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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Sintiche Nahomie Pagnou Tchinda, Marcel ABANDA et Pascal TOUOYEM, “La question anglophone au Cameroun et l’impératif du pacte de cohabitation. Construire la Paix à partir du « Grand Dialogue National » ?” Juin 2020, 42 pp. [L’auteur nous accordé le 10 janvier 2021 son autorisation pour la diffusion en libre accès à tous le texte de cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]

Sintiche Nahomie Pagnou Tchinda,
Marcel ABANDA et Pascal TOUOYEM


La question anglophone au Cameroun
et l’impératif du pacte de cohabitation
.
Construire la Paix à partir
du « Grand Dialogue National » ?


Juin 2020, 42 pp.

Résumé /Abstract
Introduction

I. Le grand dialogue national : une lecture critique de la situation sécuritaire au nord-ouest et au sud-ouest du Cameroun

A) Un cadre républicain d’intelligibilité de la crise au nord-ouest et sud-ouest
B) La crise dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest : dynamiques et trajectoires de construction d’un problème public
II. Le grand dialogue national : espace symbolique de solutionnement de la crise au nord-ouest et sud-ouest

A) La gouvernance publique décentralisée : offre politique et réponse à une demande sociale des populations du nord-ouest et du sud-ouest ?
B) Plan présidentiel pour la reconstruction et le développement des régions du Nord-ouest et du sud-ouest
III. Incompatibilité des intérêts et compétition entre les acteurs : dialogue et vivre ensemble versus partition et création d’un État d’Ambazonie
A) Le référentiel global du « Cameroun un et indivisible » et du vivre-ensemble : trajectoires d’un cadre normatif et cognitif de l’action publique
B) Velléités sécessionnistes : entre violence armée, violence symbolique et demandes politiques
Bibliographie
Les auteurs

Résumé

Cet article entend analyser les dessous des parures du Grand Dialogue National en tant que cadre stratégique et opérationnelle de construction d’un problème public dans la crise qui oppose le gouvernement Camerounais et les mouvements séparatistes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les dynamiques et trajectoires y afférentes dans le cadre d’une altérité complexe rendent compte des efforts des pouvoirs publics pour domestiquer la violence et poser l’impératif d’un « Cameroun un et indivisible » et du vivre-ensemble comme cadres structurants des solutions aux crises encours dans le pays.

L’enjeu de ce Grand Dialogue National renvoie aussi à des logiques de désinternationalisation du traitement de la crise ; cependant, ce dialogue n’a pas eu l’effet escompté. Le déni longtemps porté sur la crise, cumulé au problème de sous-développement accentué par le népotisme, l’exclusion ethnique, la corruption et la marginalisation séquence et conséquence de la mauvaise gouvernance, a été utilisé par les séparatistes comme prétexte pour recourir aux armes comme moyens d’exprimer leurs ‘’griefs’’. Pour y parvenir, les mouvements séparatistes ont mobilisé des éléments symboliques et affectifs, notamment la déliquescence des structures sociales de base, le sentiment de trahison, de marginalisation, de domination et surtout le réflexe minoritaire.

La prévention des conflits violents exige que les sociétés soient capables de s'attaquer aux causes profondes et structurelles des conflits dont la pauvreté, l'inégalité sociale, les schémas de discrimination et d'exclusion sociale. Le gouvernement camerounais devrait envisager la voie d’une véritable réconciliation avec tous les Camerounais, fils et filles de la région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cela présuppose et implique un processus global et inclusif, incluant les instruments clés tels que la justice, la vérité, la réparation, etc. qui permettent la transition d’un passé divisé vers un avenir commun.

Cette réconciliation doit s’inscrire dans la durée et devrait aider à substituer à la « peur », la coexistence pacifique en vue d’une transformation sociale non-violente. D’où, les nouvelles tâches de la pensée : ressouder le lien social rompu et rétablir la confiance perdue entre les détenteurs d’enjeux, les décideurs clés et les actants, les protagonistes centraux ainsi que tous les alliés. Le dilemme de la recherche de la paix dans une société violemment divisée a pour principal défi « comment construire et maintenir la paix ».

La présente réflexion dégage les perspectives utiles à la construction de la paix. Elle répond à la question suivante : quelles sont les perspectives utiles à la construction de la paix dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest ? Quelles sont les approches et les activités pratiques susceptibles de conduire vers une transformation sociale non-violente et qui ont la capacité de faire perdurer cette quête pour la paix ? Construire la paix dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest requiert aussi, au-delà de la diplomatie étatique traditionnelle, requiert un engagement à long terme consistant à établir, entre les belligérants, un lien qui mobilise, à partir de l’intérieur, les ressources permettant d’œuvrer pour la réconciliation et qui maximise les contributions venant de l’extérieur. La construction de la paix repose pour ainsi dire, sur les différents acteurs et sur des activités visant à réaliser et à faire durer la réconciliation.

ABSTRACT

This article intends to analyze the underpinnings of the Grand National Dialogue as a strategic and operational framework for the construction of a public problem in the crisis between the Cameroonian government and the separatist movements of the North West and South West.

The dynamics and related trajectories within the framework of a complex otherness reflect the efforts of the public authorities to domesticate violence and establish the imperative of a “one and indivisible Cameroon” and of living together as structuring frameworks of solutions to crises in the country.

