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Guy BOURASSA
Professeur honoraire, Faculté des arts et des sciences,
département de science politique,
Université de Montréal
“Les réactions aux résultats.”
Un texte publié dans l’ouvrage En collaboration, Québec : un pays incertain. Réflexions sur le Québec post-référendaire, pp. 205-223. Montréal: Les Éditions Québec/Amérique, 1980, 312 pp.

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Cette analyse veut être une contribution à l’étude de l’opinion québécoise dans l’immédiat après-référendum. Il ne s’agit aucunement d’examiner les réactions officielles, celles des hommes politiques et des partis, mais bien de chercher à reconstituer le « climat » tel qu’on le perçoit à travers les écrits de ceux qui ont commenté cet événement. Nous avons cherché à le faire en analysant quatre quotidiens : le Devoir, la Presse, The Gazette et le Soleil. Ce choix est certes discutable. Il a entraîné des exclusions qu’on pourrait regretter. Néanmoins, il paraît pouvoir fournir une base valable pour dégager des vues qui puissent rendre compte d’une situation difficile à circonscrire, mais pourtant bien réelle.
Une précision majeure s’impose avant d’aller plus avant : ce qui suit ne prétend en aucune façon être une analyse de contenu exhaustive. Le temps et les moyens disponibles ne le permettaient pas. Ce sont des contraintes que nous avons acceptées comme inhérentes à cette sorte d’essai et nous demandons au lecteur de bien vouloir les garder en mémoire. Près de deux cents écrits ont néanmoins été considérés et c’est avec un souci constant de fidélité, allié parfois à des touches davantage subjectives, que nous avons tenté d’établir la synthèse des opinions émises sur les « causes » et les explications des résultats du 20 mai ; les possibilités et avenues qui s’ouvrent ; le rôle du gouvernement québécois, celui d’Ottawa et l’avenir du Parti québécois ; l’état des forces politiques au Québec. Nous avons divisé ces écrits en trois catégories : les éditoriaux, les commentaires et analyses proposés par des journalistes et divers observateurs, enfin, l’information sur les réactions des groupes ou personnalités. Pour ce qui est de la période, nous nous sommes limité à celle [208] qui va du 21 mai au 9 juin, date de la rencontre des premiers ministres à Ottawa, et qui amorce une étape nouvelle. Ce choix aussi est arbitraire, mais il se justifie assez, dans la mesure où ce sont les réactions aux résultats du référendum qui nous intéressent. Nous avons dû laisser de côté certains écrits ultérieurs, significatifs à bien des égards, mais influencés par de nouvelles données, pour tenter de mieux saisir ce que furent ces trois semaines qui ont suivi le référendum. Voilà une autre contrainte qu’il ne faut pas perdre de vue. Malgré l’importance de l’événement du 20 mai, on remarquera que l’attention est vite captée par des sujets nouveaux, notamment pour la presse montréalaise qui est accaparée, entre autres, par la publication du rapport Malouf sur le coût des jeux Olympiques. Cette rapide évolution de l’opinion paraît même être une conclusion provisoire, certes, mais stimulante, d’un essai comme celui-ci. Notre démarche consistera principalement à consacrer une section à l’analyse de chacun des journaux, quitte à esquisser brièvement quelques éléments de synthèse en guise de conclusion.
Notre but était avant tout de fixer quelque peu l’attention sur un phénomène essentiellement éphémère, fait d’aspects multiples et parfois contradictoires, mais dont une meilleure compréhension peut, à coup sûr, éclairer l’interprétation valable des événements qui ont suivi. Il ne fait pas de doute que d’autres analyses plus approfondies seraient souhaitables. Tant mieux si les quelques jalons posés par notre approche peuvent en montrer l’intérêt.
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Le Devoir
Il est généralement admis que le Devoir occupe une place quelque peu particulière dans la presse québécoise. Dans la perspective de notre analyse, cette vue se révèle plutôt juste, mais il ne faudrait pas pour autant amoindrir les points de similitude avec les trois autres journaux étudiés. En fait, ce qui caractérise principalement le Devoir, et lui confère ici un intérêt propre, c’est sa capacité d’accueillir les commentaires et analyses d’une catégorie d’observateurs recrutés surtout chez les intellectuels et universitaires. À ce titre, pendant l’immédiat après-référendum, [209] le Devoir a publié des analyses diverses, parfois opposées, qui, dans l’ensemble, illustrent particulièrement bien le climat qui prévalait alors.
Ce qui est d’abord à remarquer c’est une certaine concentration dans le temps. Aussi bien pour ce qui est des éditoriaux que des commentaires et opinions, la fréquence de parution baisse assez rapidement. Ainsi, sur les sept éditoriaux que consacre le Devoir aux lendemains du référendum, six sont publiés pendant la première moitié de la période étudiée et un seul par la suite, soit à la toute fin de la période. Il en va de même pour les commentaires. On en compte un peu plus de vingt parus pendant ces dix-sept jours, mais les deux tiers paraîtront pendant la première moitié de la phase retenue. À noter que ce rythme se retrouve de façon à peu près constante dans les autres journaux.
