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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Les deux faces de Janus. Essais sur le libéralisme et le socialisme. (2011)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Benoît Coutu et Hubert Forcier, Les deux faces de Janus. Essais sur le libéralisme et le socialisme. Montréal: Les Éditions libres du Carré rouge, 2011, 365 pp. [M. Benoit Coutu nous a autorisé le 16 avril 2020 la diffusion en libre accès à tous dans les Classiques des sciences sociales de cette publication.]

[1]

Les deux faces de Janus
Essais sur le libéralisme et le socialisme.

Préface

Par Hubert Forcier et Benoît Coutu

Et les promesses ne pourront plus rien tenir
Et l'avenir refusera de passer inaperçu encore une fois de plus

Pierre Perrault, L’hiver des soumissions

Le regard critique que l’on pose sur la société actuelle s’appuie bien souvent sur la vision d’un monde alternatif. Cette représentation anime de luttes caressées ou activement investies. Prendre acte des revers d’une société, c’est bien souvent entendre l’effort commun qui doit être accompli pour accéder à un demain meilleur. Les idéologies politiques de la modernité possédaient ce bienfait d’analyser le monde réel à la lumière d’un projet de transformation de la société. La référence aux idéologies autorise un aller-retour perpétuel entre le réel et l’en devenir qui motive l’acteur social empreint d’un projet politique qui le dépasse et auquel il s’identifie. L’attachement singulier au rapport continuel entre la théorie et la pratique qui fonde la participation de l’intellectuel au débat de la société s’appuie lui aussi sur les idéologies. Le présent ouvrage s’adresse aussi bien à celles et ceux qui s’acharnent à ébranler les travers de notre société par une lutte quotidienne qu’à celles et ceux qui réfléchissent aux fondements critiques de nos interventions.

Notre société accumule de manière effarante les lacunes, les insuffisances et les taches qui brouillent l’appel à la constitution d’un monde viable. La vision gestionnaire du politique pollue notre démocratie comme les envolées [2] financières, accompagnées des effondrements qui y correspondent fatalement, obstruent la réflexion raisonnée sur notre économie. Les crises écologiques se superposent sans que ne soient véritablement perturbés les fondements du système. La débâcle capitaliste, qui entraîne dans son sillage les dérèglements planétaires les plus tragiques, ne semble jamais assez marquée pour ébranler véritablement une société accoutumée aux œillères. Le système capitaliste maintient sa domination en intégrant dans son schème les luttes et manifestations qui visaient pourtant à le compromettre. Rien ne semble y faire.

Dans ce contexte inquiétant où nos actions comme nos réflexions critiques paraissent être vouées à un échec aussi cuisant que consternant, une porte de sortie se pointe à l’horizon. Nous nous devons, dans ces moments où la réalité nous dépasse, de nous permettre un arrêt momentané pour retrouver l’origine de notre action et de notre pensée. Ce réinvestissement des fondements théoriques et idéologiques de notre vision du monde est ce qui nous permettra par la suite d’œuvrer à la résurgence nécessaire d’une lutte commune. Cela nécessite toutefois une ardeur particulière, où les vétilles se doivent d’être abandonnées, pour concentrer les recherches sur les sources communes. Retourner aux bases de la création d’un projet commun ne signifie pas qu’il faille en venir qu’à idéaliser les fruits de nos recherches. L’appui théorique et historique qui a accompagné les luttes politiques de la modernité ne se présente plus pour nous comme de simples calques qu’il nous suffirait de reprendre au mot-à-mot. La comparaison des situations nous autorise tout de même à envisager notre avenir avec plus de poigne. C’est que cet effort nous mène à réaliser de quelle manière les luttes passées ont su conjuguer la théorie et la pratique pour venir à bout de problèmes sociaux aussi menaçants que les nôtres. Voilà le premier enseignement que nous autorise ce retour aux sources.

Ce que la réinterprétation des travaux premiers nous permet aussi, c’est de rappeler l’importance de chercher des causes qui nous rallient, plutôt que de célébrer les lieux de nos sempiternelles dissidences. Si le pluriel est acclamé dans nos hautes sphères, c’est parfois au détriment d’une volonté de [3] nous rassembler derrière un projet commun. Dans cette ère de valorisation de la diversité et de lutte pour la reconnaissance de la différence, il est bien vu d’appeler à l’égalité concrète des conditions de vie particulières de tout un chacun. Ces idéaux sont portés par des courants de pensée, appelés « postmoderniste » par une Ellen Meiksins Wood ou « gauche libérale » par un Jean-Claude Michéa [1], qui développent un argumentaire certes séduisant, mais qui compte un double-tranchant. Sans nier la justesse de leurs luttes, nous nous devons non seulement de questionner le potentiel diviseur d’un tel combat, mais aussi de concentrer notre lutte sur la critique et l’action globales contre le système capitaliste.