The stake of this Grand National Dialogue also refers to the logic of de-internationalization of the treatment of the crisis ; however, this dialogue did not have the desired effect. The denial for a long time focused on the crisis, combined with the problem of underdevelopment accentuated by nepotism, ethnic exclusion, corruption and marginalization, the sequence and consequence of bad governance, has been used by the separatists as a pretext to resort to arms as a means of expressing their 'grievances'.

To achieve this, the separatist movements mobilized symbolic and emotional elements, in particular the decay of basic social structures, the feeling of betrayal, marginalization, domination and above all the minority reflex. Preventing violent conflict requires that societies be able to address the root and structural causes of conflict including poverty, social inequality, patterns of discrimination and social exclusion.

The Cameroonian government should consider the path of true reconciliation with all Cameroonians, sons and daughters of the North West and South West region. This presupposes and involves a comprehensive and inclusive process, including key instruments such as justice, truth, redress, etc. that allow the transition from a divided past to a common future.

This reconciliation must be sustainable and should help replace "fear" with peaceful coexistence with a view to non-violent social transformation. Hence, the new tasks of thought : to re-weld the broken social bond and restore the lost trust between the stakeholders, the key decision-makers and the actors, the central protagonists as well as all the allies. The main challenge of the dilemma of seeking peace in a fiercely divided society is "how to build and maintain peace".

This reflection brings out useful perspectives for building peace. It answers the following question : what perspectives are useful for building peace in the North West and South West? What are the approaches and practical activities likely to lead to a non-violent social transformation and which have the capacity to make this quest for peace continue? Building peace in the Nord West and South West also requires, beyond traditional state diplomacy, requires a long-term commitment consisting in establishing, between the belligerents, a link that mobilizes, from within, the resources to work for reconciliation and which maximizes contributions from outside. The building of peace relies, so to speak, on the various actors and on activities aimed at achieving and sustaining reconciliation.

INTRODUCTION

La paix n’est pas une harmonie préétablie qui s’impose du dehors aux sociétés humaines. Elle est éminemment sociale et son mode de structuration dans la société est réaliste. Dit autrement, il n’y a de paix que par rapport à un contexte sociopolitique et la paix à l’intérieur d’une communauté sociopolitique se construit autour de certains rapports de force. La paix réaliste ou paix sociale est pour ainsi dire, une construction politique ayant pour corollaire la construction de l’État démocratique, respectueux des droits humains. L’hypothèse de la paix réaliste est donc celle de la paix comme élément cardinal et omnipotent de la dynamique sociale [1], cadre d’action sociopolitique, norme de comportement social, et surtout comme modèle de production de la société autour d’un certain nombre d’enjeux et de rapports de force dans un contexte de mondialisation des questions géostratégiques et sécuritaires.

C’est ainsi que sur le théâtre d’opération des conflits au Cameroun, le pouvoir d'État s'est vu submergé et débordé par la grande ampleur des pulsions sociales recompositrices des équilibres d'autorité et de commandement à l'intérieur de l'État [2]. Dans sa dimension sécuritaire, la géopolitique interne et externe du Cameroun est dominée depuis la deuxième décennie de l’an 2000 par la coalescence de deux crises sécuritaires internes complexes. Dans la région de l’Extrême-Nord, les terroristes djihadistes de Boko Haram sèment la terreur et la désolation au sein des populations. Et depuis fin 2016, à la faveur de revendications corporatistes des enseignants et des avocats, des deux régions d’expression anglaise du pays, des groupes armés ont profité de cette « fenêtre d’opportunité » favorable pour faire émerger dans l’agenda politique national et international du pays, leurs revendications séparatistes et sécessionnistes, plongeant ces régions, dans une situation d’insécurité.

Dans le même temps, le pays subit les affres de la pandémie de la Covid-19 ; selon des statistiques publiées en juin 2020, depuis la mi-mars 2020, près 218 personnes ont perdu la vie et de 8929 personnes ont été testées positives [3]. Ces crises sécuritaires aux enjeux complexes, débordent les simples limites du territoire national camerounais [4]. Gérard CHALIAND, les caractérise de « guerres ritualisées » et des « guerres sans quartier », ces guerres civiles « sont les plus irrationnelles des guerres tant les coûts dépassent la plupart du temps l’enjeu même du conflit » [5].

Face à la récurrence des violences et l’insécurité à l’Extrême-Nord, comme dans le Sud-Ouest et du Nord-Ouest du pays, et poursuivant le dessein d’y apporter des solutions durables pour un retour de la paix et de la stabilité, le Gouvernent camerounais a déployé une série de mesures [6] politiques, sociales et économiques, à forte charge psychologique, de manière à ramener la confiance dans les perceptions et représentations citoyennes et républicaines. L’objectif étant de réduire à leur plus simple expression l’impact psychologique du terrorisme et du proto-terrorisme, djihadiste de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, et sécessionniste dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest [7].

C’est dans l’optique de ramener la confiance, la paix et la stabilité que le Grand Dialogue National tenu à Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre 2019 [8], a été convoqué par le Chef de l’État, le 10 septembre 2019. Ce, dans le but d’« examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi toutes les autres composantes de la Nation » [9]. En effet, « le dialogue dont il est question [concernait] principalement la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais, il est évident qu’en cela même, il touchera à des questions d’intérêt national, telles que l’unité nationale, l’intégration nationale, le vivre ensemble » [10]. Ce dialogue s’est construit autour des thématiques suivantes : le bilinguisme, la diversité et la cohésion sociale, le système éducatif, le retour des réfugiés et déplacés interne, la reconstruction et le développement des régions touchées par le conflit, le Désarmement Démobilisation, Réinsertion des ex-combattants, la décentralisation et développement local, le rôle de la diaspora dans la crise et sa participation au développement du pays.

