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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Histoire des Laurentides. (1989)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre Serge Laurin, Histoire des Laurentides. Québec: Institut québécois de recherche sur la culture [IQRC], 1989, 895 pp. Collection “Les régions du Québec, no 3.” Collection dirigée par Normand Perron. [Autorisation accordée par la directrice des Presses de l'Université Laval, Mme Marie-Hélène Boucher, en juillet 2024.]

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Histoire des Laurentides.

Introduction

Le discours nationaliste d’après I960 au Québec réclamait haut et clair pour ce dernier le droit de se définir dans les mots et les faits comme une « société distincte » ou, le chanteront ses poètes, un « pays ». Ce discours devait entraîner l'émergence d’un néo-régionalisme à l’échelle québécoise. Le « pays à naître » revendiquait ses régions, ces dernières ne demandant pas moins que d’affirmer leur spécificité remise en lumière. Associé à des préoccupations d’ordre administratif, économique et bientôt culturel, ce même discours conduisait l’État du Québec à une action concrète : l’institutionnalisation des régions. On assistera à la création des régions administratives, à celle des conseils économiques régionaux, remplacés entre 1969 et 1979 par les conseils régionaux de développement, eux-mêmes marginalisés par la mise sur pied des municipalités régionales de comté dans les années 1980. Entre-temps, étaient nés les conseils régionaux de la culture. Mais leur institutionnalisation par l’État ne constituait pas pour les régions québécoises leur acte de naissance. Chacune d’entre elles plongeait ses racines dans un passé plus ou moins lointain et dont l’histoire restait à faire ou à refaire. Pour une, la Gaspésie, sous l’égide de l’institut québécois de recherche sur la culture, se donnait une vision contemporaine de la sienne en 1981. Dès lors, il nous apparut que la région des Laurentides méritait aussi qu’on rappelle son passé. C’est la tâche à laquelle nous nous sommes attaché à compter de 1982.

Des recherches bibliographiques préliminaires nous avaient rapidement fait constater l’absence de toute synthèse historique, fut-elle ancienne, relatant le passé de cette région depuis ses origines sur les bords de la rivière des Mille îles au tournant du XVIIIe siècle. Son histoire restait donc à faire.

Personne ne niera que, contrairement à d’autres régions du Québec, telle l’Abitibi, la spécificité de la région des Laurentides n’apparaît pas au premier coup d’œil. Le terme même de « Laurentides » n’est pas sans susciter la confusion dans les esprits, étant donné la diversité des réalités géographiques auxquelles il se réfère encore aujourd’hui, aussi bien chez certains auteurs que dans son usage quotidien. Ce terme a d’abord recouvert une réalité géographique à multiples variantes, désignant la formation montagneuse dont l’alignement sur la rive nord du Saint-Laurent se fait parallèlement au fleuve, de l’Outaouais au Labrador. Puis, le géographe Raoul Blanchard finissait par imposer l’appellation de « Laurentides centrales » à l’ensemble des régions peuplées à partir de la vallée du Saint-Laurent. Issue d’une vision essentiellement géographique, cette [20] définition désignait une région développée selon un axe ouest-est et qui, en introduisant des nuances d’ordre économique et social, avait le mérite d’enrichir notre vision de la réalité humaine présente sur ce territoire. Mais elle éclatera au fil des ans, minée par l’histoire des régions de colonisation dont le développement empruntera plutôt une direction sud-nord, de la plaine à la montagne, chacun de ces courants migratoires majeurs gardant son autonomie par rapport aux autres. Ainsi s’imposeront à tous, dans toute leur originalité, les régions de Saguenay—Lac-Saint-Jean et de la Mauricie. Restaient, à l’ouest du bassin mauricien, des Laurentides réduites que, jusqu’à ces dernières années, toujours par une sorte d’impératif géographique, on en vint à appeler « la vallée de l’Ottawa ». Cette « région de l’Ottawa » inclura longtemps ce que nous considérons aujourd’hui comme le nord des Laurentides, à savoir le comté de Labelle ainsi que la partie haute de Terrebonne et, selon Blanchard, tout le territoire d’Argenteuil. Malgré sa ténacité, cette définition d’une « région de l’Ottawa » n’en éclatera pas moins elle aussi pour laisser libre cours à une redéfinition mieux accordée aux réalités contemporaines du territoire s’allongeant de l’Outaouais au Saint-Maurice. Il y aura désormais l’Outaouais proprement dit (haut pays de Hull et de la Gatineau), Laurentides, partie nord (haut pays de Lachute et de Saint-Jérôme) et Lanaudière, partie nord (haut pays de Joliette), chacune d’elles étant redevable de sa spécificité à l’autonomie de son peuplement qui se fit, lui aussi, selon un axe sud-nord.