Prenons un exemple pour démontrer à la fois la notoriété et la nécessaire critique de ces luttes contemporaines. Plusieurs évoquent le passage de l’appel à la lutte contre la domination de classe à l’engagement contemporain pour la lutte contre la discrimination pour exprimer la force de ces idéaux contemporains. L’appel à la lutte contre la domination de classe situait le conflit vers un adversaire extérieur, alors qu’il était question d’une lutte opposant des travailleurs exploités à des patrons exploiteurs. La lutte contre la discrimination amène une transformation fondamentale dans la manière de mener les luttes politiques. Le combat n’est plus tant à diriger contre un adversaire extérieur désigné comme tel, mais il a le potentiel de s’inscrire dans tous les lieux de la société. Un travailleur peut en effet subir de la discrimination de la part d’un autre travailleur. Il n’est pas question ici de prétendre que la discrimination n’existe pas et qu’il ne faille pas lutter contre celle-ci. Il faut néanmoins questionner la tendance forte d’une société qui concentre ses énergies sur cette lutte plutôt que sur celle qui allie une masse de citoyennes et de citoyens.

En effet, devant l’ampleur des critiques à formuler et des actions à poser pour transformer la société, il nous faut interroger l’action de certaines tranches de la gauche, qui envisagent le capitalisme comme l’aboutissement naturel de [4] l’histoire humaine [2], et qui nous invitent à abandonner notre opposition au système capitaliste pour y substituer « le seul combat, festif et multicolore, pour “l’évolution des mœurs” et “la fin de toutes les discriminations” [3] ». Comme se le demandait Fernand Dumont, il faut chercher à savoir si nous allons enfin « nous donner ces valeurs rajeunies qui pourraient faire une certaine unanimité malgré nos divergences [4] ».

La situation actuelle semble d’ailleurs assez préoccupante pour que nous concentrions nos efforts sur une amélioration décisive de notre société et sur une critique acerbe de la pensée unique. Dans les milieux intellectuels, nous ne cessons de vilipender la perte de sens contemporaine, les dérives du capitalisme globalisé, l’échec de nos démocraties, l’emprise de la gestion technocratique du social. Ces manifestations sociales ont subi la foudre de critiques répétées. Le moment est peut-être venu de passer à un autre niveau, et d’envisager les moyens à prendre pour changer la situation. L’idée derrière cet ouvrage est justement d’encourager une réflexion sur les origines des idéologies politiques modernes et ce, dans l’objectif d’alimenter la discussion sur la constitution d’un nouveau projet politique. C’est à la frontière entre la théorie et la pratique que nous avons situé le cadre de cette réflexion commune. Comment conjuguer la compréhension théorique et critique du monde actuel avec le passage nécessaire à l’action ? Cet ouvrage tente de répondre à cette question en participant modestement au débat sur la place des idéologies politiques dans notre société et sur le nécessaire effort de réactualisation de celles-ci.

Mais avant toute chose, comment pouvons-nous définir l’idéologie ? Est-ce que, comme chez le jeune Marx, l’idéologie se doit d’être opposée à la vie réelle et pratique ? Est-ce qu’elle ne se dresse pas plutôt contre la science, comme chez un Althusser ? [5] Est-elle un phénomène qui ne vise qu’à brouiller les cartes et qu’à brimer le passage à l’action ? Ou [5] n’est-elle pas justement ce qui permet d’asseoir l’action sociale sur des principes communs préalablement entendus ? À notre avis, il faut appréhender les idéologies comme ce qui autorise l’acteur social à passer à l’action. Les idéologies sont ce qui justifie la lutte politique, ce qui donne « une définition de la situation en vue de l’action [6] ». Pour Fernand Dumont, « [l]es idéologies sont les formes culturelles les plus explicites ; les partialités s’y justifient et s’y nourrissent de connaissances et de symboles. Elles sont épousées par des groupes, elles donnent naissance à des mouvements sociaux [7] ».

La force d’une perspective qui entrevoit les bienfaits de l’idéologie, c’est de nous permettre de mieux comprendre l’importance du conflit social dans la société moderne. Si l’idéologie permet à l’acteur social de donner un sens à son action, elle n’est toutefois pas univoque. La société moderne ne permet pas la naissance d’une seule idéologie, mais de plusieurs, qui sont en concurrence les unes par rapport aux autres et dans des luttes internes. Alors qu’une certaine peut mettre l’emphase sur une valeur comme la liberté individuelle, une autre peut entendre la lutte pour accéder à plus de liberté comme un combat spécifiquement collectif. L’acteur qui participe à l’action politique doit prendre conscience du fait qu’il n’est pas le seul à investir de ses vœux la place publique, et qu’il doit la partager dans un conflit harmonieux ou plus enflammé avec d’autres. En somme, nous ne pouvons faire autrement que de nous demander « comment les sujets concrets peuvent-ils se reconnaître dans leurs actions individuelles ou collectives sans leur conférer un sens par des idéologies ? [8] ».

Nos recherches et nos discussions ont relevé la présence et l’importance de différentes idéologies politiques modernes, qui vont du libéralisme à l’anarchisme, en passant par le conservatisme et le socialisme. Si certaines et certains se sont efforcés de nous apprendre les origines théoriques et historiques de ces idéologies, d’autres ont voulu rendre compte de leurs applications actuelles. La force idéelle tout autant que [6] strictement concrète des idéologies prennent une coloration nouvelle à la lecture de ces analyses. Devant ce que plusieurs ont appelé la fin des grands récits, comme devant le mutisme ambiant face à tout ce qui touche de près ou de loin l’administration de la Cité, cette discussion sur les idéologies politiques expose toute sa nécessité. Ce que cet ouvrage nous rappelle, c’est que nous ne sommes pas les premiers à peupler une société aux multiples traits pathologiques. Les acteurs sociaux qui nous ont précédés, par exemple celles et ceux qui ont investi de leurs luttes la société moderne naissante, ont fait face à un lot aussi impressionnant de crises sociales.

