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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Histoire de Beauce-Etchemin-Amiante. (2003)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Serge Courville, Pierre C. Poulin et Barry Rodrigue, Michel Allard, Denise Girard, Fernand Grenier, Matthew Hatvany, Marie-Josée Larocque, Aidan McQuillan, Pierre Poulin, Claude Pronovost, Gilles Routhier, Kraig Schwartz, Marc St-Hilaire, avec la participation de Jacques Bernard, Marcel Cliché, Yvan Faucher, Jean-Marie Labbé, Johanne Lessard et Fabien Roy, Histoire de Beauce-Etchemin-Amiante. Québec: Les Presses de l'Université Laval, 2003, 1151 pp. Collection “Les régions du Québec, no 16.” Collection dirigée par Normand Perron. [Autorisation accordée par la directrice des Presses de l'Université Laval, Mme Marie-Hélène Boucher, en juillet 2024.]

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Histoire de Beauce-Etchemin-Amiante. (2003)

Introduction

Lancé en 1998, ce projet d’histoire régionale de Beauce-Etchemin-Amiante a voulu miser, dès le départ, sur les acquis de recherche du grand projet sur l’axe laurentien, mené du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, et qui nous avait amenés à dépouiller les recensements nominatifs du XIXe siècle pour l’ensemble des basses terres du Saint-Laurent. Celui-ci incluait la vallée de la Chaudière, qu’étudiaient également deux de nos doctorants, Pierre C. Poulin et Barry Rodrigue. Forts de cet acquis, nous avons donc répondu positivement à l’offre qui nous était faite d’élargir le champ de nos préoccupations pour entreprendre l’étude d’un espace beaucoup plus grand, englobant également l’Etchemin et une partie de la région de l’Amiante, partiellement traitée dans l’histoire des Cantons-de-l’Est. Vu l’expertise développée au Laboratoire de géographie historique (CIEQ-Laval), nous avons accepté, non sans quelques inquiétudes cependant quant aux travaux qu’il nous faudrait entreprendre pour embrasser un territoire aussi vaste.

C’est ainsi que, d’échanges en échanges, nous avons été amenés à participer au Chantier des histoires régionales de l’INRS Urbanisation, Culture et Société. Nous savions d’avance que nous pourrions compter sur l’appui de ses maîtres d’œuvre, notamment Normand Perron et George Lamy, qui n’ont rien ménagé d’ailleurs pour nous faciliter la tâche. Nous savions également que nous pourrions obtenir le soutien des autorités de l’Université Laval et du personnel du Laboratoire de géographie historique (CIEQ-Laval). Ce que nous ignorions cependant, c’est l’enthousiasme avec lequel le projet serait reçu par le milieu régional. En plus de nous encourager tout au long des travaux, plusieurs de ses représentants ont même accepté de se joindre à l’équipe pour signer des textes qu’ils étaient les seuls à pouvoir rédiger. Que tous et toutes reçoivent ici nos plus sincères remerciements, car sans leur soutien moral et financier, cet ouvrage n’aurait jamais vu le jour.

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Comme toutes les histoires régionales, celle-ci a dû relever des défis importants. Le premier a été celui du territoire. Voilà, en effet, un espace immense que tout interdit de considérer comme une « région » au sens strict, mais auquel les débordements démographiques et les lignes d’habitat donnent une certaine cohérence, à tout le moins historique.

Le deuxième défi est un corollaire du précédent. Comme la région est vaste et son étude trop complexe pour un seul chercheur, il a fallu opter pour une œuvre collective, en sachant que nous nous exposerions à des retards inévitables, notamment pour la remise des textes, et surtout à une tâche d’harmonisation et d’intégration des écrits qui entraînerait sans doute un travail de réécriture important. Fait notable cependant, à l’exception d’un auteur, qui a mis plus de trois ans à honorer ses engagements, obligeant ainsi l’équipe de rédaction à des retours fréquents dans le manuscrit, tous ou presque ont respecté scrupuleusement les échéances, ce qui est tout à leur honneur. On trouvera le nom de ces collaborateurs sur la page couverture, ainsi que dans la table des matières, où chacune de leurs contributions est dûment identifiée. Quant à la tâche d’harmonisation et d’intégration des textes, elle a été beaucoup plus lourde que prévu, au point de commander parfois la refonte complète de certains textes, ce qui a nécessité plusieurs mois de travail assidu.