Au Cameroun, le théâtre de la conflictualité actuelle laisse voir un engrenage de facteurs politico-économiques et sociaux, identitaires, qui rendent difficiles tant à l’Extrême-Nord, mais surtout dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays, un climat de paix qui a longtemps caractérisé le pays. Leur mise sous agenda au niveau national, par l’institution exécutive présidentielle résulte d’une construction qui s’est inscrite dans la durée et à la suite de la quelle lesdites préoccupations ont suscité une attention des autorités publiques au plus haut niveau.

Cet article entend analyser le Grand Dialogue National en tant que cadre de construction d’un problème public. Les dynamiques et trajectoires y afférentes dans le cadre d’une altérité complexe rendent compte des efforts des pouvoirs publics pour domestiquer la violence et partant de poser les impératifs catégoriques du « Cameroun un et indivisible », et du vivre-ensemble comme cadres structurants des solutions aux crises en cours dans le pays.

À travers une communication politique structurée, l’organisation du Grand Dialogue National témoigne aussi des logiques de désinternationalisation du traitement de la crise. Processus d’internationalisation entamé par le biais de certaines organisations internationales, mais également par des puissances étrangères et d’autres acteurs. Si certaines puissances ont été ou demeurent favorables à la médiation suisse [11] (Canada, Suisse), d’autres par contre à l’instar de la France, de la Grande-Bretagne, des États-Unis ont des positions assez tranchées et fermes à l’égard des autorités camerounaises sur ladite crise. On y veut pour preuve les réunions au sein du conseil de sécurité ou des rencontres sur ladite crise sous forme de formule Arria [12]. Ces réunions ont permis à certaines puissances comme la Chine, la Russie, de réitérer leur soutien au Cameroun en y développant l’idée de souveraineté et de la non-ingérence dans les affaires internes. D’ailleurs à cet effet, le Représentant de la Fédération de Russie Anatoliy Gennadrevitch Bashkine affirmera à la sortie de son audience avec Le Jeune Mbella, Ministre des Affaires étrangères Camerounaise ce qui suit :

«  Nous sommes opposés à une intervention humanitaire et une fois de plus notre position est que le président camerounais, le gouvernement et les populations peuvent résoudre le problème eux-mêmes sans intervention internationale  » [13].

Ces batailles autour de l’internationalisation et concurrence autour de la médiation de la crise anglophone ont été de nature à réduire la portée de l’action publique pour résoudre la crise.

En effet, pour le Gouvernement, réaffirmer son leadership dans la qualification, le traitement de cette crise interne au pays apparaissait comme une priorité. Par rapport aux velléités séparatistes, le discours gouvernemental, aux référents républicains, a trouvé un large écho. En cela, le Grand Dialogue National s’est posé en une herméneutique pour discuter, mais davantage comprendre la situation sécuritaire dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest (I). Rendant par-là compte des dynamiques et des intérêts divergents entre les acteurs (II) et des efforts d’apporter des solutions holistiques à la crise en cours (III).

I. Le grand dialogue national :
une lecture critique de la situation sécuritaire
au nord-ouest et au sud-ouest du Cameroun


La trajectoire spécifique de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest rend compte des dynamiques de sa construction en tant que problème public (B). Au sein de l’espace public camerounais, on va assister à une compétition-mobilisation à la fois des pouvoirs publics et des autres acteurs sociaux. Et leurs grilles de lecture multi-variées participeront à faire du Grand Dialogue National un cadre d’intelligibilité de la crise au Nord-Ouest et du Sud-Ouest (A).

A) Un cadre républicain d’intelligibilité
de la crise au Nord-Ouest et au Sud-Ouest


Une mobilisation tout azimut des différents acteurs sociaux a été observée dès le début du retour à la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Pouvoirs publics, société civile, partis politiques, représentations diplomatiques présentes au Cameroun, les camerounais de tous bords se sont saisis de la question étiquetant à tort ou à raison, les causes d’un tel rebondissement violent dans cette partie méridionale du pays. D’aucuns présentaient la crise comme une tentative d’insurrection contre le gouvernement central de Yaoundé, à partir des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. D’autres ont vite fait de soulever l’hypothèse d’une crise aux origines d’un « problème anglophone » né des accords hégémoniques ayant conduit à la Réunification du Cameroun en 1961. Cet étiquetage, encore séant de la situation est de nature à remettre en cause les profonds liens sociaux pacifiques, le vivre ensemble ayant jusqu’ici existés entre les camerounais.

En effet, le glissement d’agenda des revendications corporatistes des enseignants et des avocats d’expression anglaise vers des velléités sécessionnistes, avec le cortège de violence engendrée et de demandes politiques liées au fédéralisme, a permis à la crise de franchir une nouvelle étape tant dans sa qualification que dans les représentations et les perceptions induites. Les référents politiques [14], économiques [15], sociaux [16], identitaires [17], sécuritaires et humanitaires [18] ont été ainsi largement mobilisés pour adresser la situation, l’inscrivant ainsi dans la longue durée d’une revanche de l’histoire [19]. En effet, la résurgence du passé prend de plus en plus place dans les sociétés actuelles. Tout comme l’instrumentalisation politique et stratégique qui peut être faite de l’histoire. D’où l’impérieuse nécessité de convoquer l’héritage du passé pour mieux éviter certaines analogies historiques qui peuvent parfois être utilisées comme des slogans mobilisateurs à des fins politiques.