Le paupérisme des classes populaires, causé par le capitalisme en pleine consolidation, est certainement un de ces moments dans l’histoire où une société a développé des crises sociales intenses. Originairement entraîné par le phénomène des enclosures en Angleterre, le paupérisme est cette condition de survivance dans laquelle ont été placées les classes populaires à la naissance du capitalisme [9]. Au XIXe siècle, ce phénomène social massif avait obligé la tenue d’une réflexion collective sur le sort des sociétés modernes et sur l’intégration des classes sociales à celles-ci [10]. Dans ce contexte, certains groupes ont proposé des solutions pour répondre au risque d’anomie des sociétés modernes. Les élites libérales ont voulu intégrer les classes populaires à la société libérale en défendant la responsabilité individuelle. Dans cette perspective de l’intégration, les élites libérales feront une distinction entre le bon pauvre, celui qui subit sa condition par des déterminants hors de sa volonté, et le mauvais pauvre, celui qui ne travaille pas malgré sa validité au travail. Une telle distinction leurs permettaient d’excuser le bon pauvre, tout en engageant une répression envers le mauvais pauvre. De leur côté, les classes populaires se sont organisées, entre autres dans des sociétés de secours mutuels, afin de fonder des réseaux de proximité répondant aux défis de la société moderne [11]. La question sociale, en se fondant sur une situation objective, laissait à [7] l’époque se développer plusieurs projets de société. En effet, elle voulait garantir la cohésion du corps social, tout en questionnant la société dans son ensemble. Un auteur comme Robert Castel s’est intéressé à la question sociale, en l’analysant dans « le cadre d’une problématique de l’intégration, ou de l’anomie [12] ». Il observe comment une grande franche des classes populaires du XIXe siècle a subi une désaffiliation dans le cadre de la société capitaliste. Posés devant une société qui, au nom du progrès et de l’évolution, rejette aux limites de ses cadres un pan massif de sa population, les penseurs d’antan ont su charger cette société de leur juste révolte. Celle-ci a pris forme dans des projets politiques divers, qui ont fait primer, dans certains cas l’appel à la liberté et dans d’autres une querelle visant à assurer une égalisation des conditions sociales.  

Le socialisme comme idéologie

Si le libéralisme a, face aux questions sociales de la société moderne, prôné une résolution individuelle, le socialisme, pour sa part, a toujours privilégié une prise en charge collective des problèmes sociaux et des moyens à prendre pour améliorer la société. Quelque chose réunit toutes les idéologies politiques de la modernité. C’est qu’elles reconnaissent toutes les risques d’anomie et les crises sociales qui peuplent la société moderne. C’est la manière d’appréhender ces problèmes et de promouvoir certaines solutions qui les différencient.

Avant de pousser plus loin notre analyse du socialisme comme idéologie, nous devons avant tout nous avancer sur une définition. Nous reprenons celle que développe Fernand Dumont.

Le socialisme est d’abord une mise en cause d’ensemble de la société. C’est par la critique globale que nos combats peuvent éviter de s’enliser dans les conjectures ou dans le réformisme. Aussi la critique socialiste implique un choix parmi toutes les assises qui s’offrent aux intérêts et aux intentions des groupes en présence sur l’échiquier social, un [8] pari sur un pouvoir qui peut, plus ou moins provisoirement, permettre de dénouer l’ambiguïté de l’avenir[13]

La force du socialisme, c’est cette volonté qu’il contient de répondre aux problèmes de la société moderne par une réponse politique et économique globale. L’accession à un monde meilleur ne se réalisera pas en promouvant l’accentuation de la charité chrétienne. Nous n’y parviendrons pas en procédant à quelques réformes, qui visent surtout à faire mieux accepter l’ordre des choses. Le socialisme prétend que c’est seulement par un projet de transformation global de la société que la vie des travailleurs s’améliorera, comme celle de la communauté entière. Pour cela, il faut non seulement encourager la constitution d’une démocratie plus foncièrement directe, comme une modification radicale du mode de production et d’appropriation économique. La grande force de cette idéologie, c’est de poser l’essence de son action dans la solidarité de la lutte et non pas dans un principe qui fait référence à un ordre supérieur à l’action humaine, comme la référence divine par exemple.

