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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Actes du colloque de l'ACSALF 1981, INTERVENTION SOCIALE. (1982)
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir des Actes du colloque de l'ACSALF 1981, INTERVENTION SOCIALE. sous la direction de Micheline Mayer-Renaud et Alberte Le Doyen. Montréal: Les Éditions coopératives Albert Saint-Martin, 1982, 384 pp. [Autorisation accordée par l'ACSALF le 20 août 2018 de diffuser tous les actes de colloque de l'ACSALF en libre accès à tous dans Les Classiques des sciences sociales.]

[1]

INTERVENTION SOCIALE.
Actes du colloque annuel de l’ACSALF 1981.

Présentation

[2]
[3]

En tant que sociologues engagées dans notre pratique au sein d’un organisme gouvernemental, nous avons proposé, lors de 1’assemblée annuelle de l’ACSALF de 1980, que le colloque de 1981 se tienne sur la pratique de la sociologie et de l’anthropologie. Nous espérions ainsi entendre un son de cloche hors-théorie globale, qui rende la quotidienneté de la pratique de nos deux disciplines visible dans ses ramifications et ses contradictions. L’objectif de cette proposition était d’explorer l’univers très peu connu de la pratique. Nous pensions qu’une telle démarche allait aussi favoriser les échanges entre des professionnels qui sont souvent clairsemés dans les organismes ou isolés dans des équipes multidisciplinaires. En proposant l’intervention sociale comme sujet de colloque pour l’année 1981, nous visions donc à donner la parole à ces praticiens et praticiennes dont nous sommes. Où travaillent-ils ? Que font-ils et de quelle façon ? Quels sont les obstacles qu’ils rencontrent, et surtout, quel est l’impact social de leur travail ? Chercheurs dans les appareils étatiques, travailleurs communautaires, planificateurs et conseillers à la programmation, évaluateurs de programmes, tous interviennent socialement, de façon directe ou indirecte, dans les divers processus de programmation et de réglementation de notre société. C’est dire que nous nous attendions à ce que les praticiens se prévalent dans leurs allocutions de leur fonction critique.

Nous croyions par ailleurs que les contextes de travail respectifs des théoriciens enseignants et des praticiens prêteraient à des positions critiques très différentes, non pas tant par leur contenu que par leur spécificité. La critique académique est générale et se réclame le plus souvent d’un schème théorique, voire idéologique, bien établi en corpus dont on connaît d’avance les coordonnées et les coups portés au système dans son ensemble. Au contraire le [4] praticien, étant inséré dans un milieu de travail multidisciplinaire complexe, où son travail est souvent régi par un cadre législatif (étroit ou large mais toujours sujet à interprétations), doit compter avec des données administratives et des conflits internes de toutes sortes qui au mieux lui compliquent la tâche et au pire l’amènent à des compromissions avec le pouvoir ou au défaitisme. Bien plus, impliqué comme il est dans la réalité sociale, il a devant les yeux différents niveaux de luttes et d’alliances de pouvoir d’une part, et leur impact sur les administrés d’autre part. Il fera donc une analyse des situations avec lesquelles il est confronté concrètement et qu’il ressent le besoin de dénoncer. Les allocutions présentées dans ces actes du colloque sur l’intervention sociale démontrent que la critique du praticien se manifeste dans la plupart des cas par une prise de conscience aiguë du rôle qu’il est appelé à jouer en tant qu’agent social.

Malgré que cette question fondamentale se retrouve en filigrane à travers la plupart des textes, plusieurs de ceux-ci débouchent sur une note optimiste en démontrant les possibilités d’action qui demeurent malgré les contraintes et les modalités d’implications qui contournent les pièges tendus par les jeux de pouvoir ou la soumission inconsciente à la culture dominante. Intervenir, ce n’est pas seulement se remettre en question, c’est aussi et surtout réorienter les perspectives suivant lesquelles on appréhende le réel, corriger et redéfinir les modalités d’action pour les rendre plus aptes à générer les changements souhaités grâce à une interaction continue entre la réflexion théorique et le choc de la réalité.

Le regroupement des allocutions présentées au colloque et colligées dans ce recueil suit une logique de présentation par thème. Les thèmes tiennent compte de la structure des ateliers sans toutefois toujours la respecter à la lettre. Certains ateliers ont été réunis ou partiellement démembrés afin de faire apparaître des approches similaires ou complémentaires [1].