Deux thèmes dominent les éditoriaux. Le premier, dans les tout premiers jours qui ont suivi le référendum, touche à l’avenir du Parti québécois et de son option. C’est cela qui retient l’attention de Michel Roy dès le 22 mai. Si, pour celui-ci, il appartient maintenant à Trudeau de s’expliquer, le « choix difficile » (c’est le titre qu’il choisit) est celui du Parti québécois qui doit définir sa position dans le contexte nouveau pour tenter de dégager le compromis possible entre son « engagement vital » et les contraintes de la négociation à mener. Deux jours plus tard, à la suite de la conférence de presse de M. Lévesque, Roy voit dans la volonté de négocier exprimée par celui-ci « un pari légitime mais incertain ». Il n’y a pas d’autres choix possibles mais les embûches, précise-t-il, restent nombreuses.
A part ces considérations plus proprement stratégiques, l’avenir du Parti québécois suscite au Devoir des réflexions d’ordre idéologique. Deux éditoriaux portent ainsi sur l’avenir de l’option même du parti. Trois jours après le 20 mai, Lise Bissonnette insiste sur la nécessité de « ne pas couper le vin ». Si le choc a été violent pour les tenants du souverainisme, écrit-elle, il est essentiel que l’option qu’ils représentent soit préservée car, selon elle, il ne fait pas de doute qu’une vigoureuse partie du Québec souhaite un changement radical dans ses rapports avec le Canada. Dans la même veine, elle proposera peu après (le 26 mai) quelques réflexions sur « L’étapisme en question ». Si dans un premier sens, conclut-elle, celui de la restriction mentale et de l’imprécision grandissante, cette notion peut paraître fort [210] discutable, elle conserve une très grande valeur quand elle a trait à un processus démocratique qui respecte le cheminement des citoyens.
Une seconde catégorie d’éditoriaux porte, de façon plus précise, sur le déroulement de la négociation qui s’amorce après le 20 mai. Les trois textes qui y sont consacrés révèlent rapidement pessimisme et désillusion. Une semaine après le référendum, Lise Bissonnette parle déjà « du sentier battu et rebattu » de la réforme constitutionnelle puis évoque l’inquiétude et le scepticisme que font naître certaines déclarations récentes des milieux fédéraux. Michel Roy dénoncera peu après les « illusions dangereuses » qui persistent chez plusieurs. Illusion notamment de ceux qui, comme Edward McWhinney, croient que le changement peut se faire rapidement et n’être que culturel et linguistique. Illusion aussi qui consisterait à croire que les Québécois ont choisi à tout jamais le fédéralisme. Le même désabusement se fait voir dans un éditorial paru à la veille même de la conférence du 9 juin. Lise Bissonnette suggère que le 20 mai n’a fait passer qu’une simple brise à Ottawa et met en garde contre les possibles « coups de forces », tel un référendum sur le rapatriement de la constitution. La suite des événements allait mettre en évidence la justesse de ces propos. Somme toute, la page éditoriale du Devoir pendant cette période témoigne avant tout de la complexité de la nouvelle situation et des périls qu’elle recèle. Pour l’essentiel, la même remarque vaut pour les commentaires et analyses.
Remarquons d’abord que ce genre de contributions dans le Devoir vient de sources très variées. Il y a les commentateurs dont la signature est quasi régulière, ainsi Robert Décary, et ceux pour qui ce journal est le lieu privilégié pour communiquer des réflexions liées à l’évolution sociale et politique. Pendant la période qui nous intéresse, on dénombre ici une vingtaine d’articles. Ils sont signés, entre autres, par Gérard Bergeron, Maurice Champagne-Gilbert, Louis Balthazar, Paul M. Lemaire, Edward McWhinney, Pierre Vadeboncœur et Ghislain Fortin. D’autres signatures coutumières n’apparaissent pourtant pas.
Par ailleurs, ces analyses portent à peu près autant sur l’ensemble de la situation au Québec et au Canada après le référendum que sur le déroulement de la négociation qui se [211] prépare. À propos de la situation générale, les analystes font surtout valoir que l’heure est à la réévaluation et à l’imagination (G. Bergeron, le 24 mai), qu’une étape majeure dans l’évolution démocratique du Québec vient d’être franchie (P.M. Lemaire, le 27 mai), qu’il importe pour le Parti québécois de s’attacher à définir son projet de société au moment où il s’engage dans une difficile négociation (M. Champagne-Gilbert, le 28 mai), qu’il faut élargir la vision du Québec de demain (L. Balthazar, le 6 juin), qu’il faut repenser la diffusion de l’idéologie souverainiste (P. Drouilly et R. Barberis, le 31 mai). Bref, le temps est à la réflexion en profondeur, et les articles parus font surtout voir l’ampleur et les difficultés de la tâche à entreprendre. Puis, quand il est question plus précisément de la négociation qu’il faut entreprendre, on insistera autant sur les modalités de celle-ci que sur le fond même de l’objet qui en est la cause.
