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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Les approches québécoises de l'éthique appliquée.
Perspectives bioéthiques. Analyse du corpus des auteurs de 1970 à 2000. (2005)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Alain Létourneau, Yves Boisvert et André Lacroix, Les approches québécoises de l'éthique appliquée. Perspectives bioéthiques. Analyse du corpus des auteurs de 1970 à 2000. Sherbrooke: Université de Sherbrooke. Les Éditions G.G.C. ltée, 2005, 161 pp. [L'auteur nous a accordé, le 10 avril 2026 son autorisation pour la diffusion de ce livre en libre accès à tous dans Les Classiques des sciences sociales.]

[11]

Les approches québécoises de l’éthique appliquée :
Perspectives bioéthiques
Analyse du corpus des auteurs de 1970 à 2000

Introduction

une entrée dans la bioéthique québécoise

La bioéthique a sans doute acquis ses lettres de noblesse au cours des années 1980 même si son émergence remonte aux années 1960. Principalement attribuable à la technicisation de la médecine qui a permis aux spécialistes de faire de nombreuses avancées dans un contexte où l’on ignorait les dimensions humaines de la médecine, la bioéthique s'est d’abord présentée comme une tentative de répondre à un besoin social et scientifique avant de prétendre devenir une discipline universitaire à part entière. Si les pionniers de la bioéthique sont américains, des penseurs et chercheurs québécois ont pour leur part investi ce champ disciplinaire afin de proposer une réponse à ces questions liées au devenir de l'humain. Nous retrouvons dans leur réflexion les mêmes défis d'entrée dans les problèmes poussés qui sont soulevés en biomédecine contemporaine par des pratiques d’intervention aussi exigeantes que délicates. Nous n'avons d'ailleurs pas ici la prétention de faire une histoire de la bioéthique québécoise, celle-ci reste à faire.

Ces chercheurs n'ont pas tous suivi le même chemin et ils ont abordé les problèmes à travers différents horizons disciplinaires. Comme aux États-Unis, plusieurs des pionniers sont issus de la théologie (en particulier pratique), mais nous retrouvons très rapidement les juristes, les philosophes, les spécialistes des sciences infirmières qui se joignent aux premiers. Tous investissent le champ de la bioéthique et contribuent à lui donner son autonomie scientifique propre. Le présent document se veut une présentation de la pensée de neuf spécialistes québécois de l'éthique appliquée. Pourquoi neuf ? Et pourquoi ces seuls auteurs alors que d'autres pourraient assez aisément se retrouver dans ce regroupement. On songera par exemple à Jean-François Malherbe dont les travaux ont longtemps exclusivement porté sur ce champ. À notre avis, son travail le faisait cadrer mieux dans [12] la section plus générale, soit dans le troisième ouvrage, en raison de son caractère transversal [1]. Quant à Jean-Louis Beaudoin, nous l’avons fait figurer dans l’ouvrage sur les approches sectorielles, étant donné sa grande proximité avec la question du droit [2]. Ce n’est pas faute d’intérêt pour le travail de Margaret Somerville que nous ne l’avons pas fait figurer ici. Une référence plus poussée intervient ailleurs, comme exemple du haut degré d'expertise que peut atteindre la réflexion en bioéthique [3]. Quant à Bruno Leclerc, son travail est commenté dans l’ouvrage qui porte sur les approches générales (dans la mesure où cet auteur a une approche transversale). Enfin, si Jocelyne Saint-Arnaud n’est pas présente ici, ce n’est pas faute d’intérêt : voir son texte admirablement synthétique qui nous présente très clairement sa méthode principiste, dont elle est la principale théoricienne au Québec, que nous avons publié ailleurs [4]. Tout regroupement ayant ses limites, nous assumons pleinement ces choix.

Nous sommes également conscients que ces chercheurs ne s’entendent pas tous sur une définition commune de ce qu'est l’éthique appliquée comme nous l'évoquions d’entrée de jeu. La mise en perspective de leurs travaux dans un même document permet néanmoins de comparer les approches bioéthiques de plusieurs penseurs importants parmi le corpus des auteurs qui se sont prononcés sur la question entre 1970 et 2000 au Québec. Les auteurs étudiés proviennent de milieux différents (et possèdent parfois une formation académique distincte) et leur besoin de faire le point sur leur discipline est né d’une expérience personnelle ou professionnelle. Il [13] est donc normal que leur approche s’éloigne à certains moments, mais nous tenterons d’en dégager une trame commune.

Deux des auteurs étudiés proviennent du milieu des soins infirmiers. 11 s’agit de Danielle Blondeau, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval et de Cécile Lambert de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke. Malgré ce premier lien disciplinaire, nous verrons que leur approche de la bioéthique est passablement différente (même si les deux ont collaboré dans la rédaction d'écrits communs). Ainsi, tandis que la première mise plutôt sur l’intervention et une approche déontologique, la seconde accorde plus d'importance à l’éthique comme « science de la morale » qui laisse une grande autonomie de pensée. Certains philosophes ajouteraient qu'à une approche kantienne, la seconde a cherché à substituer une approche aristotélicienne qui accorde beaucoup de place à la pensée réflexive et à la délibération morale.