Né au XIXe siècle face au risque inquiétant de voir les classes populaires s’échapper du cadre sociétal, le socialisme s’est, comme toutes les idéologies politiques, manifesté dans divers projets politiques. Alors que certains ont placé l’État au centre de leur résolution des problèmes sociaux, d’autres se sont rassemblés derrière les classes populaires et ont suivi de près l’organisation économique et politique de celles-ci. Certains acteurs sociaux se sont opposés à la démocratie, en prétendant que celle-ci n’était qu’un simulacre bourgeois, alors que d’autres ont voulu tenter le coup en fondant des partis politiques représentant les intérêts des travailleurs. Certains ont cru qu’il fallait une élite éduquée pour mener à bien les transformations qui allaient favoriser les classes populaires, alors que d’autres ont voulu promouvoir les solutions amenées et gérées par ces mêmes classes. Si on peut rassembler tous ces courants derrière une même idéologie, c’est qu’ils s’opposent tous au capitalisme libéral, qui rapidement devient prédominant dans la société moderne. Non seulement le socialisme ne peut accepter le précepte libéral qui pose [9] l’individu au centre de la vie sociale, mais en plus il conçoit les rapports de production d’une manière bien différente. Alors que le capitalisme défend l’appropriation de la richesse et des moyens de production par quelques privilégiés, le socialisme fait le pari qu’une société juste serait celle qui verrait « l’appropriation et le contrôle par les travailleurs de leurs conditions de vie et de travail [14] ». Le capitalisme pose de plus l’institution du marché au centre d’un système contraignant. La véritable force du capitalisme tient au fait que tous les acteurs sociaux développent progressivement une dépendance au marché face à laquelle ils ne peuvent plus s’extirper après coup  [15]. C’est cette dépendance au marché qui se verra remettre en cause par le socialisme.

Au Québec comme ailleurs dans le monde occidental, les Trente Glorieuses ont été un moment fort du socialisme. Inscrit dans une société qui accorde plus de soutien aux individus, l’appel incessant à une prise de pouvoir des travailleurs se fait de plus en plus insistant. La gauche québécoise est à cette époque à son plus fort et propose une société à construire sous le signe d’un socialisme démocratique. Les années 1970 sont à cet effet symptomatiques. La Révolution tranquille semble chose du passé, bien que son penchant providentialiste survit difficilement. On accuse l’État de défendre les intérêts capitalistes et de mettre tout en branle pour maintenir l’ordre social actuel [16]. On promeut l’action de l’État et des coopératives dans la possession collective des moyens de production, en plus d’encourager la participation décisionnelle des travailleurs [17]. Le discours social de l’époque soutient un sujet de l’action qui se présente comme le travailleur salarié québécois qui lutte solidairement pour la protection de ses droits et pour faire advenir une société socialiste [10] démocratique. Ce qui est intéressant de la lutte de cette période, c’est cette affiliation sincère au « monde ordinaire ». La gauche québécoise de l’époque fait le pari que c’est en se mettant du côté du monde ordinaire, soit en faisant la promotion de son mode de vie et de sa culture, que l’on pourra faire advenir une société plus juste.

La période contemporaine apparaît rapidement comme étant moins agitée au niveau social, surtout en comparaison des deux exemples historiques que nous venons de soulever. En effet, des mouvements populaires majeurs ont peuplé, aussi bien la période de la consolidation du capitalisme industriel au XIXe siècle que les Trente Glorieuses du siècle dernier. Ces deux moments sont nécessairement dans les plus importants de l’histoire du socialisme en Occident comme au Québec. Il est important pour l’acteur social contemporain de toujours porter son regard sur le passé, notamment pour entendre les appels à la mobilisation qui s’y cache. Ces moments ont une influence sur nous en ce sens qu’ils nous permettent de comprendre de quelle façon se manifeste la grogne face à des situations critiques. Cette analyse historique des luttes, jointes à un intérêt aussi fort pour la compréhension théorique de la société, nous permet d’entrevoir les lieux de contestation que nous pouvons investir. Ce qui ressort entre autres de cette attention portée au socialisme comme idéologie, c’est la force d’un projet commun qui vise à rassembler les acteurs sociaux derrière une vision partagée d’un avenir plus juste. Seule une réponse globale peut venir à bout d’un problème global.

Repenser les idéologies
et les projets politiques


Ce regard historique et théorique que nous portons sur les idéologies politiques de la modernité nous encourage à nous questionner sur les bienfaits que celles-ci peuvent nous apporter aujourd’hui. Contre la célébration en vogue de la fin des grands récits, nous croyons qu’un effort de réactualisation des idéologies politiques est aujourd’hui plus que nécessaire. Une telle volonté s’inscrit dans un double mouvement où nous voulons, à la fois mieux comprendre les essais théoriques aussi bien que pratiques qui ont travaillé le passé, et répondre aux [11] exigences nouvelles de la société contemporaine. Une urgence toute particulière doit, à notre avis, être accordée à la compréhension de la mutation des classes sociales et à celle du capitalisme.

