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D’Haïti aux trois Amériques.
Hommage à Maximilien Laroche
ÉTUDES :
TRANSCULTURALISME AUX AMÉRIQUES
“Mobilités et poétiques
transculturelles dans
Case à Chine de Raphaël Confiant.”
Suzanne CROSTA

Depuis Le Nègre et l’Amiral (1988) et Eau de café (1991) jusqu’au Bataillon créole (2013) et à L’Épopée mexicaine de Romulus Bonnaventure (2018), en passant par L’Allée des Soupirs (1994), L’Archet du colonel (1998), Brin d’amour (2001), Case à Chine (2007), et Rue des Syriens (2013), on voit se dessiner un genre de romans qui se distinguent des autres œuvres littéraires par leur structure narrative concentrique respective [1]. Ce choix esthétique offre des perspectives nouvelles pour repenser les sociétés antillaises, examiner les hauts-fonds auxquels elles peuvent se heurter dans leurs relations avec les civilisations mondiales, forcées qu’elles sont de naviguer dans un monde hyper complexe où l’équilibre des puissances se rejoue sous différents couverts. Chacun des récits concentriques de Confiant tisse des fils particuliers qui en viennent à former un foyer ouvert sur l’historique et les contributions des communautés culturelles africaines, américaines, asiatiques et européennes - nervure actuelle des sociétés antillaises. On y observe les emmêlements culturels d’hier et d’aujourd’hui formant une trame continue qui donne l’impression d’une suite historique improbable…
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Case à Chine ajoute sa voix au chapitre en promenant sa loupe sur l’exode, l’immigration et l’intégration des Chinois à la Martinique depuis le 19e siècle jusqu’à présent [2]. À l’évocation de l’immense pays ancestral et du bateau Le Galilée sur lequel sont arrivés le docteur Yung-Ming, Cheng-Sang, Papa Chine et Maman Chine s’ajoutent la mention du journal Les colonies et celle du roi Béhanzin, celle aussi de l’éruption volcanique de la montagne Pelée, comme points de repère historiques. Ils aideront le narrateur Farel [3] à retracer le destin des Asiatiques au moment où les souverainetés impérialistes de la Grande-Bretagne, de la France et des États-Unis dominent le commerce par mer. Trois lignées rendent vivante l’odyssée de l’émigration chinoise marquée d’abord par une difficile traversée transocéane et, ensuite, par une résistance à toute forme d’oppression, surtout à l’esclavage dans le système de plantation. Leur souci d’indépendance se caractérisera par la recherche de débouchés commerciaux et l’exploitation de petits commerces.
Mais, arrêtons-nous un instant sur Le poids des mots, de Maximilien Laroche, qui nous offre des intuitions perspicaces sur l’évolution du vocabulaire ainsi que sur les multiples versants imbriqués dans les formes de transculturation qu’ils endossent [4]. Cet ouvrage nous laisse entrevoir la profondeur historique et la complexité des signes et des systèmes de représentation de la société haïtienne, et plus manifestement des Antilles et de tout le continent américain [5]. Les éléments marquants du projet d’écriture de Confiant y sont mis en [207] évidence, de pair avec des pistes de réflexion sur les sociétés antillaises, en particulier les immigrants chinois et leurs descendants à la Martinique. En examinant les tranches de vie relatives à ces trois lignées sur quatre générations d’immigrants chinois, on voit des entrelacements de vies, de voix et de rêves dans les tensions interculturelles qu’occasionnent les nouveaux apprentissages sur le vivre-ensemble de gens qui s’étonnent les uns des autres... Le poids des mots, les modes de transmission intergénérationnelle du savoir nous tracent des sillons intéressants. Ainsi de « kay chine » ou Case-à-Chine, nom donné par les habitants de la région à la boutique que gèrent Fang-Li et son épouse Mâ à Terres-Sainville, cette expression désignera également les ruelles qui entourent la boutique, et « la placette qui ornementait le devant de l’imposante église des Terres Sainville » (p. 26). Fang-Li nous rapporte que Chen-Sang aurait été le fondateur de la boutique dont l’ouverture aurait eu lieu une semaine avant l’éruption volcanique de la montagne Pelée, à Saint-Pierre (p. 28). En conséquence, l’expression désigne des petits commerces de subsistance, comme nous l’avons dit, qui favoriseront par leur proximité la solidarité et l’intégration, un lieu d’échanges exceptionnel dans une période prolongée de grande fragilité. Les tensions et les différends y deviennent sources de questionnement et de réflexion sur la créolisation, les formes de vie et la compréhension mutuelle. En somme, il faut devenir Martiniquais… en devenant soi-même !
Enjeux géopolitiques et devoir de mémoire
Alexandre Defay a dit : « La géopolitique est le terrain de manœuvre de la puissance locale, régionale ou mondiale [6]. » Si la France et la Grande-Bretagne ont forgé une alliance pour se partager la main-d’œuvre de la planète, tout comme l’Afrique, la Chine et l’Inde, c’est en fonction de leurs intérêts économiques et selon une hiérarchie raciale qu’ils l’ont déterminée : les peuples asservis par cette relation de domination sont en droit de répondre en conséquence. Dans l’œuvre de Confiant, des imaginaires de la conquête et du partage se rencontrent, s’affrontent et se réconcilient. Il est question d’investissement personnel, d’hommage à son ascendance chinoise, finalement d’un devoir de mémoire. Trois lignées chinoises servent de [208] prototypes pour illustrer un vécu relativement dramatique dans des expériences souvent douloureuses.