Le troisième défi posé par cette histoire régionale a été celui de la documentation. En effet, contrairement à d’autres régions plus favorisées sur le plan de la recherche, celle-ci n’a suscité que très peu d’œuvres de synthèse, hormis celle, toute magistrale d’ailleurs, d’Honorius Provost, mais qui ne vaut que pour Sainte-Marie, et le collectif de France Bélanger, Sylvia Berberi, Jean-René Breton, Daniel Carrier et Renald Lessard, qui ne vaut que pour la Beauce. En outre, vu le peu de thèses, articles ou ouvrages spécialisés réalisés sur la région, dont l’utilité est ponctuelle — surtout pour compléter l’information thématique -, et vu le caractère particulier des histoires locales - davantage généreuses en détails biographiques et en anecdotes qu’en vues générales -, nous ne pouvions compter que sur un matériel d’appoint, appréciable certes, et que nous avons abondamment exploité, mais trop peu fourni pour nourrir une recherche étendue à un aussi vaste espace, lequel devait en outre être observé durant une période de temps, allant de la dernière grande glaciation jusqu’à aujourd’hui. Aussi a-t-il fallu s’astreindre à de patients dépouillements dans les sources de première main pour retracer les informations nécessaires aux travaux. De plus, comme nous voulions élargir l’enquête aux représentations faites du territoire, nous avons voulu valoriser les documents cartographiques et iconographiques anciens, qu’il a fallu répertorier et dater pour en obtenir une information demeurée souvent méconnue des chercheurs.

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L’une de ces sources a été les recensements, que nous avons exploités tant dans leur version publiée que dans leur version nominative, cette dernière n’étant disponible cependant que jusqu’au début du XXe siècle. En dépit des difficultés qu’ils posent à leur utilisateur, ils ont fourni quantité de renseignements qui, une fois comparés à ceux d’autres sources (correspondance, actes notariés, journaux régionaux, etc.), ont permis la reconstitution de séries statistiques originales qui ont favorisé à leur tour la réalisation de plusieurs cartes originales. Elles nous ont fait découvrir des réalités insoupçonnées jusqu’ici. Par ailleurs, comme nous voulions également donner un aperçu « visuel » de la région, nous avons eu recours aux documents iconographiques repérés dans les fonds d’archives publics et privés, en tentant de privilégier une documentation encore inconnue du public (dessins, peintures, aquarelles, vieilles photographies, cartes postales, etc.), mais qui donne une vue originale de la région.

Au cours de ses quatre cents ans d’histoire, le territoire de Beauce-Etchemin-Amiante a suscité, en effet, maintes représentations qui ont consigné tantôt un paysage, tantôt un événement, tantôt un développement ou une activité. Ces œuvres, aux détails souvent très soignés, donnent des vues inédites de la région et de sa population, à une époque où il était commun de vouloir consigner ainsi les éléments de la mémoire collective. Dans notre perspective, il nous paraissait opportun de les exploiter, non seulement comme complément au texte, mais comme moyen de poser des questions ou de saisir une réalité.

Comme tout document d’archives, ces illustrations ont posé des difficultés d’exploitation et d’interprétation qui ont interdit de les considérer comme des représentations sûres des scènes ou des aménagements du passé, même quand il s’agissait de photographies. En effet, comme la peinture, l’aquarelle ou la carte ancienne, ces œuvres sont des regards que leur auteur pose sur la société ou les paysages de son époque, avec les valeurs, les normes et le système de connaissance de cette époque. Résultat d’une composition personnelle, elles ne représentent souvent qu’un aspect de la réalité, laquelle est en outre réduite à certaines de ses composantes, selon les choix du peintre ou du photographe et les normes acceptées ou souhaitées de présentation de cette période de temps particulière. Aussi a-t-il fallu consacrer beaucoup d’efforts à la sélection des documents, pour ne retenir que les plus pertinents. Plusieurs de ces œuvres sont connues. D’autres sont entièrement inédites, et jettent un regard neuf sur les réalités anciennes du territoire.

Quant à l’histoire orale ou à l’enquête directe sur le terrain, elles aussi ont été mises à profit et plusieurs contributeurs y ont eu recours dans leurs travaux. Mais comme elles ne valent que pour la période récente, c’est encore [14] aux démarches classiques de l’histoire et de la géographie historique qu’il a fallu avoir recours pour réaliser cette synthèse.

C’est le résultat de toutes ces enquêtes que cet ouvrage présente, en une série de chapitres thématiques, lesquels ont été aussi intégrés chronologiquement, afin de favoriser une lecture en continu de l’histoire régionale. Ils offrent une vue en longue durée des processus et des événements qui ont marqué l’histoire de la région, laquelle est aussi abondamment illustrée, pour donner une vue encore plus concrète de son évolution et de sa transformation à travers le temps. Et comme son territoire est vaste, une large part a été faite aussi à son histoire géomorphologique, seule façon de saisir l’originalité des paysages régionaux. Et, de fait, quiconque circule aujourd’hui dans la région ne peut manquer d’en apprécier la richesse, d’autant plus que ces paysages s’inscrivent dans tout un contexte qui l’ouvre aux influences extérieures.