Mais il nous apparaît vain d’œuvrer à une analyse des mutations contemporaines sans d’abord mettre à jour et réactualiser nos affiliations idéologiques. Cette prise de position s’ancre évidemment dans une critique féroce du positivisme et de la neutralité axiologique. La définition que nous donnons de l’idéologie, qui n’oppose pas celle-ci à la science, mais l’entrevoit plutôt comme un phénomène positif, nous conduit non seulement à défendre la nécessité des idéologies dans l’action sociale, mais aussi à inviter les appuis idéologiques dans la pratique scientifique. Ce n’est pas que la science soit la même chose que l’idéologie, ou bien qu’elle doive œuvrer à le devenir, mais c’est que la pratique scientifique est en soi idéologique. C’est ce que nous apprend Dumont en disant que « la science se constitue et se reconstitue en délimitant, par des discours idéologiques, son aire d’exercice [18] ». C’est que baignant dans une idéologie qu’elle observe et qui englobe ses tenants et aboutissants, la science apparaît elle-même comme une idéologie. En effet, tout son parcours est idéologique, de ses affrontements premiers avec la définition du monde par un ordre divin à sa tendance technoscientifique contemporaine [19]. Le scientifique qui prend conscience de ce phénomène sera à même d’éclairer sous un œil nouveau les mutations de notre époque. C’est qu’il nous faut absolument inscrire « le discours scientifique dans le champ de la pratique politique de la reproduction et de la transformation de la société [20] ». Sans quoi, « la science se trouve tout naturellement à écarter les sujets historiques concrets, qu’ils soient individuels ou collectifs [21] ». Cette exigence se retrouve au centre de la discussion collective que [12] nous avons tenue sur la question des idéologies et des projets politiques de la modernité et de la société contemporaine.

Appuyée sur une position idéologique franche et claire, l’analyse des transformations de notre société ne peut être entendue que par le biais d’une théorie critique comprise comme telle. À cet effet, le présent ouvrage ne porte pas tant sur l’analyse des mutations fondamentales de la société contemporaine que justement sur une réactualisation des idéologies et des projets politiques de la modernité. C’est dans ce cadre que ce sont inscrites les différentes réflexions que nous présentons dans cet ouvrage. Qu’est-ce le libéralisme, le conservatisme, le socialisme et l’anarchisme ? Voilà les questions premières que plusieurs participantes et participants se sont posées et ont tentées de résoudre. Quels sont les projets politiques qui réactualisent actuellement ces idéologies ? Cette interrogation a mobilisé plusieurs autres participantes et participants. Un pont permet toutefois de rallier les analyses des uns et des autres, en ce que l’intérêt profond que toutes ces personnes partagent résident dans la compréhension de l’importance des idéologies politiques dans la vie sociale, que ce soit dans les travaux théoriques ou bien dans les actions concrètes des acteurs sociaux. Ce que sous-entend toute cette réflexion sur la réactualisation des idéologies politiques, c’est que nous nous opposons au processus d’uniformisation idéologique qui sévit en Occident [22], surtout depuis la chute du mur de Berlin en 1989. Tenter de reformuler certaines idéologies laisse en effet comprendre que celles-ci peuvent nous être d’un précieux soutien lorsque vient le temps de critiquer la société contemporaine.

Une sociologie populaire

Si la sociologie critique a fait ses preuves au Québec comme ailleurs, c’est qu’elle a souvent su se faire la porte-parole des classes populaires. Souvent, parce que dans certains cas, la tradition de pensée qui méprise la culture populaire apparaît dans les écrits de quelques penseurs de la sociologie critique, par exemple dans une branche de l’École de [13] Francfort. Sans tomber dans une adulation de tout ce qui se rapporte au monde ordinaire, une pensée sociologique qui voudrait remettre en cause l’ordre des choses actuel se doit de faire porter le projet qu’elle soutient par un sujet collectif. À notre avis, ce sujet doit être le plus rassembleur et englobant possible. Il a des souches bien ancrées dans les classes populaires et il doit les rendre visibles. C’est en se sentant solidaire d’un pan massif de la société contemporaine qu’une sociologie critique qui souhaite réactualiser les idéologies et les projets politiques saura le mieux alimenter l’action par une théorie bien ancrée.

Cet intérêt pour les classes populaires entend démontrer aussi bien l’apport de cette classe à la réalité sociale que le rapport de subordination dans laquelle elle se retrouve la plupart du temps. Néstor García Canclini résume bien cette situation en mentionnant que « les cultures populaires ne sont pas un effet passif ou mécanique de la reproduction contrôlée par les dominateurs ; elles se constituent aussi en reprenant leurs traditions et leurs propres expériences  dans le conflit avec ceux qui exercent, plus que la domination, l’hégémonie[23] ». Pour un auteur comme Jean-Claude Michéa, les classes populaires auraient conservé, et ce, même après tant d’années de bouleversements par le capitalisme libéral, un code moral qui nous permettrait d’envisager un vivre-ensemble non libéral. Michéa reprend le terme de common decency de George Orwell pour discuter de ce code moral. [24] Une sociologie critique et populaire aurait ainsi pour tâche de chercher chez les classes populaires ce que Cornelius Castoriadis appelait des « gisements culturels », soit des éléments de culture qui résisteraient à la logique libérale et sur lesquels nous pourrions poser les bases d’un projet socialiste solide.