- Je ne savais comment révéler à mon professeur de philosophie la mission dont m’avaient chargé, non pas seulement Docteur Chine, mais l’ensemble des trois familles, puisque tel ou tel ne manquait jamais de me demander si « la chose avançait », en ajoutant : « On compte sur toi, Farel ! » (p. 482-483)
Le narrateur, devenu « scribe officiel », se met à étudier la Chine et, à partir des bribes d’histoires recueillies, il exploite l’épopée des trois dynasties sino-créoles. La première remonte au 19e siècle quand l’arrière-grand-père Chen-Sang et son frère cadet Li-Mou quittent le village natal de Luo-Ban et leur province du Yunnan en raison d’une sécheresse « provoquée par le dieu des enfers en personne » (p. 446). La perte tragique de son jeune frère marquera Chen-Sang et déclenchera une grande préoccupation, une idée de liberté impossible à réaliser dans le contexte esclavagiste de l’époque qui était encore loin de l’abolitionnisme. Refusant de s’assujettir à des conditions de travail malsaines, il opte pour le marronnage dans les Hauts Bois de l’île. La résistance et la mobilité caractériseront désormais cette lignée.
La deuxième dynastie, celle de Meï-Wang, surnommée Man Chine, se distingue par la curiosité, la créativité et la patience. En dressant le bilan de sa nouvelle situation, elle saisit les occasions créées par la transformation de l’environnement économique de la Martinique :
- Madame Chine, de son vrai nom Meï-Wang, avait inventé là un négoce tout neuf. Elle avait remarqué que les cohortes de dockers, portefaix et charbonnières qui se pressaient sur le port, à l’arrivée des paquebots transatlantiques, déjeunaient à la va-vite […] La mère de Mâ avait commandé une trentaine de gamelles en fer-blanc à un magasin de quincaille et s’était mise à préparer de copieux repas pour une somme que même les plus pingres jugeaient raisonnable. (p. 81)
Mais c’est le heurt avec les préjugés de la société martiniquaise relatifs à la présence des immigrants chinois dans ce territoire où le système de plantation rivalise avec d’autres économies mondiales pour l’exportation de produits. Le petit commerce florissant de Madame Chine souligne l’influence asiatique qui commence à marquer la [209] cuisine antillaise, cependant il entraîne certains ressentiments, comme le suggère la déclaration de Gueule-Requin : « Les blancs nous exploitent par le haut, les Chinois par le bas ! » (p. 85)
Dans son ouvrage cité, le professeur Laroche mettait en relief la transformation des mets, en particulier « l’akra » en soulignant les variantes, les différences et les expériences culinaires, tout en constatant la polyvalence de sens aussi bien que la transculturation sans limites :
- Akara, Akala, Akla, Akra, akarajè sont des mots signifiant à la fois la même chose et des choses différentes. Le mets, mais surtout l’idée, ce qu’en marketing on appelle le concept, venu d’Afrique, s’est maintenu en Amérique dans ses éléments de base tout en s’adaptant aux conditions nouvelles des Africains transplantés dans le Nouveau-Monde. (Laroche, p. 40)
Cette idée de transculturation se perçoit déjà chez Madame Chine, et elle s’accentuera dans la troisième dynastie, celle du docteur Yung-Ming, pour qui l’interdépendance dynamique du yin et du yang exige la reconnaissance et la réconciliation des contraires : recevoir et donner, prendre et perdre, s’installer et marronner, condamner et interpréter, avec la polysémie des variantes qu’ils génèrent, une flore de mutualités… Avocat, médecin, philosophe, et encore, le docteur sait négocier les échanges culturels et multiplier les lieux du possible, comme on le verra.
Le Galilée avait accueilli dans un engouement assez répandu nombre d’Asiatiques qui voulaient partager le rêve américain d’un Eldorado susceptible d’assouvir tous leurs désirs. Même si, en certains pays de rêve, la faim et la pauvreté sont moins contraignantes, même si la liberté d’expression et le respect des droits humains font partie de leur tissu social et permettent à tous un certain épanouissement, il est dangereusement probable que peu d’aventureux de Case à Chine atteignent la rive qui leur ferait réaliser un tel rêve. C’est plutôt l’enfer des plantations qui attend les nouveaux venus et la perspective de naissances dans la misère et la pauvreté abjecte. Pour échapper à cette perspective immédiate, certains se soumettent à court terme au travail agricole. Rebaptisés, renommés et soumis à des contrats d’exploitation, ils délaissent ensuite les plantations pour trouver un autre mode de vie. Les Chen-Sang vont faire partie de la résistance contre l’exploitation [210] agricole, ils marronneront dans les bois pour ensuite se créoliser dans le tissu composite martiniquais. La lignée de Meï-Wang voudra se tailler un espace économique modeste, en établissant une boutique-resto surnommée Case à Chine. Et enfin, pour la lignée du docteur Yung-Ming, il s’agira de faire valoir la haute culture de la Chine - sa philosophie et ses richesses culturelles millénaires. Le jeune Farel, à qui les gens ont confié la tâche de raconter l’histoire de leur ascendance, se transformera en géostratège, en marqueur de paroles pour dénoncer cette mainmise et repenser la genèse et le devenir des sociétés antillaises en insistant sur la diversité d’expériences culturelles et religieuses.
Le temps éperdu sous forme spiralique
En géopolitique, la démarche diachronique comporte l’analyse d’une culture ou d’une population à travers le temps, avec des accents marqués sur des pans de temps. Dans Case à Chine, Confiant s’emploie à montrer l’impossibilité d’appliquer une telle méthode d’analyse dans le contexte des Antilles. Le grand penseur martiniquais Édouard Glissant expliquait que la rupture avec l’arrière-pays a donné lieu à un temps éperdu en raison des brassages de cultures et de races causés par la traite et l’esclavage, souvent avec l’exploitation des travailleurs agricoles dans les systèmes de plantation (Le Discours antillais). Dans une entrevue avec Philippe Artières, Glissant précise :
- Il n’y a pas de linéarité temporelle dans la mémoire historique du colonisé, mais une espèce de chaos dans lequel il tombe et roule ; c’est pourquoi je dis toujours que « nous dévalons les roches du temps ». Dans notre mémoire collective, un événement peut se dérouler aujourd’hui et être immédiatement rejeté dans notre inconscient collectif, comme il peut s’être passé il y a quatre siècles et resurgir avec une lumière et une force extraordinaires. Du point de vue littéraire, je dis souvent que nous n’aurions pas pu construire cette cathédrale monumentale que Proust a réalisée avec À la recherche du temps perdu parce que notre [211] temps est, en somme, un temps éperdu [7].
