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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Histoire de la Mauricie. (2004)
Introduction générale


Une édition électronique réalisée à partir du livre de René Hardy et Normand Séguin avec la collaboration de Claude Bellavance • Normand Brouillette • Claude Gélinas • François Guérard • Pierre Lanthier • Roger Levasseur • Geneviève Postolec • Yvan Rousseau • Jean Roy • René Verrette, Histoire de la Mauricie. Québec: Les Presses de l'Université Laval, 2004, 1141 pp. Collection “Les régions du Québec, no 17.” Collection dirigée par Normand Perron. [Autorisation accordée par la directrice des Presses de l'Université Laval, Mme Marie-Hélène Boucher, en juillet 2024.]

[11]

Histoire de la Mauricie.

Introduction générale

Dans son évolution, la nature engendre les milieux naturels. Ces derniers sont donnés aux humains qui s’y adaptent et y façonnent des paysages. Ces créations humaines expriment une manière de voir le monde et d’organiser l’existence. Ce sont des productions de la culture. Lorsqu’une culture meurt ou se transforme en profondeur, l’organisation du territoire quelle a engendré s’en trouve modifiée substantiellement quand elle n’est pas à terme tout simplement abolie. Un nouvel ordre des choses se met progressivement en place qui intègre une partie des éléments du passé et en rejette ou oblitère une autre. Subsistent alors des vestiges, des signes, dont le sens intime échappe souvent aux contemporains qui ont perdu l’intelligence des sociétés révolues.

Le monde actuel est un amalgame de réalités nouvelles, moins récentes et plus anciennes. Quelle part du passé subsiste dans notre quotidien ? Quel rapport avons-nous au passé ? Qui sommes-nous donc ?

Depuis le Régime français, ce que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de Mauricie apparaît comme espace de référence remarquablement bien délimité sur le flanc nord du fleuve, grosso modo entre La Pérade et Maskinongé, et s’ouvrant sur un vaste arrière-pays de ressources. L’ouvrage s’attache principalement à mettre en lumière les étapes et les modalités du façonnement de la région, de l’époque amérindienne précoloniale jusqu’à nos jours.

Depuis un demi-siècle, la Mauricie est l’objet d’un mouvement de recherche intense qui en a fait certainement l’une des régions les plus étudiées au Québec et au Canada. Dans l’historiographie québécoise et canadienne, ce mouvement de recherche, dont notre équipe est largement porteuse, contribue à mieux faire connaître les espaces vécus qui, dans leur étonnante diversité, s’articulent les uns aux autres pour composer le pays. Cette vision anthropologique du phénomène régional apporte un éclairage renouvelé et nécessaire pour appréhender dans toute sa complexité la constitution du pays, son fonctionnement et sa transformation dans le temps.

La Mauricie est l’une des plus anciennes entités régionales du Canada. Son développement est intimement relié au flux d’échanges qui a fait de la vallée du Saint-Laurent une véritable artère de vie autour de laquelle s’est progressivement édifiée la société québécoise. Fondée en 1634 à la confluence du [12] Saint-Maurice et du fleuve, Trois-Rivières occupe la portion centrale de cet espace dont elle marqua fortement l’histoire et l’identité. D’abord aux XVIIe et XVIIIe siècles comme chef-lieu d’un milieu encore essentiellement rural ; ensuite au XIXe siècle comme premier centre urbain d’une société en pleine transition ; puis, à compter des premières décennies du XXe siècle, comme maillon principal d’un réseau urbain dans une Mauricie profondément réaménagée par l’industrialisation massive ; enfin, plus près de nous, comme ville centre d’un espace régional quelle polarise et intègre de plus en plus par ses diverses fonctions.

