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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Gaétan Émond, Vivre le plus intensément possible.
Carnets secrets du séminaire et autres récits 1965-2014. (2014)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Gaétan Émond, Vivre le plus intensément possible. Carnets secrets du séminaire et autres récits 1965-2014. Préface de Camil Girard. Chicoutimi, Québec: Les Éditions Gaétan Émond, 2014, 412 pp. [L’auteur nous accordait le 25 mai 2026 son autorisation de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, toutes ses publications.]

[15]

Vivre le plus intensément possible.
Carnets secrets du séminaire et autres récits
1965-2014.

Préface

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté de préfacer cette importante publication de Gaétan Émond. Amis d’enfance, issus du même village, Laterrière (Chicoutimi, Québec) nous sommes partis voir le monde et  nous gardons contact au fil du temps.

Dans les nombreuses recherches sur l’histoire de mon village d’origine et par la suite auprès des peuples autochtones ou des jeunes, le récit de vie a toujours été un matériau que j’ai utilisé pour reconstruire des parcours de vie des communautés ou groupes dans des cultures données.

Le récit de vie tel que je le conçois est habituellement construit avec un objectif de transmission de savoirs qui se perpétuent à partir d’une mémoire au moment précis où le participant se remémore son histoire de vie devant un enquêteur.

Ici, on est davantage dans l’autobiographie. Souvent, dans l’approche autobiographique, l’écrivain se présente sous une image enjolivée ou romancée de son passé… Ici, l’originalité et l’importance ethnographique du témoignage de Gaétan, c’est qu’il a tiré des 100 et quelques cahiers des journaux intimes qu’il a écrits toute sa vie depuis les débuts du séminaire de Chicoutimi à aujourd’hui, un témoignage remarquable sur la vie des hommes de sa génération. Les perceptions, les sentiments, son devenir comme adolescent blessé, révolté, [16] étudiant, époux, père de deux filles adorées, professeur au Cégep de St-Félicien et écrivain dans l’âme, qui cherche, qui se cherche… Et qui au fil d’une vie accomplie,  découvre qu’il a été un citoyen à part entière, généreux, simple, mais avec une tête dure et des valeurs qui lui tiennent à cœur. Ouvert sur le monde, les arts, le cinéma, la nature, le voyage, les femmes, sa famille. Écrivain du quotidien… grand admirateur de Jack Kerouac et de Hugo Pratt, grands voyageurs de par le monde, voyageurs dans les pays de la terre et grands voyageurs de l’imaginaire.

Car ce qui est de la plus haute importance dans la lecture de ces cahiers, c’est que l’auteur ne joue pas ici à reconstruire à 63 ans son récit… à partir de sa mémoire. Il va au texte d’origine… tel que vécu et écrit au moment où l’évènement a été vécu et perçu. Ce texte est transmis tel qu’il est au lecteur (exception des corrections de fautes ou coquilles ou ajustements nécessaires pour le respect des tiers).

L’auteur se présente tel qu’il s’est construit au jour le jour au cours de sa vie. Il a choisi (on choisit toujours) de présenter le tout dans une trame temporelle et thématique où l’histoire de sa vie apparait avec une authenticité que la littérature n’a pas, même si elle doit prétendre le contraire. À ma connaissance, cette forme de littérature vraie n’a pas été souvent mise en texte public sous cette forme… Les grands écrivains publient leur journal après leur mort et nous découvrons que leurs vrais romans ne sont en fait que l’ombre des journaux intimes [17] qui sont en quelque sorte leurs vrais romans… Ici, le vrai roman-vie sort de l’écrivain qui n’a jamais été…

Apparait un témoignage unique où l’écriture de l’adolescent se peaufine avec le temps. On est ici en vrai constructivisme de la vie d’un homme québécois qui vit dans un monde intérieur qui bouille, à la fois ouvert sur le monde et ancré dans un pays réel, vrai, un monde solitaire qui cherche entre neige et soleil… Tout se passe comme si la conciliation des mondes, celui des origines et des ailleurs, le monde de l’adolescence et de la vie adulte, celui des hommes et des femmes, celui des liens et des relations qui se tissent et se brisent sont marqués par un certain mal de vivre… un je-ne-sais-quoi de mondes dont on cherche sans cesse à mettre les manteaux mais à l’envers, en les critiquant, en les contestant pour y prendre place sans doute mais en y cherchant une authenticité, une recherche du vrai. Pour pouvoir y prendre notre place. Au fil du temps qui passe, quitter le statut de fils, celui de la colère et du mal de vivre pour devenir père et sage. Enfin se retrouver bien dans sa peau d’Ours québécois.

Gaétan, merci pour ce document qui montre le temps d’une vie vécue au jour le jour dans un Québec aux hivers qui nous tissent dans le silence qui nous habite.

Bonne lecture,

Camil Girard, GRH-UQAC

15 avril 2014.

[18]



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 26 juin 2026 18:56
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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