Nous devons cependant nous méfier d’une tendance forte qui vient amenuiser la force des sujets collectifs dans la société contemporaine. Par l’intérêt que nous avons porté pour la question des idéologies politiques, nous avons compris de [14] quelle manière les sociétés modernes ont voulu se constituer des sujets collectifs qui permettent de rassembler tous les individus derrière un porte-parole commun, représentant d’un projet collectif. Il faut aujourd’hui questionner le penchant à une fragmentation de ces sujets collectifs. C’est qu’en s’ouvrant progressivement à la vie concrète des individus, les sujets collectifs en sont venus à se réduire à des représentations de moins en moins porteuses d’un idéal collectif. En rendant de plus en plus compte des situations de tout un chacun, ces sujets tendent à ne plus être en mesure de se positionner pour un projet collectif de bien commun. La situation contemporaine tendrait en effet à laisser apparaître, en conséquence de l’ouverture de plus en plus forte des sujets collectifs à la personne empirique, une fragmentation de ces sujets collectifs, de ceux qui permettent de rassembler tous les sujets personnels sous l’aube d’un même projet. Face à ces tendances, il faut se demander s’il est possible « de faire vivre un projet de responsabilité et de solidarité en l’absence d’une définition partagée du bien commun et d’un sujet politique capable de l’incarner [25] ». C’est pourquoi nous en appelons à la reconstitution d’un sujet collectif qui saurait rendre compte de la trajectoire historique qu’ont prises nos sociétés, mais qui n’abandonnerait pas pour autant la volonté de rassembler tous les sujets personnels de notre société sous un même projet commun.

Un ouvrage qui s’ancre
dans une tradition de pensée


Cet ouvrage provient d’une discussion qui a eu lieu dans le cadre du colloque étudiant Les deux faces de Janus : Comprendre le libéralisme et le socialisme, tenu les 24 et 25 avril 2009 à l’UQAM. Le colloque était divisé en quatre blocs, qui s’intéressaient tous à leur manière à la question des idéologies et des projets politiques. Le premier bloc portait sur les théories des utopies modernes et adoptait un ton résolument plus théorique. Le deuxième bloc avait pour thème le libéralisme et le conservatisme et était développé par des analyses critiques de tout acabit. Le socialisme, le [15] communisme et l’anarchisme étaient les thèmes du troisième bloc, dans lequel les participantes et participants souhaitaient expliquer l’avènement et la consolidation de ces idéologies politiques. Le dernier bloc discutait des modèles existants et des nouveaux projets politiques. Il faisait place à des discussions d’ordre plus pratique et plus politique.

Le fruit de ces analyses se retrouve dans l’ouvrage présent. Il n’est pas question toutefois d’une parfaite réplique du colloque étudiant. En effet, certains textes manquent à l’appel et d’autres se sont ajoutés, venant élargir notre horizon de compréhension de la question des idéologies politiques. Le cadre général de présentation a toutefois été conservé, ce qui permettra à la lectrice et au lecteur de mieux s’y retrouver. La superposition des textes suit un passage progressif d’analyses plus théoriques, à d'autres, plus pratiques.

Le présent ouvrage, comme le colloque étudiant de 2009, s’inscrivent dans la foulée de plusieurs colloques et ouvrages étudiants. Ces colloques ont lieu depuis plusieurs années à l’UQAM et sont organisés par des étudiantes et étudiants des études avancées en sociologie. Le premier ouvrage portait sur la grève générale des étudiantes et étudiants de l’hiver 2005. L’ouvrage suivant, La pensée enracinée. Essais sur la sociologie de Michel Freitag, rassemblait pour sa part des textes provenant de deux colloques étudiants portant sur la sociologie du sociologue québécois. Le colloque de 2008 avait quant à lui pour thème la réactualisation de la théorie critique. L’ouvrage L’actualité de la théorie critique, publié en 2010, rassemblait les diverses réflexions sur la question. Cet effort commun nous invitait à nous rapprocher d’une vision pratique, où il serait question, à l’aide d’une théorie critique, de réfléchir sur les idéologies et les projets politiques qui ont peuplé la modernité et qui influencent la société contemporaine. C’est ainsi que nous avons souhaité organiser un colloque étudiant sur cette question.

La publication de cet ouvrage a été rendue possible grâce à l’aide inestimable de nombreuses personnes. Nous devons d’abord remercier la généreuse participation des conférencières et conférenciers du colloque de 2009. Sans leurs efforts réflexifs, non seulement cette discussion collective [16] n’aurait jamais eu lieu, mais cet ouvrage n’aurait pas pu voir le jour. Il est rassurant de constater que la volonté d’investir le monde d’une réflexion critique et commune est toujours présente. Souhaitons que ce débat en appelle d’autres, qui comme lui seront sensibles à la tentative nécessaire de comprendre les mutations de la société contemporaine, non pas sous un œil aveuglément consentant, mais par un regard averti et critique.

Nous devons de plus remercier celles et ceux qui font publier leur texte dans cet ouvrage. Si un colloque a l’avantage de susciter une discussion spontanée, la publication dans un ouvrage collectif permet d’assurer une permanence aux réflexions que nous portons. C’est pourquoi nous sommes assurés que les textes qui sont présentés ici sauront, d’une manière ou d’une autre, susciter ou conforter certaines positions que nous défendons. Nous souhaitons rappeler l’aide précieuse que Benoît Coutu et Bertrand Lavoie ont apportée à l’organisation du colloque de 2009. L’implication constante et obstinée de Benoît Coutu est celle qui a permis la publication de l’ouvrage que vous tenez entre vos mains.