Quant aux modalités, les principaux thèmes à retenir sont la nécessité de procéder sans précipitation (R. Décary, le 23 mai) et l’urgence de créer un forum approprié à la réforme (G. Fortin, le 3 juin). Il est sans doute plus intéressant de noter ce qui ressort des commentaires faits sur le fond même de la négociation. À un extrême, pourrait-on dire, se trouve la position d’E. McWhinney pour qui « la question peut être réglée en six mois », car satisfaire les besoins culturels et linguistiques du Québec ne devrait pas exiger de modifications majeures, mais « des arrangements administratifs, des ajustements ». À l’autre pôle, se trouvent les positions exprimées par P. Vadeboncœur et G. Bergeron. Le premier (le 27 mai) estime que « la nouvelle manche » se présente favorablement pour le Québec qui est en bonne position de négocier dans le cadre fédéraliste. Il faudra être là pour le faire, et le Québec doit viser des pouvoirs considérables surtout en matière économique. Le temps n’est pas aux élections, le Parti québécois doit plutôt gouverner et préparer ses dossiers en vue de la négociation. Par là, conclut-il de façon quelque peu sibylline, « nous éviterons le pire dont il ne faut pas [dissimuler] la gravité ni l’imminence possible ». On retrouve à peu près la même perspective chez G. Bergeron (le 2 juin). Le Parti québécois n’a aucunement à se suicider. Il doit finir ce qu’il a commencé en « politique intérieure » et s’attacher à définir « une nouvelle politique extérieure ». En ce domaine, les éléments favorables à un réaménagement capital sont réunis aussi bien à Ottawa qu’à Québec. Dans ce contexte, ajoute-t-il, pourquoi le Québec ne prendrait-il pas l’initiative d’organiser des rencontres [212] interprovinciales pour tenter de dégager certaines exigences communes à présenter à la table de négociation ? En somme, l’essentiel est dorénavant d’entreprendre la phase suivante avec les meilleurs instruments possibles.
Ajoutons pour compléter ce tableau que, contrairement aux autres journaux examinés ici, au Devoir la présentation des « réactions de l’extérieur du Québec » occupe une place réduite. Trois articles seulement : un commentaire du Monde en date du 26 mai, un aperçu des réactions de l’Ouest (J. Benjamin, le 2 juin) et le référendum vu d’Israël (J. Ouellette, le 7 juin).
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The Gazette
Parmi nos quatre journaux, la Gazette se remarque à un double titre. Mis à part le fait que ce soit le seul quotidien de langue anglaise que nous ayons retenu, ce journal se distingue aussi par l’abondance, toutes proportions gardées, des articles, éditoriaux et commentaires parus pendant cette période. On compte huit éditoriaux, nettement concentrés pendant la première moitié de la période, et près d’une cinquantaine de commentaires et analyses d’inégale importance.
Avant de passer à un examen plus précis de ces données, mettons en évidence, pour l’instant, trois thèmes qui paraissent bien exprimer l’essentiel des positions du journal. En premier lieu et avant tout, il faut interpréter les résultats du référendum comme une retentissante victoire pour le Canada et pour Claude Ryan. Selon la Gazette, le résultat final ne doit pas se lire 60% par rapport à 40%, mais bien 80% contre 20% car, y précise-t-on souvent, au moins la moitié de ceux qui ont voté pour le oui sont des fédéralistes. Puis, pour la Gazette, le Parti québécois ne saurait représenter le Québec lors des discussions constitutionnelles, d’où la nécessité d’élections générales au Québec. Enfin, la réforme du fédéralisme qui s’engage soulève en même temps optimisme et pessimisme. Optimisme, en effet, puisque le moment semble propice, mais pessimisme puisqu'il n’existe pas encore de consensus sur ce que pourrait être le fédéralisme renouvelé.
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La page éditoriale du quotidien anglophone met en relief deux thèmes principaux au cours de ces semaines. Cependant, il ne sera pas sans intérêt de rappeler, plus loin, deux autres sujets moins longuement traités, mais qui apportent un éclairage particulier à l’ensemble de ces positions.