Ainsi, il suffit de prendre un peu d’altitude pour découvrir les traits et la position unique de la région de Beauce-Etchemin-Amiante au Québec. Localisée au sud de la capitale provinciale, elle s’inscrit dans l’une des formations les plus agréables du Québec, les Appalaches, qui offrent, avec les Lau- rentides, certains des plus beaux panoramas de la province. Au centre, se trouve le grand plateau interriverain ; de part et d’autre, les deux entailles de la Chaudière et de l’Etchemin ; plus à l’ouest, mais en direction du sud, le secteur de Thetford, que tout semble rattacher aux Cantons-de-l’Est, mais qui se donne comme le principal foyer de la région de l’Amiante. C’est à l’histoire, surtout, que ce dernier secteur doit son rattachement au territoire étudié. Et c’est encore cette histoire qui nous l’a fait intégrer chronologiquement dans le titre de l’ouvrage, pour tenir compte des grands temps du peuplement, lequel a d’abord commencé le long de la rivière Chaudière, en Beauce, pour s’étendre ensuite à la vallée de l’Etchemin, puis aux environs de Thetford.

Qu’on s’élève encore plus haut et l’on verra que loin d’être isolée dans l’espace, cette région est une composante de cette immense « péninsule », dite de Norembègue, délimitée par l’axe Saint-Laurent—Grands Lacs et l’océan Atlantique, avec, entre les deux, cette immense plateforme appalachienne qui décide non seulement du cours des rivières, mais des établissements humains. L’histoire les a blottis au fond des vallées, tout en permettant à de petites communautés humaines de s’aventurer ici et là sur les hauteurs.

Sur le plan géologique, la région était jadis un fond de mer que des orogénèses ultérieures ont fait jaillir à l’air libre, pendant que le continent se déplaçait sous toutes les latitudes. À ces forces, sont venues s’ajouter celles du climat, avec son alternance de périodes chaudes et de périodes froides, puis des [15] glaciers. Ensemble, mais à des périodes différentes, elles ont rabattu les sommets à leur altitude actuelle, en les parsemant d’entailles plus ou moins profondes, que sont ensuite venues combler des épaisseurs variables de sédiments.

C’est dans ce territoire encore vierge qu’est apparue la vie végétale et animale, puis humaine. De cette mince strate pensante, on sait encore peu de chose, sinon que la région fut sans doute une vaste aire de parcours pour les populations situées tout autour, peu de traces ayant été trouvé de la présence autochtone. Il faudra attendre les grands refoulements du XVIIe siècle de notre ère avant quelle ne devienne un lieu de résidence, et encore, puisque les réfugiés des guerres coloniales n’y resteront pas très longtemps.

Aussi, n’est-ce qu’à partir du XVIIIe siècle que la région, du moins dans le sens où on l’entend aujourd’hui, prend forme, d’abord autour des missions des Jésuites, puis dans les premières seigneuries. Elles-mêmes n’apparaissent que dans le premier tiers du XVIIIe siècle, pour faire obstacle aux possibilités d’invasion de la Nouvelle-Angleterre. En peuplant le corridor de la Chaudière et éventuellement de l’Etchemin, on se dotera, croit-on, d’un moyen de résister.

Ce n’est pas avant la fin du XVIIIe siècle et surtout le XIXe siècle, cependant, que la région connaît son véritable développement. D’abord le long des axes de peuplement, puis de plus en plus vers l’intérieur. Aux aménagements du XIXe siècle succèdent ensuite ceux du XXe siècle, qui refoulent l’agriculture et la forêt jusqu’à leurs limites actuelles et qui transforment plusieurs anciens villages en petites et moyennes villes. Ce passage d’un contexte à l’autre de développement est riche en péripéties, que s’empresse de faire connaître la presse régionale. Puis, viennent les récents développements, qui transforment une nouvelle fois les paysages régionaux. Les chapitres qui suivent en présentent l’essentiel.

Tout n’est pas dit dans cette histoire régionale et bien des aspects nous en restent encore inconnus. Elle se veut cependant une synthèse, c’est-à-dire un bilan de connaissances, qu’il a fallu réunir, sélectionner et présenter sous une forme et dans un style que nous avons voulus le plus accessibles possible, en résumant aux mieux les informations compilées. Malgré ses lacunes et ses imperfections, nous croyons quelle saura néanmoins traduire tout le plaisir que nous avons eu à découvrir ainsi l’une des régions les plus sympathiques du Québec, parce que profondément humaine et foncièrement fidèle à son idéal, qui est de faire du passé un tremplin vers l’avenir.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 26 septembre 2024 22:29
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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