Par ailleurs, au cours des ans, par suite encore une fois des travaux de Blanchard, s’est imposée l’appellation « plaine de Montréal » regroupant dans une même entité géographique un ensemble de municipalités tant urbaines que rurales, occupant un espace faisant ceinture autour de Montréal et de Laval et qui correspond, grosso modo, à ce qu’on appelle la couronne suburbaine de Montréal, à quelques petites villes dites « satellites » et à leur campagne respective. Sans nier cette réalité, l’évidence d’un phénomène historique de première importance venait donner son plein sens et toute sa portée à notre définition de la région des Laurentides. En effet, le nord de la région dont nous venons d’évoquer l’existence, les Hautes-Laurentides, avait procédé d’un mouvement de colonisation monté entre 1850 et 1920 des vieilles paroisses du sud qu’on nomme depuis quelques années Basses-Laurentides. Somme toute, l’usage a à peu près restreint l’appellation « région des Laurentides » à cette bande de territoire se dépliant du nord de Laval en direction nord-ouest à partir des rives de la Mille îles, du lac des Deux Montagnes et de l’Outaouais jusqu’à l’embouchure de la Rouge, aux rives de la Lièvre, traversant tour à tour les vallées de la Nord, de la Rouge et dont le gros du peuplement s’est agrippé aux flancs d’un complexe de voies de communication route-rail qui en devenait l’épine dorsale. La Grande Ligne, l’ancêtre de la route 11, la 117 actuelle, sera doublée dans son cheminement « par monts et par vaux » jusqu’à Sainte-Agathe par la célèbre autoroute des Laurentides. Parallèlement à cette [21] voie de pénétration historique et suivant le même axe nord-ouest, s’étaient ajoutés le chemin de fer du Canadien Pacifique, le « train du curé Labelle » reliant Montréal à Mont-Laurier via Sainte-Thérèse, Saint-Jérôme, Sainte-Agathe, Saint-Jovite, Labelle, Nominingue, et celui du Canadien National, autrefois Chemin de fer de la colonisation de Montfort, qui viendra mourir à Saint-Rémi-d’Amherst entre les deux guerres mondiales. Unissant la plaine à la montagne, la route et le rail auront donc intimement lié l’histoire des Basses-Laurentides à celle des Hautes-Laurentides que l’on subdivise aujourd’hui en trois zones de peuplement : les Pays-d’en-Haut (de Saint-Sauveur à Mont-Tremblant), la vallée de la Rouge (de La Conception à Nominingue) et la vallée de la Lièvre (de Notre-Dame-du-Laus à Sainte-Anne-du-Lac).

Cette définition d’une région des Laurentides « historique », se dépliant de la rivière des Mille îles à la Lièvre, trouvait la confirmation de son authenticité dans un décret du gouvernement québécois daté du 12 juin 1985 qui conférait à ce territoire le statut de région administrative autonome, en accord avec les milieux concernés. Son territoire comprend huit MRC : Antoine-Labelle, Argenteuil, Deux-Montagnes, La Rivière-du-Nord, Les Laurentides, Les Pays-d’en-Haut, Thérèse-De Blainville et Mirabel. Celle des Moulins, où se trouvent Lachenaie et Terrebonne, choisissait récemment de passer à Lanaudière. C’est une option politique qui ne change rien au fait que la paroisse de Terrebonne, comme nous le verrons, fut le berceau de la région des Laurentides. Mais il faut aussi admettre que les priorités sociales d’aujourd’hui ne sont pas nécessairement celles d’hier.

Notre livre comprend quatre parties. La première expose en deux chapitres les caractéristiques territoriales de la région et rappelle l’histoire de ses premiers habitants. Une deuxième partie, comportant quatre chapitres, couvre la période qui va de 1673, année de la concession de la seigneurie de Terrebonne à Daulier des Landes par le roi de France, à 1850, date vers laquelle se sont enfin accomplis le peuplement et l’organisation tant humaine que matérielle des Basses-Laurentides. La partie suivante décrit en cinq chapitres comment, entre 1850 et 1920, s’affrontèrent deux mouvements de peuplement, l’un, d’émigration, où la population cherche à fuir les paroisses surpeuplées du sud pour gagner les villes américaines, puis Montréal, l’autre, de colonisation du Nord — Pays-d’en-Haut, vallées de la Rouge et de la Lièvre — où cette même population prétend reconquérir pacifiquement le pays en occupant son sol. Enfin, la dernière partie, celle qui nous conduit de 1920 à aujourd’hui, consacre ses six chapitres à une région des Laurentides qui, cédant à l’appel de la modernité, passe d’un monde rural à un monde urbain, de la société traditionnelle à celle des loisirs, du conformisme religieux au pluralisme idéologique et moral, alors que se vide son nord et que se repeuplent ses plus anciennes paroisses.

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Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 27 septembre 2024 16:44
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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