Premier thème : le sens du vote. Sous le titre « The Hardest Part Begins », la Gazette souligne dès le lendemain du référendum que les Québécois ont choisi le Canada et que c’est la fin du rêve pour les indépendantistes. Le Canada doit démontrer qu’il peut répondre à cet acte de confiance et le Parti québécois doit participer à l’épanouissement du Québec à l’intérieur de la confédération. Comme nous l’avons déjà indiqué, pour la Gazette cette démarche s’impose d’autant plus que le vote fédéraliste a été plus fort que les 60% officiellement accordés au non. Dans un éditorial du 24 mai, la Gazette souligne, en effet, l’utilité des sondages pour informer sur les opinions réelles des citoyens. C’est ainsi, poursuit l’éditorialiste, que l’on a pu apprendre qu’une grande part des tenants du oui étaient avant tout des partisans d’un fédéralisme renouvelé.
La moitié des éditoriaux de la Gazette pendant cette période porte sur la négociation qui va suivre. Quelques idées se dégagent nettement. Le Québec se doit d’être un participant majeur dans cette entreprise et la situation du Parti québécois est particulièrement difficile. Alors qu’une attitude positive s’impose, celle du gouvernement Lévesque semble s’inspirer d’une démarche contraire. Dans un important éditorial, le 27 mai, la Gazette souligne que le moment n’est pas à un marchandage des pouvoirs, mais que l’objectif à atteindre est d’arriver à assurer aux Canadiens en général une meilleure qualité de vie. Le principe de l’égalité n’est pas un objectif en soi et il faut plutôt rechercher un système flexible et efficace. La Gazette revient souvent sur l’importance du rôle que doit maintenant jouer Claude Ryan. Les discussions qui s’engagent devraient être élargies pour permettre la participation d’acteurs comme ce dernier. Davantage, le journal réclame des élections au Québec d’ici peu de mois, pas après l’automne en tout cas, pour déterminer qui représentera vraiment le Québec et avec quel mandat. Enfin, l’on souligne l’importance de ne pas agir trop rapidement en ces matières et l’on pense, contrairement à ce que suggérait René Lévesque, qu’il vaut beaucoup mieux que [214] tous ces débats se déroulent en privé. La proposition de René Lévesque à ce sujet, souligne-t-on, laisse planer des doutes sérieux sur les motifs qui l’animent.
Au cours de cette période, la page éditoriale de la Gazette traite de deux sujets que n’aborde pas la presse francophone. La nécessité d’adopter un hymne national comme facteur de renforcement du sentiment national (le 26 mai) et l’urgence de corriger la faible représentation des anglophones au sein de la fonction publique québécoise (le 2 juin). Un problème, est-il précisé, qui ne semble guère préoccuper outre mesure le gouvernement actuel. D’autre part, le nombre et les tendances des réactions aux résultats du référendum que la Gazette prend soin de rapporter à ses lecteurs méritent attention. Plus d’une dizaine d’articles y sont consacrés. Il est d’abord frappant de constater que la majorité des réactions dont on fait état s’inscrit dans un courant bien identifié. On rappelle donc celles de A. Patterson du Positive Action Committee, des milieux d’affaires (à deux reprises), de la Banque royale qui, précise-t-on, garde son siège à Montréal, de la Bourse, du sénateur J. Javits de l’État de New York et de la presse américaine. Soulignons ici le soin mis à faire connaître les réactions de la presse francophone : on en traitera à trois reprises.
Dans ce journal, les commentaires et analyses proviennent essentiellement de deux sources : les journalistes professionnels et les chroniqueurs de l’extérieur, parmi lesquels se trouvent, entre autres, Nick Auf Der Maur, Keith Spicer, Pierre Bourgault. Dans l’ensemble, les mêmes thèmes se retrouvent de part et d’autre. Ce sont les suivants selon un ordre d’importance décroissant : l’avenir du Parti québécois et le rôle de Claude Ryan, les possibilités et difficultés de la négociation (vues surtout du Québec), le climat post-référendaire (c’est-à-dire le contexte au sein duquel vont maintenant s’inscrire les débats politiques), l’attitude de l’Ouest canadien.
S’il y a assez grande concordance entre tous ces écrits (on en compte plus d’une trentaine signés par une douzaine de personnes), relevons néanmoins certaines contributions particulièrement éclairantes du côté des chroniqueurs extérieurs. N. Auf Der Maur souligne que la polarisation est moins grande qu’on n’aurait pu le croire (les 21 et 26 mai) ; C. Young insiste sur deux idées majeures pour la Gazette : un vote fédéraliste plus [215] fort qu’il ne semble et la nécessité d’un changement radical (le 22 mai) ; K. Spicer veut mettre en relief les effets bénéfiques du référendum pour l’Ouest afin d’y développer un sentiment d’appartenance (le 22 mai), mais aussi que tout progrès véritable est rendu précaire du fait que l’establishment d’Ottawa ne comprend pas les problèmes de cette partie du pays (le 4 juin) ; P. Bourgault proclame sa conviction que le reste du Canada ne pourra pas parvenir à accepter les changements qui s’imposent, d’où l’inévitable victoire du souverainisme à long terme. En somme, le ton de la Gazette ne se retrouve guère ailleurs, à certains égards au moins, quand il s’agit d’interpréter les résultats du référendum ; mais est-il vraiment si différent dès que l’avenir est considéré ?