Case à Chine traduit le concept du temps éperdu dans la construction du récit en cercles concentriques et dans les tracés des lignées familiales des personnages de descendance chinoise, à travers des béances, des trous et des vides plus ou moins indistincts, mais dont les voix sont prolongées en frémissants échos.
Ce temps éperdu est souvent sous forme spiralique, car les Antillais auraient
- […] une conception du temps en spirale qui ne correspond ni au temps linéaire des Occidentaux, ni au temps circulaire des Précolombiens ou des philosophes asiatiques, mais qui est une sorte de résultante des deux, c’est-à-dire avec un mouvement circulaire, mais toujours une échappée de cette circularité vers autre chose c’est ce qui constitue la spirale [8].
Les cinq cercles concentriques évoqués dans Case à Chine donnent la structure narrative du récit, mais ils ne permettent pas de situer les faits dans leur ordre chronologique, encore moins de remonter dans le passé pour reconstituer sa propre généalogie. Carine Gendry s’exprime dans le même sens à l’égard de cette structure narrative particulière qu’elle assimile à la forme spiralique des récits haïtiens :
- Le terme même de cercle renvoie à une conception circulaire, voire spiralique du récit, assez comparable à celle que met en œuvre le grand écrivain haïtien Frankétienne. C’est dire qu’il ne faut pas s’attendre à lire une histoire linéaire, mais à [trouver] un entrelacement d’histoires qui nous embarquent, à chaque cercle, en trois points différents : la Chine proprement dite, ensuite le bateau transportant les immigrants lors de sa traversée des « Trois océans » (mer de Chine, océan Indien et Atlantique) et enfin la Martinique à travers les plantations de canne à sucre, puis les abords de l’En-Ville une fois que les [212] Chinois, au contraire de leurs alter ego « coolees » indiens et congolais, désertèrent celles-ci [9].
En combinant le vécu des personnages et la trajectoire des espaces, cette forme spiralique exprime une oscillation temporelle où figurent de manière stratégique les retours en arrière et les projections dans le futur, inventant une temporalité chaotique de type analepse/prolepse. Relisons le passage suivant :
- Man Fidéline, ton arrière-grand-mère, avait raison en tout et voulait que cela se sache ! Son argument-massue était tantôt qu’elle avait combattu dans les rangs des insurgés de 1870 et qu’elle avait réussi à sauver sa peau malgré la férocité de la répression qui s’était ensuivie, tantôt qu’elle avait eu la prescience de la catastrophe qui anéantirait Saint-Pierre en 1902 et avait réussi à entraîner ce bougre têtu comme un mulet de Chen-Sang ainsi que nombre d’habitants du quartier de la Galère loin de l’ire du volcan. (p. 286)
Des faits historiques comme l’insurrection du Sud de la Martinique en septembre 1870 et l’éruption de la montagne Pelée en 1902 sont rappelés et projetés dans un passé prophétique.
En plus du poids des moments historiques dans la mémoire individuelle et collective des lignées sino-créoles, on retrouve également une dynamique hélicoïdale du mouvement. L’écrivain haïtien Frankétienne, figure de proue du mouvement spiraliste, insiste également sur la mobilité, le vœu de traduire une réalité insaisissable sans la figer dans un système de signes, de représentations ou de discours :
- C’est une méthode d’approche pour essayer de saisir la réalité qui est toujours en mouvement. Le problème fondamental de l’artiste est celui-ci : essayer de capter une réalité, transmettre cette réalité, tout en gardant les lignes de force de manière que ce réel transmis sur le plan littéraire ne soit pas une chose figée, une chose morte [10].
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Le marqueur de parole, les narrateurs et les personnages déjouent toute possibilité de suivre un déroulement chronologique, un enchaînement logique des faits. Le récit intègre des mises en abyme, des bribes de chants, de contes, de pensées, de lettres, et bien des points de suspension. Pour aider le lecteur à naviguer dans ce labyrinthe, le marqueur de parole offre des pistes à suivre en abord de chaque cercle et au début de chaque chapitre :
- PREMIER CERCLE Où il sera question de trois lignées de natif-natals de l’Empire du Milieu échappées en l’Autre Bord du monde (cela qui porte le beau nom d’Amérique) et des chienneries que leur inventa le destin.
- Lignée de Chen-Sang lequel fut contraint d’abandonner l’Octuple Noble Voie pour le marronnage dans les Hauts Bois de l’île…
- Lignée de Meï-Wang, dite Man Chine, dont on ne sait presque rien parce que l’extrême dénantissement n’a point de mots pour se dire…
- Lignée du docteur Yung-Ming qui préféra la folle aventure à une carrière de mandarin…
- Et tout cet entrelacement de voix et de rêves, oui ! (Case à Chine, p. 11)
La trajectoire, les discours et les rêves des personnages remontent pour se dessiner sur des pans de temps et marquer des espaces familiers ou méconnus. Certains épisodes de la vie des personnages sont repris pour en accentuer l’intensité ou le tragique. Pour Chen-Sang, c’est la fuite du village natal, la faim, l’abandon de son petit frère Li-Mou (p. 53, 144, 339), le départ pour l’Amérique, son amour pour Man Fidéline, la décapitation de son cousin en Chine... Au crépuscule de sa vie, le héros est perçu par le narrateur comme un conteur, un marqueur de parole qui « dévale les roches du temps ».