Certains observateurs voient dans l’émergence de cette crise, des mobiles géostratégiques et géopolitiques articulés autour de l’exploitation des ressources naturelles présentes dans les régions anglophones et des velléités de déstabilisation du Cameroun, État pivot en Afrique Centrale et dans le Golfe de Guinée. Ce qui le situe au centre de toutes les attentions. Cette lecture laisse transparaître une guerre stratégique et rentière qui met en exergue les entrepreneurs de la guerre, leurs modes d’actions et dont la violence constituerait l’un des moyens les plus sûrs de s’approprier les ressources naturelles contenus dans le sous-sol du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. En effet, selon Philipe le Billon, l’accès aux revenus issus des ressources naturelles permet de s’acheter les armes et de financer les rebellions. Les rebelles ou mouvements séparatistes pourraient également bénéficier des soutiens financiers extérieurs par la signature des accords d’exploitation future entre firmes transnationales et/ou les rebelles, autour de ses ressources (Booty future) ; ici, l’intervention d’un État voisin dans un conflit interne peut s’expliquer le plus souvent par le fait de vouloir accorder son soutien aux mouvements rebelles, ceci, dans l’optique de voir le gouvernement en place se faire renverser.

Face à ces grilles de lecture plurielles de la situation en cours dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le grand dialogue national (GDN) est apparu comme un véritable espace d’intelligibilité de la crise. Au-delà du refus de certains leaders séparatistes à l’instar de Ebenezer Akwanga, Cho Ayaba, Samuel Ikome Sako, Mark Bareta, d’y prendre part, les participants présents, plusieurs membres du gouvernement Camerounais, les ex-combattants, les leaders religieux, les chefs traditionnels, les représentants des partis politiques, et certains acteurs de la communauté internationale, se sont réunis à la salle du Palais de Congrès de Yaoundé, Capitale politique du Cameroun afin de discuter et d’avoir une grille de lecture commune sur les causes profondes de la crise, notamment les raisons ayant conduit, certains camerounais, à prendre les armes, mais surtout, et c’est l’essentiel, de trouver une issue favorable à cette situation dans la perspective d’un retour à la paix et à la stabilité dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Cette compétition-mobilisation des acteurs sociaux a permis de rendre compte des dynamiques et des trajectoires de publicisation de la question anglophone.

B) La crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest :
dynamiques et trajectoires de construction
d’un problème public


La crise dans les régions d’expression anglaise du pays tout comme son traitement semble s’inscrire dans la longue durée [20]. En effet, pour l’historien Fernand Braudel, « l’histoire n’est pas seulement un récit, même de grands événements, elle est une explication » [21]. En cela, l’espace public, produit dans la situation camerounaise, d’un double processus de libéralisation de la parole et du champ médiatique [22] amorcé au début des années 1990, devient un cadre d’objectivation de l’action publique pour résoudre la crise. Aussi, la situation sécuritaire dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest fera l’objet d’une mise en agenda, entendu comme « l’ensemble des problèmes faisant l’objet d’un traitement, sous quelque forme que ce soit, de la part des autorités publiques et donc susceptibles de faire l’objet d’une ou plusieurs décisions » [23]. Dans le contexte camerounais, le processus de sélection des problèmes et la manière dont certains peuvent ou non retenir l’attention publique « une ressource rare, dont l’allocation dépend de la compétition au sein d’un système d’arènes publiques » [24], se révèle être d’une pertinence. Si fin 2016, lors du déclenchement de la contestation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le Gouvernement a pris un ensemble de mesures [25] visant à résoudre la crise, la convocation du Grand Dialogue National, par le Chef de l’État fait sens en ce qu’elle sous-tend un processus de publicisation et de mise en agenda spécifiques. Comprendre les dynamiques de mobilisation collective, de médiatisation et de politisation, permet de saisir les logiques parfois souterraines qui ont encadré sa mise en agenda à travers le GDN.

Dans une perspective constructiviste, la dynamique de la crise dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest dans l’espace public camerounais en dit long, tant sur les perceptions et les représentations induites de cette situation, renforçant par-là même l’idée selon laquelle aucun problème n’est intrinsèquement public du fait de ses propriétés spécifiques. La plupart des problèmes font l’objet d’un important travail d’étiquetage, de labellisation accomplie par des acteurs collectifs ou entrepreneurs moraux [26], dans le cadre d’un processus social et politique. La situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dans un premier temps revêt une dimension corporatiste pour adresser certaines défaillances observées dans les secteurs judiciaires et de l’enseignement. Ensuite, la contestation progressive dans sa dimension armée et violente, sur fond de velléités séparatistes et sécessionnistes. Le caractère violent et préoccupant de la situation sur le terrain et l’impact socio-économique de la crise ont conduit à un déploiement des dispositifs défensifs et sécuritaires du pays pour un rétablissement de l’ordre, assurer la sécurité des biens et des personnes, mais surtout contrecarrer les initiatives des groupes séparatistes.