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Le Soleil
Commençons cette section par une remarque qui dépasse le cadre de notre analyse. Comparé aux trois autres journaux, le Soleil est sûrement celui où le traitement de l’information est le plus complet. Dans chacune de nos catégories, l’effort consacré par ce quotidien est supérieur à ce que l’on trouve ailleurs. Les éditoriaux d’abord : neuf qui sont répartis un peu plus également que dans les autres quotidiens. Puis, le soin mis à recueillir des réactions de toutes sortes arrive à fournir une vue d’ensemble variée et ample. Nous y reviendrons. Même situation à propos des commentaires et analyses. Il y a ici beaucoup de matière fournie par une équipe importante de journalistes et par des observateurs sollicités de milieux les plus divers : par exemple Pierre Laurin, John Harney, Jean-Paul L’Allier. Somme toute, le Soleil paraît être un amalgame des formules que représenteraient le Devoir et la Presse. L’information y est abondante sans réduire la place du commentaire proprement dit. Il serait intéressant de voir, par d’autres études plus poussées, si cette hypothèse tient réellement.
Pourtant, et il importe de le souligner fortement ici, si l’ampleur et la richesse de ce matériel contribuent à élargir nos vues, cela ne signifie point qu’on peut aisément en tirer des lignes de force, des tendances qui rendraient fidèlement compte de [216] l’état d’une opinion dont les contours seraient clairs. À sa façon, et avec encore plus de netteté, le Soleil montre, au contraire, que les points de vue les plus divers coexistaient au lendemain du 20 mai, que les analyses poussées sont rares et, surtout peut-être, que chacun se tourne bien rapidement vers la nouvelle phase : celle des négociations constitutionnelles. Dans sa page éditoriale, le Soleil traite beaucoup plus longuement de l’amorce des négociations constitutionnelles que de l’interprétation des résultats eux-mêmes. « Une page a été tournée » écrit M. Pépin le 21 mai. Le choix est clair : les Québécois veulent demeurer Canadiens et le Parti québécois se voit obligé de mettre en cause son programme, notamment en adoptant un langage plus clair et plus direct. Pour le rédacteur en chef et éditeur adjoint, C. Beauchamp, le référendum aura eu un impact positif dans la mesure où il a contribué à créer les circonstances favorables à une action rapide aussi bien du côté fédéral que du côté québécois. Selon celui-ci, le Parti québécois doit tenir des élections « pour recouvrer sa virginité constitutionnelle ». L’heure est à la clarification.
À propos des premières phases de la négociation, le Soleil adopte assez rapidement un ton déjà noté dans d’autres quotidiens : désillusion et inquiétude. Alors que le défi pour les vainqueurs est de « réconcilier une société » et de rétablir des rapports normaux avec le gouvernement du Québec, on semble à Ottawa, souligne-t-on, avoir plutôt choisi la voie de l’affrontement, de la lutte à finir (le 23 mai). « Trudeau doit faire confiance à Lévesque », tel est le titre de l’éditorial du 24 mai. En « grand démocrate » qu’il est, celui-ci a accepté le sens du vote et il lui faut définir ce qu’il veut précisément négocier. Mais la « hâte suspecte d’Ottawa » (le 28 mai) ne peut que durcir les positions du Québec, et aucune précipitation ne saurait autoriser le gouvernement fédéral à ne pas respecter les objectifs fondamentaux du Québec. C’est un appel à la prudence qu’on trouve en page éditoriale du Soleil à la toute veille de la conférence des premiers ministres : à quoi sert d’annoncer une réforme si c’est pour réduire « les pouvoirs déjà insuffisants du Québec » ?
De tous les journaux étudiés, le Soleil est sans conteste celui qui a le plus cherché à présenter à ses lecteurs un éventail étendu des réactions au référendum. Ces dernières varient d’autant plus qu’elles ont été sollicitées de sources fort diverses : une trentaine [217] de députés fédéraux et provinciaux, des observateurs politiques rattachés à l’un ou à l’autre camp, plusieurs maires, les représentants de diverses minorités, une dizaine de personnalités du monde des arts, quelques universitaires et, bien sûr, les hommes d’affaires (près d’une quinzaine) et les représentants des principaux groupements syndicaux. Il serait illusoire de prétendre résumer fidèlement ici cette diversité ; c’est plutôt son ampleur qui est à souligner. Le Soleil ajoute d’ailleurs à cela un rappel des réactions de la presse anglophone (qui regroupe une quinzaine de journaux) de même qu’un aperçu plus rapide de la presse américaine. Les commentaires et analyses contenus dans les pages du Soleil forment un ensemble impressionnant par le nombre et la diversité. Il importe ici de distinguer quels en sont les auteurs et sur quoi ils portent. En réponse à la première interrogation, retenons deux catégories d’analystes : une demi-douzaine de journalistes qui signent environ vingt articles pendant cette période, plus d’une dizaine d’analystes de divers horizons dont les propos nous paraissent davantage significatifs. En effet, il est normal que les journalistes de métier traitent dans ces colonnes à peu près des mêmes thèmes déjà mis en évidence dans les autres journaux : réflexions sur le « climat » qui prévaut au lendemain du 20 mai ; sur l’état des forcés politiques au Québec (et l’avenir du Parti québécois) où le rôle de Claude Ryan est longuement discuté ; sur l’allure, jugée plutôt inquiétante dans l’ensemble, que prennent les négociations constitutionnelles.