- Sa parole refusait de se soumettre à l’enchaînement logique des faits. Ou, plus exactement, à leur déroulement chronologique. Il zigzaguait de son enfance en Chine, dans son cher village de Luo-Bang, à sa vie sur l’Habitation Petite Poterie, du terrible voyage à bord du Galilée à sa rencontre avec Man Fidéline dans le Saint-Pierre d’avant l’éruption de la montagne Pelée, cela sans discontinuer. Comme si tous ces [214] événements étaient liés par un fil qu’il était seul à connaître et à tirer. Parole ressassée. Circulaire. Spiralique parfois. Qui, au tout début, dérouta l’adolescent que j’étais mais, qui peu à peu, m’apparut comme la seule façon de raconter ce chaos magnifique que fut l’existence de mon aïeul. (Case à Chine, p. 451)
Capter la parole du ressassement pour marquer la vie intérieure de Chen Sang, surnommé « le fou chinois », est une source intarissable de sens et de magie pour le narrateur/auteur. Dans son essai, « Questions pratiques d’écriture créole », Confiant explique ce qu’il entend par « parole du ressassement » :
- L’une de ces structures qui m’influence le plus dans ma pratique d’écriture en français est celle du ressassement. Il s’agit de l’habitude que nous avons non seulement de raconter un même fait de trente-douze mille manières, mais encore de le ressasser comme si on cherchait à en épuiser les significations. À l’écrit, cela produit un récit étoilé et non linéaire qui va à contre-courant de la tradition romanesque occidentale, les branches de l’étoile étant les différents ressassements, le centre en étant ce fameux sens que l’auteur cherche désespérément à atteindre [11].
Ajoutons que les événements sont répétés à plusieurs reprises dans l’ensemble du projet d’écriture de Confiant, car personnages et épisodes traversent les frontières du récit et se font écho. Ainsi la présence de Béhanzin et du Syrien, du meurtre du commandeur Audibert qui ne se limitent pas à ce seul récit et se retrouvent comme en filigrane ou en métaphore filée dans ses autres textes.
Pays rêvé, pays réel
Derrière le miroir de ce récit ondulé, on reconnaît les regards que l’auteur porte sur le monde : la Chine, l’Inde, l’Afrique, la France, la Martinique ou l’Amérique. Les traversées multiples de ces lieux sont au cœur de sa démarche créatrice. Le lecteur suit le parcours des [215] personnages et peut s’étonner des réflexions que les lieux suscitent chez eux, chez les narrateurs et chez l’auteur, car ils sont une mine de connaissances sur les Anciens dont les traces sont ainsi valorisées. Chez l’auteur, la question de la relation au lieu est complexe, pour avoir été pensée et repensée. On peut s’arrêter sur certains aspects spécifiques du lieu : soit retiré, à l’exemple du village de Luo-bang ou de la plantation Humbert à la Martinique ; soit d’effervescence et inquiétant à Shanghai ou à l’en-ville Fort-de-France ; soit de solitude dans la Communauté des Disciples (monastère bouddhiste) au Yunnan ou dans les mornes de la Martinique. Et encore faut-il considérer que ces espaces réels, espérés, rêvés, fantasmés ne sont pas le résultat d’un choix, mais plutôt d’une contrainte ou d’un concours de circonstances.
La Chine elle-même a son halo particulier, très généralement reconnu et assumé. C’est un lieu devenu lointain, quitté, perdu, regretté, objet d’une nostalgie indéfinissable. Pour Chen Seng, l’arrière-pays est un lieu de tension, d’hostilité et de regret. Pour Papa Chine, c’est un lieu de refuge, de rêverie, et de réconfort, tandis que Maman Chine, Mâ et le docteur Yung-Ming ont fermé la porte, estimant que le retour en Chine ne se fera jamais plus. Mâ tient à son mari, Fang-Li, « un long discours dans lequel elle déniait aux nègres, aux blancs, aux mulâtres (et même aux chabins comme la salope de Justina, oui !) le droit de nous regarder de travers et de nous considérer comme des gens-du-dehors » (p. 30). Elle réitère son droit et celui des siens à la terre martiniquaise : « Nous sommes des gens d’ici là et je n’ai jamais rêvé de partir. Jamais ! » (p. 30). Le docteur Yung-Ming se déclare tout simplement réaliste :
- Je ne suis pas de ces naïfs qui s’imaginent qu’ils pourront regagner leur terre natale une fois leur temps d’engagement achevé. Cinq ans, ce n’est pas très long ! […] En réalité, […] il s’agit d’un voyage sans retour. Je le dis sans amertume. Dans mon cas personnel, j’ai fait un choix contrairement à tous ces pauvres hères que vous transportez de l’autre côté du monde… (p. 105-106).
Il s’attache particulièrement à un avenir où les seuils de tolérance seront réellement prometteurs. Ce sera l’inquiet espoir des nouveaux arrivés.