La complexité de la situation, accentuée par la « peur » suscitée par les combattants séparatistes, les attaques répétées et répétitives contre la population, les forces de défense et de sécurité et la relative efficacité des actions menées jusque-là, a permis de sortir la crise de l’ordre de la banalité, c’est-à-dire, « ce qui est attendu, parce qu’il se répète sans surprise, dans les faits et gestes de tous les jours ». Mais surtout, la convocation du GDN, a permis de déconstruire le discours dominant de la situation comme l’affaire des seuls camerounais des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’impact social, économique qui s’est traduit à travers le ralentissement des activités économiques, la paralysie de certaines administrations, les flux de déplacés internes, notamment vers les régions de l’Ouest et du Littoral voisines, le déplacement de certains camerounais vers le Nigéria voisin, associé aux dynamiques de mobilisation, de médiation, mais surtout de politisation ont contribué à sa mise sur agenda effective. Selon Kingdon, la mise sur agenda s’opère dans la conjonction de trois flux que sont : le « problem stream », ou la naissance d’un problème qui suscite l’attention des autorités publiques par le biais des indicateurs (statistiques) [27] et qui poussent à un engagement actif de l’opinion publique nationale précisément, les partis politiques en présence : le « political stream » ayant conduit à la mise sur pied d’un ensemble de solutions d’action publique disponibles, adoptables et adaptables, en fonction de « leur faisabilité technique, leur compatibilité avec les valeurs dominantes et leur capacité d’anticipation des contraintes à venir », le « policy stream » : pour Kingdon ces flux sont applicables lorsqu’« un problème est reconnu, [qu’] une solution est développée et disponible au sein de la communauté des politiques publiques, [qu’] un changement politique en fait le moment adéquat pour un changement de politique et [que] les contraintes potentielles ne sont pas trop fortes » [28]. Toutefois, il faut rappeler que dans la situation camerounaise, aucun modèle ne permet de décrire à lui seul tous les facteurs de mise à l’agenda ni tout le processus [29].

II. Le grand dialogue national :
espace symbolique de solutionnement de la crise
au nord-ouest et au sud-ouest


En marge du GDN, plusieurs mesures [30] ont été prises. Au nombre de celles-ci, la gouvernance publique décentralisée (A) est apparue comme une offre politique pertinente en ceci qu’elle répond à certaines aspirations des populations du Nord-Ouest ET du Sud-Ouest. Il en est de même du plan présidentiel de Reconstruction (B) desdites régions mis en place pour assurer leur reconstruction et relèvement rapides.

A) La gouvernance publique décentralisée :
offre politique et réponse à une demande sociale
des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ?


La gouvernance publique décentralisée comme modalité de gestion de la cité, avec la participation indirecte ou directe de la population à leurs affaires est fortement ancrée dans la trajectoire historique du pays bien avant son indépendance. Aussi, sous administration française ou anglaise, dans le cadre du mandat ou de la tutelle, le pays a expérimenté des modèles de gestion locale des affaires de la cité des entités tutélaires.

Il paraît pertinent de ne pas minorer l’influence de l’Indirect Rule sur les représentations et les perceptions sociales des populations vivant dans ces régions. En effet, de manière consciente ou inconsciente, l’administration britannique, dans tous ses champs de la vie quotidienne constitue un héritage non négligeable. Structurée autour du fédéralisme nigérian, la dimension nostalgique de l’administration indirecte, vectrice d’une certaine forme d’autonomie, à travers ses spécificités dans les rapports entre les populations et l’administration, transmise et véhiculée de générations en générations, a progressivement été érigée en véritable capital social [31]. En effet, l’administration britannique comme française a organisé tous les champs (économique, politique, culturel, éducatif, etc.) de la vie sociale des populations du Cameroun Occidental et Oriental, de manière à marquer durablement les « mentalités collectives ». Ce capital, en tant que « ciment qui lie les communautés, les organisations, les entreprises et les différents groupes sociaux et éthiques » se traduit ici à travers ce legs des structures sociales héritées de l’administration indirecte britannique.

Inscrite à l’ordre du jour du Grand Dialogue National dans le cadre de la Commission n°8 dédiée à la décentralisation et au développement local, la gouvernance publique décentralisée a été posée comme offre politique visant à prendre en compte les aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ainsi que les spécificités desdites régions. Et partant, annihiler les velléités sécessionnistes consécutives aux revendications corporatistes qui ont eu lieu. L’octroi d’un statut spécial aux Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest constitue en cela une véritable politique publique et en tant que réponse à une demande des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, un élément majeur du Grand Dialogue National. Cette offre politique trouve son fondement dans la Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972, modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14 avril 2008, laquelle fixe le Cadre Général de la Décentralisation [32] au Cameroun. En réaffirmant le caractère’« État unitaire décentralisé » [33] de la République du Cameroun, la dite loi consacre les régions et les communes comme collectivités territoriales décentralisées [34]. S’agissant du caractère spécial attribué à certaines régions, c’est l’article 62(1) qui en fait mention. En effet, selon ledit article « Le régime général ci-dessus s'applique à toutes les régions. (2)Sans préjudice des dispositions prévues au présent titre, la loi peut tenir compte des spécificités de certaines régions dans leur organisation et leur fonctionnement. ».

Le contenu du Statut Spécial

La loi portant création d’un statut spécial [35] du Nord-Ouest et du Sud-Ouest déposé le 13 décembre 2019 par le Gouvernement camerounais à l’attention des parlementaires, offre une spécificité juridique à ces deux régions et partant, la possibilité de participer à l’élaboration des politiques publiques nationales relatives à l’administration de la justice conformément au sous-système de la« Common Law », au sous-système éducatif anglophone et à la création des missions régionales de la chefferie traditionnelle. Une spécificité devrait être accordée à l’Assemblée régionale et au Conseil exécutif régional dans les deux régions. L’Assemblée régionale est composée de 90 membres comme dans toutes les régions et constituée de deux chambres la «  House of Divisional Representatives  » et la «  House of Chiefs  ». L’objectif est de pouvoir réunir les deux chambres et de permettre à leurs membres de discuter ensemble ou séparément sur les questions soumises à leur attention.