Les commentaires que le Soleil présente venant d’observateurs « extérieurs » fournissent quelques données intéressantes sur l’état de l’opinion à cette époque. Rappelons les plus importants. Un rôle spécial échoit aux Anglo-Québécois, affirme A. Patterson du Positive Action Committee : celui de faire comprendre au reste du Canada le sens des revendications du Québec (le 22 mai). Les non-syndiqués ont cédé à la peur et le référendum a surtout mis en présence deux concepts de société, telle est l’interprétation donnée par les dirigeants de la F.T.Q. (le 23 mai). Pierre Laurin, directeur des H.E.C., dans une entrevue du 23 également, porte un jugement nuancé mais plutôt positif sur le leadership du Parti québécois : à part l’objectif de la souveraineté, les milieux d’affaires seraient prêts, affirme-t-il, à accepter 90% du programme du Parti québécois. Se référant à sa propre expérience, Jean-Paul L’Allier prévoit un référendum... [218] canadien s’il n’y a pas accord (le 30 mai). Pour John Harney, ancien député N.P.D., l’essentiel c’est d’être prêt « à élaborer une nationalité politique canadienne... qui reconnaisse qu’elle renferme en elle-même des nations d’aborigènes et la nation des Français au Canada » (6-7 juin). Mentionnons enfin une contribution unique qu’apporte le Soleil. En date du 24 mai, il présente dans un long article le compte rendu d’une table ronde qu’il a suscitée, et qui réunissait trois universitaires et une militante importante du Parti québécois. Constatation significative : il est clair qu’aucun consensus ne se dégage entre ces observateurs sur des questions aussi cruciales que l’avenir de la souveraineté-association, le sort réservé au Parti québécois, ce que semblent devoir être les négociations. Plus qu’autre chose, ces questions paraissent soulever « une foule d’hypothèses souvent contradictoires », souligne celui qui présente le compte rendu. Cette impossibilité de s’entendre sur les perspectives d’avenir après le référendum, révélée par une telle tentative, c’est peut-être l’un des traits qui caractérisent le mieux l’état de l’opinion en y ajoutant, à coup sûr, une réticence assez nette et répandue à vouloir se prononcer.
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La Presse
Pour ce journal, les réactions qui suivent le référendum se répartissent d’une manière quelque peu particulière. En effet, l’éditorial proprement dit a ici une importance moindre que dans les autres journaux étudiés, alors qu’on semble avoir plutôt mis l’accent sur les commentaires et analyses de même que sur les réactions des groupes ou personnalités. La Presse ne consacre, en effet, que cinq éditoriaux à l’analyse des résultats du référendum, tous étant publiés pendant la première moitié de la période que nous avons retenue. Par ailleurs, un nombre à peu près égal d’articles, soit une vingtaine, est consacré aux commentaires des chroniqueurs et journalistes attachés à ce quotidien (Marc Laurendeau, Lysiane Gagnon, Marie-Josée Drouin, Pierre Vennat, entre autres), puis à la présentation des réactions aussi bien des milieux d’affaires ou syndicaux que de personnalités aussi diverses que, par exemple, Gérard Pelletier, Robert [219] Bourassa, Claude Castonguay, d’une part, André d’Allemagne, Maurice Pinard et le père Georges-Henri Lévesque, d’autre part.
Cette variété ne se prête pas aisément à une synthèse, certes beaucoup moins que dans le cas de la Gazette. Cependant, l’ampleur de la victoire du camp fédéraliste est fortement soulignée en page éditoriale et l’interprétation de l’échec du oui passe par des voies bien diverses. Pour certains (en page éditoriale surtout), c’est la défaite de l’option même du gouvernement, pour d’autres (chez les chroniqueurs), il faut davantage y voir celle de la stratégie du Parti québécois. On s’attardera donc à considérer l’avenir de ce dernier en soulignant le paradoxe où il se trouve : ne pas abandonner son option et demeurer prêt à s’engager dans la phase de négociation qui débute. Pour certains, cela nécessitera le passage dans l’opposition. On note la même perplexité et une incertitude évidente quant aux négociations qui s’amorcent : la conjoncture est propice mais les difficultés, on ne tarde pas à le faire voir, se font nombreuses et d’envergure.