En révélant les sentiments, plus souvent négatifs, que partagent les [216] békés et les mulâtres haut-placés à l’égard des Chinois, le narrateur rappelle souvent qu’on les croit volontiers querelleurs, bagarreurs, irascibles et violents. Son récit relaie les opinions communes : dans la bouche du propriétaire de la Petite Poterie, ce sont des mangeurs de chiens qui sèment la terreur (p. 187), « trop querelleurs » (p. 201), selon les mulâtres, des « cravatés-lainetés[12] ». On a trouvé un bouc émissaire en Cheng-Sang qui a tué le chef de la plantation à laquelle il avait été affecté. Un contremaître mulâtre les reconnaît impassibles, comme s’exprime M. Géraud : « […] le Chinois, enfermé dans sa boutique du matin au soir et du 1er de l’an au 31 décembre, qui vous rend la monnaie avec le même petit sourire figé, que le client se montre rogue ou avenant, que penser de lui, tonnerre de Brest ? » (p. 224). Man Fidéline fait figure d’exception en décrivant son mari, Cheng-Sang, comme modeste, travailleur (p. 350), attentif, respectueux (p. 363) et bon commerçant (p. 377). Ayant souffert des stéréotypes raciaux et sociaux, elle tend à la sympathie pour « sauver la race ». Le marqueur de parole explique que son arrière-grand-mère
- abhorrait la couleur noire. Elle disposait d’une panoplie de qualificatifs dépréciatifs qu’elle utilisait à tout propos : noir 124 comme hier soir, noir comme un péché mortel, noir comme l’insecte-vonvon, noir comme un cochon-planche, noir comme Belzébuth et ainsi de suite. Sans cesse, elle implorait le ciel : « Man Ka mandé mwen sa man fè Bondié pou i ba mwen koulé-taa ? » (Je me demande ce que j’ai fait au Bondieu pour qu’il m’ait gratifiée de cette couleur ?) (p. 365-366)
Ces réflexions négatives sur les communautés d’origine africaine ou chinoise montrent bien que les stéréotypes raciaux engendrés par le régime colonial perdurent sous différentes figures : le Mulâtre, le Nègre, le Béké, le Coolie, les Yeux-Fendus…. On croirait que les Chinois ont peu d’espoir de s’intégrer à la société martiniquaise, mais l’union harmonieuse de Man Fidéline et de Chen-Sang donne à penser que d’autres attitudes et d’autres voies sont possibles, à la rencontre de [217] la paix. Belles aussi l’amitié et l’audace de Mâ et de la pacotilleuse de l’En-Ville dont les commerces respectifs prospèrent grâce à des marchandises importées et à une nouvelle clientèle que leur permet la connaissance de plusieurs langues. Écoutons le narrateur :
- Le langage d’Hortensia, mélange de toutes les langues de l’archipel, était un pur ravissement aux oreilles des clients présents à ce moment-là : « Mi amor, mi chinesa querida, come estas ? Tu vas bien, ma doudou ? Regarde ce que je t’ai apporté ! Allez, tu peux toucher ! ... It comes from Aruba, directly from Holland, très chère. De la pure soie d’Indonesie, travaillée à Amsterdam et transformée en robes de soirée dans les Antilles néerlandaises. Sa pa bel sa ? Ki koté ou té ké touvé bagay kon sa Matinik ? Je te laisse cette robe pour quatre cents francs. Et pour ta fifille, j’a aussi de jolis corsages de Santo-Domingo, avec des broderies espagnoles magnifiques. Look at it, my dear ! » (p. 301-302)
Au déroulement du récit, le lecteur voit la contribution des ressortissants chinois à la culture créole : le Wei Chi, le goban, les salles et tables de mah-jong, l’alcool de riz frelaté, le monastère de Luo-Bang, l’enseignement de Bouddha et les préceptes de Confucius, en particulier ceux qui concernent la vertu et l’amour entre les peuples.
Quand l’intégration se fait, c’est de manière progressive. Deux situations illustrent ce cheminement vers la créolisation : le mariage mixte comme celui de Man Fidéline et de Chen-Sang, ou encore celui du docteur Ming avec la fille du notaire Letellier, d’une part, et la réussite commerciale de Fang-Li, Mâ et Meï-Wang avec leur boutique, de même que la réussite professionnelle du docteur Ming avec son cabinet médical, d’autre part. Naturellement, ce dernier met à l’honneur la médecine chinoise et la phytothérapie, ce qui lui permet de combler des carences et de rectifier certains diagnostics de la médecine occidentale. Il voit juste en trouvant que Chen-Li souffre de syphilis et non de lymphangite comme le prétendait l’hôpital colonial. Remarquable dans sa pratique médicale, il jouit d’une grande perspicacité intellectuelle et possède un grand don d’interprétation, ce qui le sert même dans le domaine juridique. Finalement, ses idées reflètent souvent celles du narrateur, et finalement celles de Maximilien Laroche dans son étude précitée. Le bon docteur joue un rôle crucial dans les échanges interculturels. « Le seul et l’unique lettré » (p. 393) [218] parmi les immigrés chinois, il arrive à être chez lui dans la société d’accueil, épouse une créole, monte l’échelle sociale et rayonne de toutes les façons. On l’a vu, méticuleux, étudier les mots, les livres, la sagesse de la communauté antillaise : « Docteur Chine avait déchiffré l’articulet de l’Imprécateur ligne par ligne, jour après jour, le disséquant même et s’aidant pour ce faire d’un dictionnaire Littré et d’une vieille grammaire… » (p. 316). Son travail d’interprète attire l’attention de ses congénères et de la communauté antillaise qui voient bien son souci d’adoucir les récriminations et de dissiper les malentendus, rejoignant l’esprit du yin-yang qui harmonise les contraires. Sa culture immense lui permet souvent d’intervenir dans les fréquents conflits profondément enracinés, vraiment ataviques, entre les différentes communautés. Comme Maitre de la parole, ses prises de position peuvent surprendre. En accord avec le Conseil général de la Martinique qui mit un frein à l’immigration chinoise, il espérait une intégration réussie des « moins nombreux ». On a la nette impression que le docteur, en s’efforçant de s’adapter à une culture nouvelle, et en approfondissant son « étude des mots » dans divers contextes, est devenu un discret superhéros (s’il se peut !) : médecin, interprète, défenseur, conseiller, animateur, modérateur. Toutes les lumières n’ont pas cette intensité… Au départ, son succès a pu gêner les autorités, mais ses talents ont rayonné et il a réussi à être « accueilli avec une relative déférence par les fonctionnaires d’origine européenne des services de l’immigration » (p. 315).