La Loi prévoit aussi la désignation d’un médiateur indépendant « Public Independant Conciliator » désigné par décret présidentiel sur proposition concertée de l’Assemblée régionale et du représentant de l’État de la région concernée. Lequel jouera le rôle de courroie de transmission entre les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et les autorités administratives [36]. Dans l’exercice indépendant de ses fonctions, ce dernier devra s’acquitter de ses responsabilités, notamment celles de soumettre aux autorités administratives compétentes, les doléances des populations et de s’assurer des mesures prises lors du Grand Dialogue National en matière de l’usage de la langue anglaise, la mise en œuvre du sous-système éducatif anglophone, la pratique et le respect du Common Law.

Le Cameroun est une pupille des institutions internationales (Société Des Nations (SDN) : 1919-1945 ; Organisation des Nations Unies (ONU) : 1945-1960). Cet héritage historique a fortement marqué les structures sociales, les manières de pensée, les représentations et les perceptions des populations en général alors marquées à la fois par l’administration directe française, et l’indirect rule d’inspiration britannique. Cette seconde modalité d’administration a particulièrement été mise en œuvre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.

Tout en veillant au respect des spécificités culturelles de ces régions, l’objectif de ce statut est de rationaliser le principe de l’intercommunalité et renforcer la démocratie locale, tout en adaptant l’organisation territoriale aux défis et contraintes de la globalisation-mondialisation des villes et aux multiples transformations sociales. Les rapports entre les autorités décentralisées et les autorités administratives doivent être clarifiés. En replaçant les populations au cœur de la démocratie locale, leur rôle dans le contrôle des ressources des régions ou des communes, permettrait de redynamiser la gouvernance locale. Ce qui nécessiterait au préalable une réelle professionnalisation des personnels exerçant au sein des collectivités territoriales décentralisées. La création le 02 mars 2020 de l’Ecole Nationale d’Administration Locale, à Buea, dédiée à la formation du personnel des collectivités territoriales décentralisées ou au renforcement de leurs capacités participe à cet effort d’une gouvernance publique responsable, adossée aux exigences de performances et de gestion axée sur les résultats pour mieux adresser les besoins des populations au niveau de la commune comme de la région.

Un nécessaire mis en cohérence des intérêts nationaux avec les besoins régionaux et communaux serait de ce fait essentielle. Les organes des collectivités territoriales décentralisées devraient refléter les composantes sociologiques et réalités anthropologiques de la région et de la commune. Un rôle plus accru des Native Authorities auprès des organes régionaux et communaux, avec des missions de consultation directe assimilables à leur rôle d’antan, dans le cadre de l’administration indirecte britannique, permettrait de les ériger en de véritables défenseurs de la population et relais de leurs aspirations de la base à la région.

B) Plan présidentiel pour la reconstruction
et le développement des régions
du Nord-Ouest et du Sud-Ouest


Au-delà du statut spécial, le Chef de l’État, dans l’optique de poursuivre la mise en œuvre des principales recommandations du Grand Dialogue National, a lancé un plan de reconstruction dont le budget s’élève à 8,9 milliards de FCFA. Ce Plan Présidentiel de Reconstruction piloté par le Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), Alamine Ousmane Mey avec l’appui technique du Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au Cameroun, Jean Luc Stalon [37] dont le budget représente 10% des dépenses globales, servira à la restauration de la cohésion sociale, la reconstruction et la réhabilitation des infrastructures de base et la redynamisation de l’économie locale. Selon le Coordonnateur National dudit Plan, Paul Tasong [38], les premiers axes du Plan portent sur : la « sensibilisation intense des bénéficiaires du plan, la réhabilitation des écoles, des centres de santé, des routes, la reconstruction des ponts, la réhabilitation des points d’eau et le rétablissement des lignes d’électricité qui ont été détruites » ce plan envisage également la promotion de l’agriculture intensive par la distribution des intrants agricoles mais aussi à la reconstruction de certains marchés » [39]. Le cap financier pour ce premier axe est fixé à hauteur de 36 milliards de FCFA.

Que ce soit sur le plan de reconstruction ou encore du Statut spécial accordé aux régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, plusieurs acteurs s’accordent à dire que ces réponses ne suffiront pas à combler les attentes de la partie anglophone ; certaines questions à l’instar de la thématique du fédéralisme ont été balayées du revers de la main dès le départ [40]. Les dynamiques de construction de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest comme problème public rendent compte de l’ordre des discours, des modalités d’actions des différents acteurs publics et groupes armés séparatistes de faire prospérer leur vision respective du Cameroun dont les incompatibilités d’intérêts demeurent de véritables catalyseurs de récurrence à la crise et donc à la violence armée.

III. Incompatibilité des intérêts et compétition
entre les acteurs : dialogue et vivre ensemble
versus partition et création d’un État d’Ambazonie


La sortie d’une crise est une tâche particulièrement laborieuse. S’il est plus facile de voir une violence ou une crise éclatée, il reste difficile de mettre fin à l’escalade de la violence, voire de trouver un consensus durable entre les parties en conflit. Pour Philippe Braud, les crises naissent de la « dilution ou la disparition des repères d’ordre moral ou juridique, des procédures juridiques qui réglaient minutieusement les échanges, pour mieux en consacrer la stabilité, ne sont plus observées ; chacun méconnaît les répartitions de compétences entre les diverses institutions. On ne respecte plus aujourd’hui ce que l’on révérait hier, l’iconoclasme s’en prend à ce qui était considéré jusqu’ici comme sacré » [41].