En page éditoriale, la Presse considère deux questions. Aux résultats du référendum, elle ne consacre que deux articles (les 21 et 22 mai). La réponse des Québécois lui paraît « sans équivoque ». Ils ont choisi de demeurer dans la fédération canadienne, et la défaite est très sévère pour le Parti québécois si l’on tient compte des avantages dont disposait le gouvernement au cours de cette campagne. La souveraineté-association a été rejetée et le gouvernement québécois doit s’engager résolument dans la négociation, puisque toutes les conditions sont réunies pour procéder à une réforme majeure à laquelle le Québec ne saurait faire obstacle.
Ce bel optimisme s’estompe pourtant rapidement quand on examine le déroulement de la négociation. Après avoir souligné le danger du côté fédéral de trop précipiter les choses alors qu’il importe de consulter les provinces (le 23 mai), et pour celles-ci le péril correspondant qui consisterait à adopter une attitude attentiste (le 26 mai), l’éditorialiste de la Presse parle déjà, le 30 mai, de « processus qui démarre de travers ». Le gouvernement fédéral semble vouloir bousculer les provinces et particulièrement le Québec. Les déclarations des ministres Lalonde et Johnston ne peuvent que soulever des controverses. Toute [220] réforme, poursuit-on, exigera « un esprit d’ouverture et de compréhension » dont les représentants fédéraux ne semblent guère disposés à faire preuve présentement.
Un aperçu des réactions diverses suscitées par les résultats du référendum telles qu’elles sont présentées aux lecteurs de la Presse apporte quelques éléments majeurs au tableau que nous tentons d’esquisser. Mentionnons d’abord les réactions qui sont en quelque sorte prévisibles et que la Presse puise aux sources les plus diverses : leaders syndicaux, milieux d’affaires, hommes politiques de toutes allégeances. Le lecteur est sans doute moins frappé par leur contenu qu’il pouvait deviner que par la variété de l’éventail des opinions présentées. Le souci d’informer est évident. Il faut plutôt s’arrêter à certaines dont le contenu intéresse pour des raisons précises. Ainsi, le maire de Montréal s’en tient à une volonté stricte de neutralité et refuse de faire tout commentaire. Mais le sociologue Maurice Pinard dit craindre une nouvelle flambée de violence si le Parti québécois venait à perdre le pouvoir lors des élections qu’il prévoit pour l’automne, quoique ce risque lui paraisse atténué du fait qu’une bonne majorité de francophones, selon lui, a voté pour le non. Pour André d’Allemagne (le 22 mai également) cet échec est avant tout stratégique car le Parti québécois s’est révélé incapable de transmettre efficacement son message et de l’expliquer à l’ensemble de la population. À ses yeux, le travail est à reprendre en vue d’un second référendum. Citons encore les critiques de Maurice Sauvé, reprises par tous les journaux, à l’endroit des journalistes québécois qui « ont oublié d’être objectifs » et les propos du père G.H. Lévesque qui rappelle à Louis O’Neill (le 23 mai) le solide appui donné par le gouvernement fédéral pour favoriser ses entreprises dans un pays francophone d’Afrique.
La teneur des chroniques signées par les collaborateurs habituels de la Presse n’est pas facile à résumer. Les thèmes sont faciles à identifier mais, sur chacun, les opinions varient passablement. D’abord, certains titres illustrent la variété des perspectives à propos du climat au lendemain du 20 mai. « Le fédéralisme a obtenu un délai » écrit M. Laurendeau, le 22 mai, alors que P. Longpré verra dans cet effort de renouvellement « la quadrature du cercle » (le 24 mai). L. Gagnon, de son côté, tout en mettant en relief le non exprimé par diverses minorités (les [221] jeunes, les gens âgés et les malades, les femmes), fait voir pour l’idée d’indépendance la nécessité de se renouveler (le 24 mai).
L’avenir du Parti québécois soulève bien sûr de multiples analyses qui portent autant sur son idéologie que sur ses choix stratégiques ou sur les hommes qui le dirigent. En général, l’accent est mis sur la nécessité d’un renouveau.
À propos des négociations sur la réforme constitutionnelle, M. Laurendeau s’arrête d’abord à quelques-unes des difficultés qu’elles auront à vaincre (le 24 mai) et, dans des articles subséquents, insiste surtout sur la difficile situation du Parti québécois (les 28 et 31 mai), lequel devrait retarder les élections autant que possible et mettre à profit ce répit pour opérer la révision qui s’impose. Citons enfin la chronique de M.-J. Drouin (en date du 27 mai) sur l’économie québécoise après le référendum. Si celui-ci a fait disparaître une source d’incertitude, il importe maintenant que le gouvernement du Québec attache « la plus grande priorité au développement industriel et à la croissance économique ».