Ces trois lignées forment une modeste mais très dynamique constellation autour de laquelle gravite la « diversalité orientale ». D’abord, l’auteur nous rappelle la contribution des Chinois à la résistance, au marronnage et à l’édification de la Martinique actuelle. Ensuite, il met l’accent sur leur apport à l’économie, en établissant de petits commerces et restos qui desservent une large clientèle de la Martinique. Et enfin, il souligne leur contribution au bien-être de la population. Particulièrement, très particulièrement, le savoir et les talents du docteur Yung-Ming sauveront la vie de marins, d’ouvriers agricoles, de gens de toutes races et de toutes classes.
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Sur l’opacité de la rencontre
Case à Chine est autant la rencontre de l’éblouissement, de l’enthousiasme et du rire, que celle du vertige, du désastre et de la tristesse, ce qui en fait un drame. Le récit accorde autant d’importance à la conjonction heureuse qu’à la rencontre-collision, à la rencontre-conquête, à « l’Histoire avec sa grande Hache ». La rencontre avoisine parfois le séisme, et cette perspective fait écho à la pensée du tremblement chez Glissant, laquelle s’ouvre sur l’inextricable, l’inattendu, la beauté du monde.
La rencontre peut détruire et donner naissance, si l’on pense aux décès des Chinois ou des Tamouls et à la naissance de Meï-Wang à bord du Galilée) ; elle anéantit dans l’épisode des sept fous chinois et réenchante avec Man Fidéline et Chen Sang. Heureuse et tragique, belle et monstrueuse, porteuse d’espoir et cruelle, la rencontre chez Confiant est marquante et demeure, véritablement un choc. Après, plus rien n’est pareil pour les personnages. Soulignons son accueil des deux grands courants de la pensée chinoise. Le bouddhisme est évoqué dans chacun des cinq cercles du roman : c’est dire l’importance qui lui est accordée comme mode vie, car il façonne les aspirations et oriente les actions des personnages. Hua, par exemple, suit à la lettre les prédications du maître et pousse son fils à devenir moine et serviteur de Bouddha. Des principes de cette source constituent des critères de référence à travers lesquels certains personnages apprécient leur propre comportement moral ou celui des autres. Le fugitif Chen-Sang, par exemple, éprouve des remords parce qu’il pense que son profil de fornicateur et d’assassin ne reflète pas les valeurs bouddhistes de la pudeur et de la compassion qu’il a apprises au monastère de Luo-Bang. Il en vient à renoncer à l’Octuple Noble Voie. Le bouddhisme permet au romancier de tisser la trame narrative et de construire le profil psychologique de nombreux personnages, dont celui du protagoniste ; il transcende divers espaces géographiques, infiltrant et alimentant les discours sociaux tant en pleine mer que sur la terre ferme. C’est une sorte de bouée de survie, un filet de sécurité permettant à certains immigrants chinois de sauvegarder leur identité spirituelle dans une île majoritairement chrétienne.
Toutefois, l’auteur n’oublie pas de valoriser le confucianisme. Le docteur Yung-Ming, qui en est un grand sympathisant, en a reconnu le [220] rationalisme, très différent sur ce point du bouddhiste Chen-Sang, devenu assassin désorienté quand son raisonnement n’a pu guider et soutenir ses actions, au défi de toute logique. Voici une leçon que dispense le docteur au jeune Farel :
- Le christianisme n’a été que le bras armé de la sauvagerie, le vaudou a dégénéré en culte démoniaque, l’hindouisme n’est qu’une caricature des cultes villageois qui n’existent même plus en pays tamoul et quant à notre bouddhisme, hon ! Parlons-en ! Votre aïeul a certainement dû vous entretenir de l’Octuple Noble Sentier. Jolie expression ! Mais a-t-il pu, lui, un seul jour, une fois arrivé dans ce pays-ci, se détacher des choses matérielles et pratiquer la compassion à l’égard d’autrui, ce qui constitue, si je ne m’abuse, les deux valeurs fondamentales de ce culte ? (p. 485)
Le confucianisme semble être à l’esprit ce que le médicament est au corps. La fragilité d’âme des Antillais de souche africaine est reliée à la « mémoire de la douleur » : l’ensemble des souffrances endurées par les ascendants durant leur vie serait transmis de génération en génération. Ce sera une source de réflexion et d’inspiration pour le jeune Farel. Notons le jeu du « je » qui désigne tantôt Farel, le personnage qui s’est vu attribuer par le docteur Yung-Ming la mission de raconter la vie des immigrants chinois, et tantôt Feng-Li, au début du roman.
Cette ambivalence du « je » est à mettre en parallèle avec l’hésitation identitaire qui caractérise les Chinois de la Martinique. Malgré toutes les hésitations se ressent l’élan d’intégration à la société d’accueil dans un fragile sinon délicat sentiment d’appartenance, même si le ton n’est pas toujours le même, comme le suggère l’auteur de l’épigraphe du Quatrième Cercle : « À nous nommer et nous surnommer tous « Chine » - Madame Chine, Chinois-Chine, La Chine, Docteur Chine, etc.-, ils croient nous plonger dans l’indistinct et, de nos vies, ils ne veulent retenir que ce qu’ils croient être notre impassibilité immémoriale » (p. 309). Les Chinois font partie à part entière de la société créole, et le narrateur reconnaît le fait qu’ils ont contribué à un nouveau « Nous », à l’édification sociale des Antilles :
- Ils ne se rendent pas encore compte que, le temps ayant fabriqué du temps, nous avons fini par devenir eux. Non pas [221] le « Eux » qu’ils étaient avant notre débarquée dans ce pays-là, moignon de terre aligné sur cet arc de cercle qui dessine un si beau cil à l’Amérique, mais un nouveau « Nous ».