Ces crises peuvent être appréhendées sous l’angle de la question de compatibilité ou de l'incompatibilité des intérêts qui peut prendre la forme d’une crise d’identité [42], crise de légitimité [43], crise de participation [44], crise de distribution [45] et d’une crise de pénétration [46]. L’incompatibilité d’intérêts peut être imputable à la nature humaine qui s’impose à nous comme un besoin qui selon Galtung « ne se choisit pas mais, s’impose à nous [47]. Cette question de compatibilité ou de l'incompatibilité conditionne la possibilité ou l’impossibilité du dialogue. La qualité d’un dialogue réside dans la volonté des parties concernées à se réunir au sein d’un cadre pour comprendre les besoins et attentes de tous et de développer les nouvelles solutions qui aident à les satisfaire. Ce que Juanita Brown décrit en termes de « conversations qui comptent » [48]. C’est ainsi que face aux velléités sécessionnistes (B), le gouvernement va poser le référentiel global du « Cameroun un et indivisible » [49] et du vivre ensemble, comme cadre structurant de son action (A).

A) Le référentiel global du « Cameroun un et indivisible »
et du Vivre-Ensemble : trajectoires d’un cadre normatif
et cognitif de l’action publique


« L'avenir de nos compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se trouve au sein de notre République » [50]. En effet, pour le Chef de l’État Paul Biya comme pour son Gouvernement, le paradigme structurant d’un Cameroun un et indivisible est au cœur de l’action publique tant dans leur représentation de la situation que dans les solutions à y apporter. En effet, tout processus d’élaboration d’une politique publique nécessite de construire une représentation, une image de la réalité sur laquelle on veut intervenir. C’est en référence à cette image cognitive que les acteurs organisent leur perception du problème, confrontent leurs solutions et définissent leurs propositions d’action : cette vision du monde est le référentiel d’une politique [51]. Ce cadre global a structuré l’ensemble des actions menées par l’État, depuis la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, tout comme les dynamiques inhérentes au Grand Dialogue National, principal catalyseur de l’action de l’État dans ce contexte.

La proclamation de l’« État d’Ambazonie » [52] le 1eroctobre 2017, a engagé le Gouvernement dans une sorte de compétition symbolique pour faire « survivre » au sein de l’espace public et convaincre certains irrédentistes à la vision du Cameroun « Un et indivisible ». Elle est impulsée par une « advocacy coalition », c’est-à-dire, un ensemble d’acteurs d’une politique publique en tant qu’ils partagent un certain nombre de croyances constituant une vision du monde organisée en trois niveaux : un noyau central « deep core » formé de croyances générales non liées à une politique spécifique (les vertus de l’Unité, de la Paix), des croyances liées à une politique spécifique « policy core » et des aspects secondaires correspondant à des questions plus techniques [53] telles que l’accélération du processus de décentralisation et le développement local, en prenant en compte des spécificités socio- culturelles et linguistiques des région en crise. Cette « advocacy coalition » pourrait s’assimiler au « bloc hégémonique », tel que conceptualisé par Gramsci et repris par Jean François Bayart, structurée autour des contraintes inhérentes à la continuité politique, la préservation de l’intégrité territoriale et de la garantie de la sécurité de tous et de chacun.

La tenue du GDN et son inscription dans l’agenda politique national au plus haut niveau, traduisant par-là même la prééminence présidentielle, a permis de se rendre compte que la situation appelait désormais à un débat public, républicain. Les efforts d’y associer TOUS les Camerounais, par le biais des consultations préalables au grand dialogue des acteurs de différents bords politiques, des avocats, des enseignants, des acteurs de la société civile, des autorités religieuses, des responsables de syndicats et étudiants, des camerounais, les représentations diplomatiques au Cameroun, n’a pas suscité l’adhésion des principales figures de la contestation armée. En effet, malgré une problématisation des principales revendications dans le cadre de ce grand dialogue républicain, la situation permet de rendre compte de deux principales tendances.

D’un côté, il existe une réelle difficulté à convaincre les leaders des groupes séparatistes sur la table d’un dialogue inclusif voulu par tous. Cela traduit ainsi, le caractère inopérant des mesures de confiance mises en œuvre à ce jour, lesquelles ne semblent pas trouver une réelle adhésion. La confiance est une « croyance ferme en la compétence d’une entité à agir de manière fiable au travers d’un contexte spécifique » [54]. Elle répond aux conditions de sincérité des actes posés et la diffusion d’informations pertinentes [55]. D’un autre côté, la situation témoigne de la complexité de l’environnement sécuritaire, dans une guerre contre un ennemi de l’intérieur, laquelle serait davantage complexifiée par les connaissances sur « l’ennemi » en face, dans la compréhension heuristique des dynamiques qui structurent leurs motivations réelles, leur structure organisationnelle des rapports de force et de pouvoirs tant à l’intérieur de ces groupes qu’à l’extérieur.

Dans ce contexte de « re-problématisation » dans lequel l’exercice de la puissance publique est mise à l’épreuve du dialogue inclusif, de la construction des mesures de confiance envers les groupes séparatistes, mais surtout d’apaisement et de sécurisation des régions en crise dans la perspective d’un retour durable de la paix, condition sine qua non pour un relèvement de ces régions. Cette conjoncture constitue en outre un cadre d’analyse des rapports de force [56] qui traduiraient la complexité politique, sécuritaire et sociale du local, à travers un déséquilibre généralisé du territoire [57] ; cette analyse de la périphérie qui aurait tendance à relativiser la puissance du Centre-directeur de Yaoundé [58].