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Pour conclure
En prenant quelque recul, quels traits significatifs peut-on maintenant dégager ? Dans cet ensemble d’écrits variés y a-t-il des lignes de force qui ressortent plus nettement ? Des concordances et des similitudes, cela est sûr ; un certain ton que révèle un vocabulaire assez partagé, mais pas davantage.
Un rappel des principaux thèmes traités pendant cette période le montre aisément. Il y en a trois. Sur le sens du vote du 20 mai, on s’accorde à reconnaître qu’il est l’expression d’un choix net. Pourtant, dès qu’on veut en préciser le sens et l’ampleur, les divergences apparaissent. Elles sont encore plus évidentes quand on s’arrête à la portée et aux conséquences de la victoire du non. Est-ce un choix définitif de la part des Québécois ? Cela paraît beaucoup moins assuré quand on considère les divers commentaires. Peut-être faut-il, d’ailleurs, [222] on considère les divers commentaires. Peut-être faut-il, d’ailleurs, mettre au compte de la perplexité le petit nombre d’analyses proposées en ce domaine ? À propos de l’avenir du Parti québécois et de l’état des forces politiques au Québec au lendemain du 20 mai, on s’accorde à peu près pour souligner l’urgence et la difficulté de repenser l’avenir de l’option souverainiste, tout comme la plupart des observateurs semble croire que le Parti québécois peut être un négociateur valable. Seul le quotidien The Gazette formule ici de sérieuses réserves. Attitude qui le distingue aussi quant à la tenue d’élections générales, une bonne majorité n’en voyant guère l’utilité à ce moment. Il est plutôt remarquable de constater que la plus grande similitude des points de vue s’exprime sur le dernier thème : l’amorce des négociations constitutionnelles. Des horizons les plus divers on s’accorde à dire que le climat est favorable, que le Québec doit s’y engager vigoureusement, puis l’on note rapidement, de façon aussi répandue, que le pessimisme s’installe. Au tout début de juin, ce sont plutôt la désillusion et l’inquiétude qui l’emportent. Dans les quatre quotidiens, éditorialistes et commentateurs paraissent somme toute partager une attitude que certaines formules caractérisent assez aisément. La situation est claire, il importe de négocier en définissant des positions précises. Cela est justifiable aussi bien chez les collaborateurs du Devoir que chez ceux de la Gazette. Mais nulle part ne trouve-t-on l’expression d’un quelconque enthousiasme ni même d’une confiance réelle en l’avenir qui s’annonce. Celui-ci paraît bien davantage susciter très rapidement, désillusion et curiosité. Embarrassés par l’explication à apporter aux résultats du vote, ceux qui écrivent se tournent immédiatement vers la phase nouvelle qui commence, et ils s’entendent assez à reconnaître qu’elle s’engage plutôt mal.
Nous avons déjà souligné la baisse d’intérêt rapide, dans tous les journaux, pour les résultats du référendum considérés comme tels. Faut-il s’étonner, et comment pourrait-on expliquer, qu’un événement de cette envergure paraisse, en si peu de temps, être relégué à un rang secondaire ? N’y a-t-il pas là une sorte de chute brusque après un crescendo qui s’était fait sur plusieurs mois ? D’autres questions surgissent à ce stade de l’examen. Vouloir y répondre valablement exigerait de nouvelles démarches. Les poser amène cependant à élargir le champ des hypothèses. Bien des choses ont été écrites sur les résultats du [223] référendum et sur les négociations. N’y a-t-il pas cependant certains silences qui pourraient être révélateurs ? Silences d’observateurs et d’analystes qui, en général et surtout pendant les semaines qui ont précédé le référendum, se montrent beaucoup plus présents. Silences aussi sur certains thèmes quasi négligés et pourtant fondamentaux. N’en mentionnons que deux : quelle est la portée réelle et comment faut-il expliquer, au-delà des évidences premières, cette victoire du non ; que peut devenir le projet souverainiste et quels choix s’ouvrent à la société québécoise ? Bien sûr, dira-t-on, ce type de réflexion a ses exigences propres que ni la formule du quotidien ni la période étudiée ne semblent favoriser. Cela est bien possible, mais il n’en demeure pas moins que, sur ces diverses questions, la période qui a précédé le 20 mai s’était révélée nettement plus riche.
Quel est le sens de cette coupure, si coupure il y a ? Voilà peut-être la préoccupation première qui nous a conduit à amorcer cette analyse. Celle-ci n’apporte certes pas toutes les réponses. Ces réserves, croyons-nous, ne devraient pas pour autant réduire l’intérêt que cet essai a pu susciter sur la dynamique et le fonctionnement de la presse à des « moments forts » de l’évolution du Québec.
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