme.

— Celle-ci lui dit : Ce double, c’est une renarde, qui a pris l’apparence de notre fille, et qui va faire croire et dire que celle-ci court la prétantaine. Il n’y a qu’un moyen de sauver la réputation de notre famille. Fais venir Yang-hioung, et fais-lui épouser notre fille.

Le colonel et le commandant s’étant consultés, trouvè-rent que le conseil était bon. Le colonel appela aussitôt Yang-hioung, et le mariage fut conclu illico.

Quand l’é-poux se retira dans la chambre nuptiale, il se trouva en présence de deux épousées absolument pareilles. Heureu-sement que l’une des deux le tira d’embarras.

— C’est l’autre qui est votre femme, lui dit‑elle ; moi je suis une renarde. Jadis comme votre aïeul le général Yang chassait, je fus percée d’une flèche et prise. Le bon général me pansa, puis me rendit la liberté. Je lui ai payé, en votre personne, la dette de ma reconnaissance. Sachant que vous aimiez Mademoiselle Tcheou, sans grand espoir de l’obtenir, je me suis entremise de la manière que vous savez, pour vous la procurer. C’était votre destin à tous les deux. Mon rôle est terminé. Adieu !

 

… et d’âme vengeresse

Au Tchée-kiang le policier Ma-kisien, attaché au département des salines, avait amassé une somme d’argent. Il acheta une petite charge pour son fils Ma-hoantchang. Celui-ci n’eut bientôt plus besoin d’être aidé. Très habile, il devint bientôt très riche.

Sur le tard, Ma-kisien épousa une jeune concubine, qu’il aima beaucoup. Il résolut de lui laisser son héritage, au lieu de le transmettre à son fils. Il l’avertit de sa résolution, en ces termes :

— Si tu me sers fidèlement jusqu’au bout de mes années, je te léguerai mon bien.

Six ans plus tard, Ma-kisien étant tombé malade, appela son fils et lui dit :

— Cette femme m’a servi avec le plus grand dévouement. Mon désir est que tu lui donnes le bien que je laisserai à ma mort. Tu n’en as pas besoin.

A peine Ma-kisien eut-il expiré, que son fils conçut le mauvais dessein de spolier la concubine. Le mari de sa tante, monsieur Ou, alors préfet de Ts’uan-tcheou, était un homme capable de tout. Ma-hoantchang alla le trouver et lui dit :

— Figurez-vous le tour que mon père m’a joué, Il a laissé une fortune assez considérable. Or il m’a demandé de la donner tout entière à sa concubine. Je suis frustré.

— Sois tranquille, dit le préfet Ou, nous arrangerons cela. Je te prêterai main forte.

Quand le septième jour fut venu, la nuit du retour de l’âme, Ma-hoantchang fit veiller le cercueil par la concubine. Lui-même et sa femme pénétrèrent alors dans la chambre de son père, et enlevèrent toutes les caisses et malles, avec leur contenu. Enfin Ma-hoan-tchang ferma la porte avec un cadenas solide.

Après la veillée, quand la con-cubine voulut rentrer dans sa chambre, elle trouva la porte cadenassée. Au même moment le préfet Ou se présenta à elle, et lui dit d’un ton élevé et brutal :

— Vous êtes trop jeune pour rester veuve. Retournez de suite dans votre famille. On vous cherchera un bon parti. Je vais demander à Ma-hoantchang de vous donner une somme convenable.

Cela dit, il appela Ma-hoantchang de sa grosse voix :

— Donnez cinquante taëls à cette personne, dit-il ; ce sera plus que suffisant.

Ma-hoantchang paya immédiatement cette somme, qu’il avait préparée d’avance, puis dit à la concubine :

— Monsieur Ou a raison. Vous ne pouvez pas rester ici. On a déjà fait vos paquets, et le palanquin est prêt. Veuillez partir à l’instant, sans vous inquiéter du reste.

Craignant les violences du préfet Ou, la concubine ainsi expulsée partit sans mot dire.

— Vous m’avez rendu là un fameux service, dit le Ma au Ou.

Retournée chez ses parents, la concubine refusa de se laisser remarier. Son petit pécule fut bientôt dépensé. Quand le douze de la septième lune fut venu, elle acheta l’encens et les autres objets nécessaires pour l’offrande (du quinze, jour des morts), puis se rendit chez les Ma, pour se lamenter avec eux. Elle fut reçue par la femme de Ma-hoantchang, aussi mal que possible.

— N’as-tu pas honte de revenir, après avoir été expulsée ? lui demanda cette grossière personne.

On ne permit pas à la con-cubine d’entrer dans la maison. Elle fut logée dans un cabinet attenant au vestibule, et avertie qu’elle aurait à déguerpir aussitôt les offrandes faites. La malheureuse se lamenta durant toute la nuit, jusque vers le matin.

Le lendemain, quand les Ma voulurent la chasser, ils trouvèrent son cadavre suspendu à une poutre. Ma-hoantchang fit vite acheter un cercueil, y déposa la morte, et la renvoya à ses parents, qui n’osèrent pas se plaindre, par peur du terrible préfet Ou. Persuadé qu’il n’aurait plus désormais que des malheurs dans cette maison, Ma-hoan-tchang la vendit à un sieur Tchang, et alla se loger ailleurs.

Or une nuit le Tchang  vit la suicidée et l’entendit pleurer. Il avait ouï parler des affaires domestiques des Ma, et était indigné de leur ignoble conduite. Compre-nant à quel koèi il avait affaire, il lui dit doucement :

— J’ai acheté cette maison assez cher, sans intention de vous faire tort. Je connais vos ennemis, Ma-hoantchang et le préfet Ou. Pourquoi m’ennuyer, moi ? C’est à eux qu’il faut vous en prendre. Si vous voulez, la nuit prochaine avant minuit, je vous conduirai à leur nouveau domicile.

La pendue sourit d’aise, et disparut. Quand la nuit fut venue, le Tchang  brula de l’encens, disposa une tablette, pria l’âme de s’y fixer, puis la prit et s’en fut chez les Ma. Arrivé à leur porte, il dit tout bas à la tablette : At-tendez que je frappe à la porte ; vous entrerez quand elle sera ouverte.

Le Tchang  ayant frappé, le portier sortit...

— Votre maître est-il rentré ? lui demanda le Tchang ...

— Pas encore, dit le portier, je l’attends.

— Bonne occasion, dit le Tchang  à la tablette ; entrez !

Croyant que le Tchang  se parlait à lui-même, le portier le prit pour un toqué, et referma la porte. Rentré chez lui, le Tchang ne dormit pas de toute la nuit. Le lendemain, de grand matin, il alla aux informations. Le portier des Ma se tenait devant sa porte ouverte.

— Vous êtes bien ma-tinal, lui dit le Tchang.

— Il y a de quoi, fit le portier. Notre maître est rentré à minuit. Un instant après, il se trouvait mal. Maintenant il est à toute extrémité.

Le Tchang  retourna aux informations, le même jour après midi. Ma‑hoantchang était mort. Peu de jours après, le préfet Ou mourut de même subitement. De plus les deux familles Ma et Où, furent complètement ruinées.


Retour au livre de l'auteur: Léon Wieger (1856-1933) Dernière mise à jour de cette page le mercredi 10 janvier 2007 12:58
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 



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