Réaliser un tel ouvrage collectif nécessite un travail de relecture des textes et de montage du livre. Nous remercions toutes les collaboratrices et tous les collaborateurs qui ont aidé de près ou de loin à l’organisation du colloque et à la publication de cet ouvrage. Plus particulièrement, en tant que membres du comité de lecture et de révision, nous remercions Jean-François Côté, Louis Jacob, Frédérik-Guillaume Dufour, Marie-Pierre Boucher, Olivier Régol, Jacques-Alexandre Mascotto, Maxime Lefrançois, Agnès Billa et Sophie Renaud. En ce qui concerne la couverture, la maquette et la mise en page, nous levons notre chapeau bien haut à ces deux collaboratrices tant appréciées : Pascale Bédard et Julia Posca.

Enfin, mentionnons l’apport financier de plusieurs organisations, sans lequel toute cette aventure n’aurait jamais été possible. Un merci tout particulier à l’Association des étudiants et étudiantes aux études avancées en sociologie (AEEAS-UQAM), à l’Association des étudiants et étudiantes de sociologie de premier cycle (AEESPC-UQAM), à la Faculté des sciences humaines de l’UQAM (Céline Séguin, pour la [17] collaboration que celle-ci nous a offert ces dernières années), ainsi qu’au département de sociologie et à la direction du programme des études avancées en sociologie.

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*     *

L’ouvrage s’ouvre sur un texte dense de Jacques-Alexandre Mascotto. Cet essai acerbe pose les fondements d’une critique nécessaire du capitalisme libéral dans lequel nous évoluons, mais aussi d’une critique du socialisme tel qu’il a été pensé ou critiqué autant par des auteurs dits classiques que par des intellectuels contemporains. Mascotto rappelle de plus la nécessité fondamentale de perpétuer une lutte pour la constitution d’un projet socialiste renouvelé.

L’article qui suit nous invite à une critique des fondements sociaux de la modernité capitaliste. Maxime Ouellet explique que la critique du libéralisme doit s’efforcer de remonter à l’essence des rapports sociaux dans lesquels le libéralisme s’inscrit, soit en questionnant les fondements de l’économie politique. L’auteur nous convie donc à la formulation d’une critique dense qui comprend et débusque les fondements du capitalisme pour nourrir les projets d’émancipation sociale. 

Louis Marion s’affaire à étayer la compréhension que nous avons de l’avènement et du renforcement progressif du libéralisme dans les sociétés modernes. Liant libéralisme et capitalisme, il propose une analyse critique qui éclaire la lutte originelle du libéralisme contre les traditions de l’Ancien Régime et souligne l’importance que cette idéologie donne à la liberté individuelle. Il en vient dès lors à remettre en cause le laisser-faire propre au libéralisme.

Dans son article, Philippe Lepage défend la perspective voulant que le néolibéralisme ne vise pas tant à s’appuyer sur l’économie politique libérale, mais plutôt à subvertir les grands principes qui animaient cette doctrine moderne. L’auteur explique alors que cette subversion est partie prenante d’un projet de transformation de la société, porté par une nouvelle classe dirigeante mondiale qui use de l’idéologie néolibérale pour étendre son emprise.

[18]

L’article qui suit est rédigé par Benoît Coutu et Olivier Régol. Leur réflexion porte sur les liens qui unissent le néolibéralisme et le néoconservatisme et sur l’évolution de ce lien dans nos sociétés. En défendant une vision large de ces deux idéologies, ils démontrent le double rapport de dissolution/transformation qui travaille le néolibéralisme et le néoconservatisme, et qui mène de plus en plus à la consolidation d’un néolibéralisme libéré de son cadre normatif.

En présentant une réflexion critique sur le couple « libéral-libertaire », Francis Dupuis-Déri vise à redonner ses lettres d’honneur à l’idéologie anarchiste. Il s’affaire à démontrer les affinités du libéralisme avec l’anarchisme, mais surtout à rendre compte des divergences majeures qui opposent ces deux idéologies politiques. Cela l’amène à répondre aux critiques qui associent trop indûment le libéralisme et l’anarchisme, et ce, afin de défendre la légitimité politique de l’anarchisme.

Loyal aux deux penseurs fondamentaux de la sociologie dite classique que sont Émile Durkheim et Marcel Mauss, François Pizarro Noël nous rappelle qu’une des premières tâches que s’est assignée la sociologie est de réaliser une critique de l’économie politique telle que l’envisageaient (et l’envisagent encore !) les économistes classiques. Tout en révélant la continuité entre le projet durkheimien des Formes élémentaires de la vie religieuse et le projet maussien de l’« Essai sur le don », entre autres, Pizarro présente la critique maussienne de la théorie économique alliant l’homo economicus et naturalisation de l’économie. Il démontre alors toute la fausseté des prémisses de celle-ci.

L’article de Richard Dion rend compte de la nécessité pour la société contemporaine de revisiter les grands moments de son histoire pour, non seulement mieux comprendre ses ancrages historiques, mais aussi afin de réinterpréter ses moments fondateurs. Cette nécessité interprétative ne doit toutefois pas tomber dans un révisionnisme historique qui propose une lecture néoconservatrice de l’histoire. En liant cette réflexion à la question de la violence, l’auteur nous propose de repenser l’héritage révolutionnaire moderne.

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En nous invitant à revisiter les origines de l’empire britannique, l’article de Louis-Philippe Lavallée nous permet de mieux comprendre la mise en place du capitalisme en Angleterre. La lecture critique que nous propose l’auteur en est une qui lie la question de la consolidation de l’Empire britannique à celle du développement de l’idéologie libérale dans la modernité.