Sous le Régime français, l’occupation du sol resta longtemps confinée à une bande étroite sur les deux rives du fleuve. Au XIXe siècle, alors que l’exploitation forestière suscitait la mise en valeur de l’arrière-pays drainé par un vaste et complexe bassin hydrographique, le peuplement déborda faire seigneuriale et s’étendit sur la rive sud jusqu’aux Appalaches pour former la région des Bois-Francs. Sur la rive nord, le peuplement atteignit le contrefort des Laurentides et le traversa par le bassin du Saint-Maurice qui domine le réseau hydrographique. Celui-ci s’imposa comme la voie de pénétration autour de laquelle se structura la région vers l’intérieur du territoire. Le XXe siècle confirmera le Saint-Maurice comme axe d’un développement industriel, lequel donnera à la région les traits essentiels de sa configuration actuelle. Dans l’histoire canadienne, la Mauricie se signale notamment par son industrie sidérurgique ancienne, l’exploitation forestière (le commerce des bois au XIXe siècle et les pâtes et papiers au XXe), la production d’électricité (Shawinigan Water and Power), la production de l’aluminium (Alcan), le textile (principalement Wabasso jusqu’à récemment), l’éclosion dans le sillage de la SWP puis la disparition graduelle d’une importante brochette d’entreprises chimiques. Enfin, la région se caractérise plus récemment par la mise en place d’un vaste parc industriel à vocation internationale, en face de Trois-Rivières sur l’autre rive du fleuve : le Parc industriel et portuaire de Bécancour, aujourd’hui l’un des poumons de l’économie de la Mauricie.

La région a vécu toutes les phases du devenir historique de la société québécoise. Ouverte sur le fleuve, traversée par de grandes rivières qui lui annexent un vaste arrière-pays, mieux que bien des régions administratives du Québec actuel, elle mérite l’appellation de région historique, en raison de sa longue élaboration et de la cohérence de son territoire.

Notre synthèse progresse selon quatre étapes historiques : 1- l’occupation par les Amérindiens, les premiers contacts avec les Européens, la mise en place des structures du Régime français et la société coloniale des XVIIe et XVIIIe siècles ; 2- le XIXe siècle, dominé par l’économie forestière ; 3- la première [13] moitié du XXe siècle, sous le sceau de la croissance industrielle et du triomphe du fait urbain ; 4- la Mauricie contemporaine marquée par un ralentissement démographique et un réaménagement de sa base industrielle. Au fil de ces étapes, nous observons la marche du peuplement colonisateur et nous analysons le fonctionnement d une économie rurale axée sur l’agriculture combinée à un large registre d’autres activités économiques. Plus globalement encore, nous tâchons de mettre en contexte l’affirmation de l’économie de marché en faisant une large place à la montée au XIXe siècle de l’exploitation forestière, à l’industrialisation massive qui domine la première moitié du XXe siècle et au mouvement de restructuration de l’économie régionale amorcée à la charnière des années I960. Nous examinons aussi de près l’éclosion et l’expansion du fait urbain qui accompagne la progression de l’économie de marché et l’industrialisation. À cet égard, nous mettons en relief l’essor du phénomène villageois qui, au XIXe siècle, a transformé le paysage rural de la Mauricie, et nous analysons la constitution, dès le début du XX' siècle, du réseau urbain régional. Nous en scrutons ensuite l’évolution jusqu’à aujourd’hui, en nous interrogeant sur les rapports qui s’établissent entre la campagne, le village et la ville. Enfin, nous cernons les grandes composantes de cette société régionale : les institutions et les organisations par lesquelles elle s’exprime, la diversité des groupes sociaux qui la composent et les rapports réciproques qu’ils entretiennent. Notre questionnement s’ouvre également sur le champ de la culture. En ce sens, nous nous efforçons d’apprécier les adaptations qui ont modifié les manières de vivre et les comportements et finalement transformé la culture elle-même, dans les milieux urbains et les milieux ruraux aussi bien. Nous nous intéressons pour cela aux courants d’idées et aux mouvements sociaux qui ont traversé le corps social et nourri depuis plus d’un siècle une conscience régionale.

En examinant la formation de la population et l’occupation du territoire, la structuration de la socio-économie et la production de l’habitat et des paysages, l’élaboration des administrations civile, religieuse et judiciaire, nous cherchons à appréhender les logiques de la croissance et les principes qui régissent la vie en société. À travers le jeu complexe des acteurs sociaux —les individus, la famille, les groupes élargis, les corps sociaux, l’entreprise et l’État— c’est tout le sens d’un long processus de changement économique, social et culturel que nous tentons d’expliciter. Nous voulons ainsi mettre en contexte la formidable mutation qui a transformé l’ancien monde formé d’une majorité de paysans en un milieu de vie qui consacre la dominance du fait urbain et la consommation de masse dans un système économique et culturel complètement redéfini.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le dimanche 29 septembre 2024 11:05
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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