Pour sa part, Bartha Maria Knoppers possède une approche de la bioéthique qui est inspirée de sa formation de juriste. Au fil des années, sa pensée a cherché à fonder une éthique de la recherche en génétique et en médecine. Sans escamoter la question de la responsabilité citoyenne, son approche favorise l’encadrement juridique (donc l'intervention de l'État) dans le domaine de la bioéthique afin de baliser la recherche médicale. De son côté, Marcel J. Mélançon est professeur de bioéthique. Il croit en l'autonomie du sujet éthique, mais estime que la législation est un recours efficace contre l’abus de l’utilisation de l’information génétique. Il s’est beaucoup intéressé aux problèmes de la génétique.

Philosophe et médecin, Marie-Hélène Parizeau parle plus d'éthique appliquée (qu'elle renomme éthique sectorielle) que de bioéthique. L'important. pour cette auteure, est de faire en sorte que la théorie et la pratique se réunissent dans une éthique de situation. Son éthique est orientée vers l'usager des services médicaux et permet d'aborder les cas particuliers.

[14]

Théologien de formation, Jean Desclos porte un regard marqué par sa discipline sur des problématiques reliées à l’éthique, comme la question des transplantations d'organes. Plutôt que d'emprunter la voix légale ou délibérative, c’est plutôt celle de la conscience morale qu'il emprunte afin de reformuler la question relative aux dons d'organes et à d'autres dimensions des choix médicaux. Également théologien. David Roy travaille dans le domaine de la bioéthique, plus particulièrement en éthique de la santé publique et des soins palliatifs. Il qualifie son approche d'inductive, car la démarche déductive (à partir des principes moraux) est insuffisante, selon lui, devant la pluralité des cas qui se présentent en médecine, aujourd'hui. C'est donc aux médecins que doit revenir la prise de décision en bioéthique, et non pas aux philosophes ou aux théologiens. Guy Durand et Hubert Doucet enfin, tous deux professeurs à l’Université de Montréal en bioéthique et théologiens de formation ont publié des ouvrages de référence en bioéthique afin d’en situer le discours, tant théorique que pratique. Leur production des 20 dernières années en ont fait des incontournables dans le milieu de la bioéthique.

Ainsi, chacun à leur manière, ces chercheurs ont développé une méthodologie et élaboré des paramètres de réflexion et de délibération qu'ils ont proposés aux professionnels des milieux de la recherche et de la médecine.

La méthode

Pour l’étude de chacun des auteurs, nous avons procédé de la façon suivante : nous traçons d'abord un portrait de l'auteur, l'expérience vécue par le penseur ayant dans certains cas une incidence sur sa pensée. Nous expliquons ensuite la démarche générale de l'auteur et sa méthode d'analyse en bioéthique. Les étapes de l'intervention en éthique telles que préconisées par l'auteur sont ensuite décrites, ce qui fait ressortir (dans certains cas) les critères objectifs et les principes de la prise de décision en bioéthique. Les termes utilisés par l’auteur dans sa théorie bioéthique sont systématiquement définis, avant l’énonciation d'une bibliographie des écrits de l'auteur. Ces termes sont suivis la plupart du temps d'un bref commentaire, qui aide à en situer le sens. En conclusion de cette recherche, nous tenterons de trouver [15] une trame commune entre la pensée de ces sept auteurs et d'en dégager les divergences marquantes.

C’est en étant conscient de ces prémisses et objectifs de la recherche qu'il vous faut aborder la lecture de cet ouvrage qui saura, nous le souhaitons à tout le moins, faire progresser le travail de recherche dans le domaine de l'éthique appliquée.

Alain Létourneau (chercheur principal)
Yves Boisvert (cochercheur)
André Lacroix (cochercheur)

[16]



[1] LÉTOURNEAU. Alain. André LACROIX et Yves BOISVERT. Les approches québécoises de l'éthique appliquée. Les approches générales. Sherbrooke, GGC. 2005.

[2] LÉTOURNEAU. Alain. André LACROIX et Yves BOISVERT. Les approches québécoises de l’éthique appliquée. Les approches sectorielles. Sherbrooke. GGC. 2005.

[3] Voir Alain Létourneau et collaborateurs. L'intervention en éthique. Les principaux modèles développés au Québec (1970-2002). Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec. 2005.

[4] SAINT-ARNAUD. Jocelyne. « L’approche bioéthique par principes, telle qu’appliquée à l'enseignement et à la recherche en éthique des soins ». in LACROIX. André et Alain LÉTOURNEAU (dir.). Méthodes et interventions en éthique appliquée, Montréal, Fides, 2000. pp. 59 à 71.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 25 avril 2026 7:54
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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