De son côté, l’article de Xavier Lafrance a pour objectif d’analyser l’état des rapports de force au moment de l’émergence du capitalisme. En décortiquant les formes fétichisées que met en place le capitalisme, notamment celle de la séparation entre l’économique et le politique, l’auteur propose une compréhension critique qui défend la recherche d’une égalité réelle dans nos sociétés. 

Svetla Koleva présente la mise en tension entre le projet politique du socialisme et l’idéologie d’État marxiste des pays de l’ancien bloc communiste. En rendant compte des médiations qui façonnent le projet politique socialiste et l’idéologie d’État communiste, l’auteure démontre que l’histoire des sociétés communistes aura surtout été celle du contournement du projet politique tel que porté par Marx et Engels. Cet article a le bénéfice de mettre en lumière le double mouvement de rapprochement et d’éloignement de l’idéologie marxiste telle qu’elle aura été appliquée dans l’ancien bloc de l’Est.

Hubert Forcier propose une lecture théorique qui permet de mieux comprendre l’apparition et la consolidation du sujet ouvrier, cet acteur qui intervient dans le politique en s’appuyant sur des référents de classe, et en alliant ceux-ci à un projet de transformation de la société. L’auteur défend dès lors l’importance toute contemporaine de relire la trajectoire des sujets collectifs de la modernité afin d’éclairer la constitution d’un projet commun rassembleur.

Simon Tremblay-Pepin se fait le porteur d’une analyse qui souhaite apporter des solutions aux apories du discours de la gauche. En souhaitant reformuler le projet du socialisme, il ouvre un débat qui intéressera certainement tous ceux et celles qui œuvrent à la mise en place d’une société plus juste. Au [20] côté de l’énonciation des problèmes de notre société, il nous propose de réfléchir aux cadres d’un projet alternatif.

Présentée en clôture du colloque, la conférence d’Éric Pineault, ici retravaillée par Julia Posca, traite de l’articulation entre le socialisme et l’anti-capitalisme à l’aune de la situation actuelle. En effet, le leur chevauchement oblige afin de refonder le premier, d’explorer le second. Exposant les différentes figures au travers desquelles cette articulation a pu se manifester, Pineault et Posca nous invite à repenser, voire à rompre avec, une posture révolutionnaire typiquement moderniste et à réfléchir aux conditions de la mise en œuvre d’une pratique socialiste transformatrice qui serait apte à dépasser le capitalisme avancé qui gangrène notre société.

En vous souhaitant une bonne lecture à tous et toutes,

Hubert Forcier et Benoît Coutu



[1] Ellen Meiksins Wood, L’origine du capitalisme : Une étude approfondie, Montréal, Lux, 2009, p. 301 ; Jean-Claude Michéa, La double pensée : Retour sur la question libérale, Paris, Flammarion, 2008, p. 17 et p. 23.

[2] Wood, op. cit., 2009, p. 305 et p. 310.

[3] Michéa, op. cit., 2008, p. 57.

[4] Fernand Dumont, La vigile du Québec, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2001, p. 133.

[5] Paul Ricoeur, L’idéologie et l’utopie, Paris, Seuil, 1997, p. 41 et p. 149.

[6] Fernand Dumont, Les idéologies, Paris, PUF, 1974, p. 9.

[7] Ibid., p. 5.

[8] Ibid., p. 12.

[9] Wood, op. cit., 2009, pp. 172-174

[10] Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Gallimard, 2007, p. 25.

[11] Martin Petitclerc, « Nous protégeons l’infortune ». Les origines populaires de l’économie sociale au Québec, Montréal, VLB, 2007, p. 57.

[12] Castel, op. cit., 2007, p. 16.

[13] Dumont, op. cit., 2001, p. 17.

[14] Gilles Bourque et Gilles Dostaler, Socialisme et indépendance, Montréal, Boréal express, 1980, p. 45.

[15] Wood, op. cit., 2009, p. 3 et p. 10

[16] Corporation des enseignants du Québec, L’école au service de la classe dominante, Québec, CEQ, 1972, p. 9.

[17] Léo Roback, « Les travailleurs du Québec au XXe siècle », Travail et syndicalisme : Origines, évolution et défis d’une action sociale, Québec, PUL, 2007, p. 51.

[18] Dumont, op. cit., 1974, p. 97.

[19] Jean-François Filion, Sociologie dialectique : Introduction à l’œuvre de Michel Freitag, Québec, Nota Bene, 2006, p. 45.

[20] Frédéric Vandenberghe, « L’école de Montréal : théorie critique ou critique théorique de l’“asociété” ? », Société, La sociologie de Michel Freitag, no. 26, automne 2006, p. 116.

[21] Dumont, op. cit., 1974, p. 8.

[22] Michéa, op. cit., 2008, p. 11.

[23] Néstor García Canclini, Cultures hybrides : stratégies pour entrer et sortir de la modernité, Québec, PUL, 2010, pp. 282-283. Nous soulignons.

[24] Michéa, op. cit., 2008, pp. 25-27.

[25] Jacques Beauchemin, La société des identités : Éthique et politique dans le monde contemporain, Outremont, Athéna Éditions, 2004, p. 82.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 4 juin 2020 5:46
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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