- Notre sang s’est mêlé au leur, à leurs corps tantôt défendant tantôt désirant, nos voix se sont confondues peu à peu avec leurs chants, avec leurs rires, avec aussi tout ce lot d’imprécations qu’ils voltigent rituellement à la face du devant-jour. (p. 309)
En s’établissant comme narrateurs et marqueurs de parole, les intervenants expriment la parole individuelle et collective des personnages chinois, à travers temps, espaces, perspectives et tranches de vie. Ils veulent témoigner de leurs relations bienveillantes, de leur intégration progressive à la société martiniquaise. Avant tout, ils veulent qu’advienne une nouvelle énonciation du « nous », mosaïque qui trouve son unité, son âme veut-on dire, dans la diversité elle-même. L’épanouissement sera assuré quand le réseau commun sera une symbiose entre l’imaginaire créole et le grand foyer si riche des langues, des races, des cultures, des croyances, des arts…
En guise de conclusion
Parce que le vivre-ensemble en étant si-tellement différent est un défi
Parce que porter enfin sur l’écale de son dos l’improbable du monde
entier, ce n’est pas du jeu, tonnerre du sort ! (p. 310)
Case à Chine est une œuvre majeure parce qu’elle pose un regard neuf sur la genèse des sociétés antillaises en faisant converger l’attention sur l’histoire de la migration asiatique et de son intégration à la Martinique. En insistant sur la composante culturelle chinoise, l’auteur nous montre que les Antilles sont pourvues d’une puissance spécifique. Elles sollicitent les personnages, éveillent leurs sens et leurs émotions, les imprègnent et les habitent. Elles les bouleversent, les troublent, les déroutent et les transforment. En suivant le parcours des descendants de trois lignées d’immigrants chinois, Confiant montre à quel point les Antilles interrogent et marquent singulièrement l’imaginaire, avant tout celui du narrateur et, en premier, de l’auteur lui-même. Nous sommes plongés dans la « diversalité orientale », une diversalité dynamique, évolutive, ouverte sur le devenir au sein des [222] autres [13]. L’auteur nous a d’abord rappelé la contribution des Chinois à la résistance, au marronnage et à l’édification de la Martinique actuelle. Ensuite, il a mis l’accent sur l’apport des Chinois à l’économie, eux qui se sont mis à établir des petits commerces et des restos pour desservir une large clientèle à la Martinique. Et enfin, il souligne l’apport des Chinois au bien-être de la population. La palme ira au docteur Yung-Ming pour son savoir et ses nombreux talents qui sauveront la vie de marins et d’ouvriers surtout agricoles, sans parti pris de race ni de classe.
La diversité est la matrice et devient motrice du chaos-monde. Elle apparaît comme l’élément clé de la démarche créatrice de Confiant pour qui penser le lieu et la rencontre, c’est penser l’infini des possibles dans le mouvement permanent de l’imprévisible. La rencontre entre les personnages chinois et ceux de toutes les communautés culturelles de la Martinique est une expérience décisive, imprévisible, troublante. Case à Chine nous révèle ce trouble, nous ouvre à une poétique et à une esthétique de la rencontre à partir d’une traversée décisive, dans une opacité qui n’empêche pas le triomphe d’une certaine sagesse pratique. L’émergence d’un nouveau « nous », en métamorphose et en mouvement continus, grâce au partage des connaissances avec autrui, suggère une ébauche d’un projet en devenir, route plus sereine pour un vivre-ensemble qui se sublime en humanisme.
[223]
Structure narrative de Case à Chine
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CERCLES
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SOUS-CHAPITRES
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RÉCIT EMBOÎTÉS
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PREMIER
CERCLE
(p. 11-107)
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Fort-de-France (Martinique, mitan du 20e siècle) (p. 13-31)
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JUSTINA, Ô MER DE DOUCEURS INÉGALÉES (p. 24-26)
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Village de Luo-Bang (sud de la Chine, début des années 1920 du 19e siècle) (p. 32-47)
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COMMENT HUA SUIVIT L’OCTUPLE CHEMIN (p. 41-43)
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Rivière-Salée (Martinique, descente du 19e siècle) (p. 48-74)
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COMPLAINTE DU FILS DE L’EMPIRE DU MILIEU (p. 60-61)
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Canton (année du Tigre) (p. 75-79)
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LA MÉMORABLE BATAILLE ENTRE GUEULE-REQUIN ET CHINOIS CHINE (p. 85-86)
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Poupée de Porcelaine (sans date) (p. 80-94)
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Fragments en italiques (p. 90-94)
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L’improbable remède (p. 95-107)
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DEUXIÈME
CERCLE
(p. 109-197)
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Joute charnelle (à l’en-haut du Morne Gommier) (p. 111-122)
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L’ÉTRANGE RÊVERIE DE CHEN-SANG
(p. 132-133)
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Canton (année du rat) (p. 123-137)
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PRIÈRE DE DÉTRESSE (p. 140 - 141)
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Les Trois Océans (p. 138-150)
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MYSTÉRIEUX BROCANTAGE D’IDENTITÉ (p. 157 - 160)
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[224]
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Le procès du Chinois fou (p. 151-163)
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L’INCENDIE DE LA BOUTIQUE DE TROU-AU-CHAT (p. 173-176)
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Révolte sans nom à trou-au-Chat (Martinique) (p. 164 - 182)
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Fragments en italiques LES CHINOIS À CUBA ! (p. 184-186)
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Histoire de Papa Chine et de Maman Chine (p. 183-197)