Les communications du panel d’ouverture se sont centrées sur la relation entre le politique et la sociologie ou l’anthropologie. On y présente ces disciplines comme des éléments de l’histoire politique des pays où elles se sont développées et de l’idéologie de notre époque. L’un des auteurs [2] remarque que ces pratiques scientifiques possèdent toujours des incidences sociales puisqu’elles s’inscrivent dans des rapports sociaux précis et dans un contexte social particulier ; ces incidences sont cependant bien différentes quand elles découlent d’un effort conscient pour agir sur ce contexte, c’est-à-dire d’une intervention sociale. Les objectifs poursuivis par les diverses formes d’intervention sociale peuvent être situés sur un continuum allant de l’intégration à l’opposition, du maintien des [5] structures à la transformation radicale de l’ordre social. On constate cependant que, quelle que soit la forme que prend l’intervention sociale, elle soulève des problèmes inhérents à la complexité de la réalité sociale comme objet d’action. De plus, quand l’intervention sociale devient participation au pouvoir politique, l’exercice de la discipline scientifique affronte un ensemble de problèmes éthiques et des limites dans ses possibilités d’action : par exemple, la sociologie n’ayant pas développé la maîtrise du droit, instrument privilégié de transformation des perspectives d’action en matière de politiques sociales, elle se voit limitée par cette lacune importante au niveau de l’intervention politique.

La première section des communications présentées en atelier pose le problème de l’impact réel, et souvent non voulu consciemment, des interventions sociales. Le problème est soulevé par des sociologues et des anthropologues impliqués dans des organismes de santé et de services sociaux, mais il s’applique à tous les domaines d’intervention. L’intervention sociale est au service de qui ? Un regard critique nous apprend qu’elle peut être au service des organismes bureaucratiques qu’elle contribue à maintenir, au service de certains groupes d’intérêt, de l’idéologie politique, du système capitaliste ou de l’idéologie de l’intervenant professionnel lui-même. Les cadres d’analyse de l’intervention, particulièrement la théorie structuro-marxiste, ne lui reconnaissent pas "la capacité d’être un instrument de changement au service de la population. Il demeure cependant possible, selon les intervenants, de dépasser ces visions pessimistes qui entraînent la démobilisation et la passivité. Ils démontrent comment les sociologues et les anthropologues peuvent se définir des niveaux d’intervention, renouveler des pratiques en mettant leurs techniques au service des populations, se définir des balises pour éviter les pièges idéologiques et développer une problématique alternative qui encadre l’action.

La deuxième section est consacrée aux allocutions prononcées par des praticiens dont le milieu de travail vise à la promotion ou à la sauvegarde des droits du public ou de groupes minoritaires : les droits de la personne, les droits des personnes handicapées physiquement ou mentalement, les patients psychiatriques. Ces allocutions ont comme commun dénominateur l’espoir, à des degrés divers, de parvenir à un changement par la reconnaissance et la mise en application des droits fondamentaux de tous les groupes de la société et en particulier des groupes marginalisés par la tradition sociale.

La section 3 questionne et illustre les modes de participation des sociologues à la planification et à la programmation à l’intérieur des organismes publics et parapublics. On s’interroge en premier lieu [6] sur le rôle que jouent réellement les activités de recherche dans le processus de planification. Le passage de l’État providence à l’État gestionnaire a entraîné en effet une perte d’autonomie pour les chercheurs, qui ont dû progressivement abandonner les analyses des fondements et des conséquences des changements provoqués par les institutions politiques pour se limiter à évaluer l’efficacité des stratégies d’action dans l’atteinte d’objectifs prédéfinis. Cette situation est illustrée par une analyse du rôle de la recherche dans les départements de santé communautaire : on y démontre que la recherche contribue davantage à la gestion et à l’évaluation des programmes qu’à la définition des buts à poursuivre et des orientations à privilégier. En second lieu, les communications illustrent différents exemples d’implication des sociologues dans le domaine de la santé communautaire. Un système d’informations continues sur les usagers et les services offerts par les C.L.S.C., une recherche sur la clientèle et la population desservie par un centre de services sociaux, une recherche et des consultations sur un programme de santé scolaire sont décrits comme des instruments de gestion, de programmation et de planification. Enfin, on démontre que l'approche sociologique appliquée à l’éducation physique suggère aussi une réorientation du programme pédagogique en resituant l’activité physique dans sa globalité.

