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Revue CRITÈRE, No 36,
Le nouveau paysage mythique 1 -
Liminaire
Quand l’Histoire s’arrête par suite de nos désillusions et de nos culs-de-sac (peut-être aussi pour qu’elle s’arrête et qu’on reparte dans d’autres directions), on a recours instinctivement aux mythes, i.e. à des a priori collectifs globaux, des espèces de modèles et de paradigmes d’action et d’intention tout faits, en lesquels de plus en plus de gens (par-delà les classes sociales) se reconnaissent et se remettent à espérer.
Naissent alors des solidarités nouvelles ; des expériences et des essais empruntent des voies inédites ou oubliées. L’imagination se met en chantier et a recours à toutes les ressources de l’imaginaire et de la pensée magique. Elle se fait créatrice et constructrice d'un nouveau paysage mythique.
Dans ce dossier, dont nous publions ici le premier volet, nous cherchons à entrevoir les teintes et la topographie de ce nouveau paysage individuel et collectif. Qu’il s’agisse de pédagogie nouvelle, de soins de santé, d’organisation du travail, de réaménagements des rapports sociaux ou amoureux, ou encore de glissements d’importance dans les orientations et les attentes aux divers niveaux de la politique, de la religion, du progrès technologique, des arts et spectacles et même des habitudes de vie quotidiennes, il nous apparaît opportun de tenter de saisir, à travers les tentatives et les phénomènes nouveaux, au nom de quoi on agit, réagit, construit. Nul doute, même si les contours peuvent nous sembler imprécis, que des images surgiront, se dessineront d’elles-mêmes.
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Qui sait si, à y regarder de près, nous ne nous retrouverons pas en présence, sous des habits peut-être quelque peu différents, de Prométhée, Narcisse, Jocaste, Déméter ou Aphrodite et dans le décor idyllique du Jardin d’Eden, à moins que ce ne soit dans les Enfers d’Orphée. La véritable création ne serait-elle pas de faire du nouveau avec de l'ancien ? Et les chemins de l’avenir ne passeraient-ils pas par le passé ?
Roger Sylvestre,
Directeur
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