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NAISSANCE EN HAUTE MER (p. 191 - 192)
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TROISIÈME
CERCLE
(p. 199-307)
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Invocation à la déesse Mariemen (Basse-Pointe, éveil du 20e siècle (p. 201-216)
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LE CHANTER MAUVAIS DES NÉGRILLONS (p. 213)
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Lignée de Mâ (temps de la Grande Guerre) (p. 217-240)
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LA VÉRIDIQUE HISTOIRE DU MUSSIEU GÉRAUD ET DE MADAME CHINE (p. 225-230)
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La surprise du Tricentenaire (p. 241 - 264)
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LE NÉGRILLON DÉCOUVRE NANA (p. 250-252)
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L’appel à Béhanzin, roi déchu du Dahomey (filer-descendre du 19e siècle) (p. 265-282)
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Lettre au Gouverneur de la Martinique (p. 257 - 258)
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Man Fidéline, négresse insurgée (p. 283-294)
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SUPPLIQUE ADRESSÉE AU ROI DU DAHOMEY PAR PA GASTON, VIEUX NÈGRE D’HABITATION (p. 271-272)
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Farel, fils de Fang-Li (années 1950-1960 du 20e siècle) (p. 295-307)
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[225]
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QUATRIÈME CERCLE
(p. 309-403)
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La revanche du docteur Yung-Ming (p. 311 - 323)
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Fragments en italiques (p. 313-314))
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La veillée de Pa Gaston (p. 324-342)
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LA VOIE DU COMPÈRE LAPIN (p. 331-332)
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Au pied du volcan (Saint-Pierre, 1900 - 1902) (p. 343 - 374)
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LES PRESSENTIMENTS DE CHEN-SANG (p. 358-360)
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Lignée de Meï-Wang et de sa fille Mâ (Shanghai, sans date) (p. 375-392)
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LA PREMIÈRE NUIT D’AMOUR (p. 378 - 379)
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Un mariage semi-princier (p. 393-402)
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CINQUIÈME CERCLE
(p. 405-487)
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Destins divergents (p. 405-415)
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Partir pour là-bas… (p. 416-430)
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Le mystère Chen-Li (p. 431-445)
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Sur le sentier du Mâhâyâna (p. 446-453)
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L’anneau en or de Cayenne d’Annaïse-Ming (p. 454-468)
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Pays rêvé, pays réel… (p. 469-487)
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Références bibliographiques
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Sites consultés :
- [Potomitan].
- [ATLAS CARAÏBÉEN].
- [LA VIE DANS LA CARAÏBE...]
[1] Il est intéressant de noter que la structure narrative concentrique des récits varie : Le Nègre et l’Amiral, L’Allée des Soupirs, Case à Chine, Rue des Syriens et Le Bataillon créole sont divisés en cinq cercles ; Eau de café, L’Archet du colonel, Brin d’amour en sept cercles et L’Épopée mexicaine de Romulus Bonnaventure en quatre cercles. Désormais toute référence à Case à Chine se limitera à la pagination entre parenthèses après la citation.
[2] Pour un recensement des Chinois arrivés par bateaux à la Martinique entre 1859 et 1860, voir l’étude d’André Calmont, et al. Histoire et mémoire des immigrations en région Martinique-Guadeloupe, Rapport de recherche, CRPLC, 2010, 61. En ligne : [https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01629750].
[3] Farel, est le diminutif d’Afarel, anagramme créole du prénom de l’auteur Raphaël.
[4] Laroche, Maximilien. Le poids des mots, Québec, GRELCA, Collection « Essais » no 20, 2013.
[5] Voir l’hommage de Raphaël Confiant, pour qui le professeur Laroche était « un précurseur de l’identité multiple, de la « diversalité » comme le disent les auteurs de l’Éloge de la Créolité » et un spécialiste des notions et des mouvements d’affirmation culturelle à l’exemple de la Négritude, l’Haïtianité, l’Antillanité/la Caribéanité, l’Américanité, et la Créolité, « Maximilien Laroche, l’haitiano-québécois aux semelles du vent, » Montray kreyòl, 28 juillet 2017, en ligne : [URL].
[6] Defay, Alexandre. La Géopolitique, Paris, PUF, 2005, p. 4.
[7] Artières, Philippe. « Solitaire et solidaire » Entretien avec Édouard Glissant, Terrain 41, septembre 2003, p. 11, en ligne : [URL] ; DOI : [URL].
[8] Glissant, Édouard. « Le chaos-monde, l’oral et l’écrit, », dans Ralph Ludwig (dir.), Écrire la « parole de nuit », La nouvelle littérature antillaise, Paris, Gallimard, 1994, p. 122-123.
[9] Gendrey, Carine. « Case à Chine ou l’épopée de l’installation des Chinois à la Martinique », Montray kreyol, septembre 2007 :
[http://www.montraykreyol.org/search/content/Gendrey].
[10] Kauss, Saint-John. « Le spiralisme de Frankétienne », Potomitan, avril, 2007, en ligne : [URL].
[11] Confiant, Raphaël. « Questions pratiques d’écriture créole », dans Ralph Ludwig (dir.), Écrire la « parole de nuit », La nouvelle littérature antillaise, Paris, Gallimard, 1994, p. 178179.
[12] Ces descriptions sont semblables à ce qui se serait réellement passé. En effet, selon une recherche du CRPLC (aujourd’hui le Laboratoire Caribéen de Sciences Sociales), « les Chinois sont perçus d’emblée comme des fauteurs de troubles » (Calmont 68). On a dénombré aussi à peu près 475 Chinois déférés devant les tribunaux entre 1860 et 1877 (Calmont 70).
[13] Il est intéressant de constater qu’il n’existe point de Chinatown aux Antilles, phénomène à considérer dans son ampleur.
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