L’intervention sociale, directe ou indirecte, passe parfois par l’aménagement des ressources physiques et du territoire. C’est ce qu’illustrent les allocutions présentées aux sections 4 et 5. L’État (ou ses satellites) construit, démolit, déplace, érige et creuse, extrait, transforme : en un mot l’État aménage. À quelles fins ? Qui sont les bénéficiaires de ces aménagements ? Ici, pour une fois, le sociologue et l’anthropologue se voient accorder officiellement une fonction critique : on la leur reconnaît publiquement en leur demandant de l’exercer. Deux des quatre textes présentés à la section 4 se rapportent aux études d’impact faites ou commandées par le groupe Écologie Humaine d’Hydro-Québec. Un troisième, basé sur une longue expérience d’appui aux autochtones, nous fait part des conditions idéales de négociation entre les groupes autochtones et le gouvernement ou Hydro-Québec. L’ambiguïté de la position des praticiens sociologues et anthropologues d’Hydro-Québec, à la fois juges et partie dans les dossiers qu’ils ont à établir sur les milieux humains perturbés par les interventions d’Hydro-Québec, la fragilité des recommandations qui en émanent, voilà ce qui, en contrepoids au texte préparé par le groupe d’Hydro-Québec, est aussi souligné dans cette section.

Dans des organismes publics et parapublics ou dans des groupes de citoyens, la pratique est aussi engagée depuis les années soixante [7] dans la promotion des droits collectifs à l’habitation, à un milieu de vie adéquat et à un environnement sain. C’est ce dont témoignent les allocutions de la section 5. Dans le domaine de la planification, sociologues et anthropologues sont aussi minoritaires. Sans doute est-ce parce que nous avons préféré pénétrer les secteurs réservés à la spéculation socio-politique plutôt que celui des sciences appliquées, plus difficile à percer parce qu’il a son propre jargon technique mais surtout parce qu’il relève d’une logique du concret à laquelle on nous a habitués à être réfractaires. Pourtant cette logique constitue un instrument de planification des plus puissants de la société que nous nous donnons pour tâche d’analyser. On se rendra compte en lisant cette section que, malgré les succès remportés par quelques groupes populaires, un certain désenchantement semble gagner les intervenants dans le domaine de la planification urbaine. Ainsi, la dialectique déployée par les groupes de gauche n’aurait pas toujours donné les résultats escomptés. Une des causes de cet échec relatif à Montréal tiendrait à la fragmentation des pratiques et à la neutralisation de la gauche par les courants politiques contradictoires qui la parcourent. Pour Québec il n’en irait pas tout à fait ainsi puisque les mouvements populaires y seraient un « projet de totalisation de la ville ». Ce projet ne peut être mené à bien par les appareils faute de pouvoir concilier les contradictions inhérentes au développement urbain et aux besoins sociaux. Telle semble être aussi l’opinion de deux praticiens sociologues à l’emploi d’appareils de planification. Selon ces auteurs, la pratique dans un contexte de planification à dominance technocratique rend très difficile pour le sociologue la mise en relief de dimensions qui ne sont pas rattachées directement à la productivité. C’est ce qu’on constate particulièrement dans la planification des transports urbains mais aussi dans la planification urbaine pris globalement. Dans ce dernier domaine, le maintien constant du déséquilibre entre besoins et ressources mène à des décisions non planifiées pour l’ensemble de la population, soit à une « pratique d’urbanisme au détail ». Enfin la dernière allocution de cette section interroge sociologues et anthropologues sur les véritables objectifs qu’ils poursuivent et sur les moyens qu’ils emploient pour les atteindre dans les luttes urbaines. Elle nous confronte également à nos responsabilités dans ce domaine.

La section 6 aborde un domaine d’intervention plus spécifique aux anthropologues, soit le développement international, et les problèmes propres aux immigrants étrangers à l’intérieur du Québec. On y présente, en premier lieu, le cadre d’intervention d’un administrateur de programmes de coopération internationale, dans le contexte particulier d’un organisme non gouvernemental, avec ses défis et ses contraintes. On fait ensuite l’analyse critique d’une [8] expérience d’intervention en éducation populaire au Pérou en dégageant les atouts qu’offre l’approche ethnologique dans un tel contexte. On discute enfin de problèmes reliés à l’immigration, qui se traduisent sous forme de racisme ou d’exploitation des travailleurs étrangers, et des possibilités d’intervention face à cette réalité.

C’est aussi un anthropologue qui nous propose, pour finir (section 7), une nouvelle approche sociétale par le biais de, la nécessaire « libération de l’homme ». Cette allocution présente un mouvement en lent développement, faisant suite aux mouvements féministes, dont il se réclame le complément.


[1] On pourra confronter la structure de présentation des textes avec le regroupement en ateliers en consultant le programme du colloque présenté en annexe.

[2] Bernard Bernier, « Anthropologie et intervention sociale ».


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 24 novembre 2020 6:40
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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