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Réflexions en marge de « La Grève de l’Amiante »
Contribution critique à une recherche
Avant-propos
En mai 1956, paraissait aux Éditions Cité libre, un ouvrage, rédigé en collaboration et publié sous la direction de Pierre-Elliott Trudeau, sur la Grève de l'amiante. D'aucuns ont affirmé que la parution du livre constituait « le point tournant de l'histoire sociale de notre province », surtout parce que des chercheurs sociaux pouvaient pour la première fois, dans « une puissante étude », « heurter le conformisme de front ». À coup sûr, l'événement fit grand bruit dans les cercles qui pensent et sont attentifs aux influences à exercer ou subies dans le milieu et personne ne songea à nier sa puissance d'appel à une révision des valeurs dont vivait la communauté canadienne-française.
Revenu depuis peu au domaine social après une absence de six ans, je fus alors invité à faire dans Relations l'examen de cette importante recherche sur un événement qui m'a toujours paru capital. Cet événement, je l'ai vu et même vécu. J'étais rédacteur à Relations quand les problèmes de la silicose et de l'amiantose s'y sont posés ; sur l'invitation des intéressés, j'avais été plusieurs fois amené à visiter longuement et même à intervenir, lors des difficultés rencontrées antérieurement par les syndicats de l'amiante, tant à Asbestos qu'à Thetford ; à titre de conseiller moral du Conseil central des Syndicats de Montréal, travaillant sous la direction de S. Exc. Mgr Charbonneau, j'ai été mêlé aux péripéties de la grève et j'ai même participé à certains incidents dramatiques ; enfin, comme membre de la Commission sacerdotale d'Études sociales, j'étais placé au cœur des relations entre le mouvement syndical, l'Église et l'État. C'est appuyé sur cette expérience de témoin et d'acteur la discrétion et la prudence commandent de ne pas l'utiliser à plein, même à l'heure actuelle que de novembre 1956 à mars 1957, j'ai pu rédiger quatre articles pour Relations.
Ces articles, on m'a demandé souvent de les publier, signalant qu'ils apporteraient une collaboration valable à la recherche entreprise et qu'ils pourraient contribuer à mettre au point le jugement de valeur et d'ensemble exprimé surtout par le directeur de la publication. De mon côté, j'étais frappé par le fait que les articles d'un périodique, même à tirage relativement élevé comme Relations, ne rejoignent pas le public atteint par un fort volume de présentation scientifique ; il fallait donner un caractère permanent à cette contribution qui avait exigé recherches et consultations.
J'ai attendu plus d'un an ; je comptais que le dialogue s'engagerait entre chercheurs et critiques. Depuis mars 1957, les seuls articles à paraître sur la question ont été publiés (en avril, mai et juin 1957) dans des revues anglo-canadiennes et étrangères, la série Angers parue dans l'Action nationale (septembre 1957 - juin 1958) constituant l'exception. Je publie donc aujourd'hui à part ces articles de Relations tels quels, dans leurs caractères originaux d'impression (d'où ces marges que les circonstances ont agrandies et dont je m'excuse : je plaide pauvreté d'éditeur) ; j'y ajoute un épilogue et des appendices.
L'épilogue étudie la réception faite à l'ouvrage par les critiques qui se sont donné la peine d'exprimer une appréciation valable, de la motiver et de la [4] développer. Les comptes rendus ou articles ont été soumis au procédé de l'analyse puis de la synthèse ; cette dernière a permis de déblayer le chantier de cette recherche, de faire le relevé des trouvailles authentiques et de dresser la liste des avenues ou terrains à dégager.
En appendice, on trouvera deux documents d'inégale longueur.
Le premier donne l'article publié dans la Civiltà Cattolica de décembre 1949, tel que traduit et reproduit dans la Documentation catholique du 7 mai 1950. On sait que les importants articles de la revue romaine, dirigée par des Jésuites, reflètent assez fidèlement les tendances qui prévalent dans les milieux représentatifs du Vatican et qu'ils ne paraissent jamais sans avoir été soumis à une sérieuse critique ; ainsi, la série d'exposés rédigés cette année par le P. Lener sur le cas de l'évêque de Prato passe pour exprimer la pensée officieuse du Saint-Siège sur la question. Il importait de citer en entier ce document qui n'a pas pu partir du Canada sans l'assentiment d'autorités ecclésiastiques compétentes ; il est, sur la grève de l'amiante, le récit tel que l'élite européenne catholique l'a lu, dans la Civiltà Cattolica et la Documentation catholique. Cette dernière reproduisait en même temps la lettre pastorale collective de nos Évêques sur le Problème ouvrier.
Le deuxième appendice donne l'article paru dans Relations de juin 1949 sur la grève et donc rédigé avant le 15 mai, au milieu de la pleine effervescence d'Asbestos ; en le relisant, dix ans après, je me rends compte que je n'y enlèverais rien mais que j'y ajouterais beaucoup. Je le reproduis ici pour prouver que plusieurs je reflétais à ce moment leur pensée se rendaient compte de l'importance de l'événement en cours et se comportaient en conséquence.
J'espère que ce Cahier qui est recherche autant que critique contribuera d'une part à apaiser l'ardeur des hommes d'action, politique ou sociale, à tirer, en partant de travaux de recherche, des conclusions prématurées ou préjugées, et d'autre part à relancer les chercheurs sociaux sur le chemin de notre histoire sociale, en particulier de notre histoire syndicale.
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