La tenue du GDN, sous fond de crises internes, s’articule en outre autour des technologies du gouvernement local par la peur et l’« inquiétude », qui ont pris en compte les aspirations des populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La mise en œuvre d’un statut spécial dans ces deux régions, lequel devra prendre en compte les spécificités culturelles, linguistiques, héritées du contexte de l’international trusteeship et notamment de l’administration britannique de ces deux régions.

B) Velléités sécessionnistes : entre violence armée,
violence symbolique et demandes politiques


Depuis le retour de la crise, les mouvements séparatistes (Red Dragons, Tigers et Ambazonia Defence Forces (ADF) et les milices, groupes d’auto-défense (...) n’ont cessé de revendiquer la « partition », « sécession » du Cameroun et partant, la « création de l’État d’Ambazonie ». Ce paradigme a structuré leurs principales revendications qui se sont traduites sur le terrain par des violences armées. Ce processus de construction idéologique se définit comme un ensemble partagé collectivement d’images, d’idéaux, d’aspirations. Elle fournit aux membres une orientation cohérente et leur renvoie une image d’eux-mêmes en tant que groupe dans lequel ils se reconnaissent, confortant ainsi l’identité de la communauté. Au discours de la sécession soutenue par les groupes armés, l’État y a opposé les référentiels du « Cameroun un et indivisible », encadrés par la norme juridique suprême : la Constitution qui, en son article 1 alinéa 2 stipule : « la République du Cameroun est un État unitaire…elle est une et indivisible ». L’article 64 de la même loi proscrit toute procédure de révision constitutionnelle qui porterait atteinte à l’unité et l’intégralité territoriale [59].

Tableau 1 :
différents groupes politiques et armés engagés
dans la situation dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest

Major factions

Sigle

Signification

Leaders

Political
affiliation

Main objective

Ambazonia

ADSC

Anglophone Self- Defence Council, the Red Dragons

Siseku Juluis Ayuk Tabe (In prison) SamuelSako

Interim Gorvenment (IG) most strategic brand

Immediate independence of Southern and northen Cameroon ;

Avenge Anglophone indiscriminate violence ;

ensure a dominating role in the political and economic future ;

Secure lasting political and economic arrangement

ADF

Ambazonia self- defense force

Ayoba Cho (Noverge)

Ambazonia Gorvening council (AGC) Ex IG

SOCADEF

Southern Cameroon defense forces

Ebenezer Akwango

African people liberation Movement APLM Ex IG

SCLC

Anglophone Self- Defence Council and others groups

Fontem Neba (Washington )

Southern Cameroon liberation council

non armed groups

MORIS

Movement for the restauration of independent

south

Bo Hebert

MORIS

Createinsecurity and instability in specific areas to ensure access to economic Resources

SCNC

Southern Cameroon National Council

Nfor Ngala Nfor (in prison)/

Elvis Komenta

SNC

Others independetists (Corporatists

CACSC

Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC dit « le

Consortium »).

Agbo Balla, Sesseme,Wilfr ed Tassanf…

CACSC

Federalism


Face à cette posture gouvernementale, les groupes séparatistes ont adopté une posture radicale et déployé une série d’actions, visant à convaincre les populations du Nord-Ouest et Sud-Ouest, afin que celles-ci adhèrent à leur idée d’une partition des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest [60] avec le Cameroun uni. La propension au radicalisme, soulignent Veldhuis et Staun [61], trouve ses repères dans le déni des droits et libertés fondamentaux ou l'oppression politique. Ce déni de droits et de libertés, constitue des catalyseurs de la radicalisation politique qui peut prendre la forme d'activités terroristes. Le déni, cumulé au problème de sous-développement accentué par le népotisme, l’exclusion ethnique, la corruption et la marginalisation, sont récurrents dans la sphère sociopolitique Camerounaise [62]. La marginalisation économique, politique et sociale qui résulte de la mauvaise gouvernance a été utilisée par les séparatistes comme justificatifs pour utiliser les armes comme moyens d’exprimer leurs ‘’griefs’’. Pour y parvenir, les mouvements séparatistes y ont mobilisé et présenté auprès des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des éléments symboliques, les structures sociales, les intérêts communs, construits et nourris d’un triple sentiment de trahison, de marginalisation et de domination dont le socle est le mythe de la minorité.

L’argument de la minorité marginalisée avait déjà été exprimé par le passé dans la déclaration de Buea de 1990 en ces termes :

« Notre problème… vient du fait que les dirigeants francophones ont trahi notre confiance et qu’il n’y a pas de transparence dans les affaires publiques. Au cours de ces trente-deux années notre Accord d‘union a été violé. On nous a privé de droits électoraux, marginalisés, traités avec suspicion ; on n’a tenu aucun compte de nos intérêts ; on a cantonné à des fonctions non essentielles notre participation à la vie de la nation…nous sommes passés du statut de partenaires égaux à celui de peuple sous le joug » [63].

Ce triptyque d’une minorité marginalisée, trahie, et dominée qui s’est réalisé autour des mobilisations symboliques, discours, actes de propagande, grâce à une forte médiatisation (existence des médias : radios, télévision, application playstore- mobile), une publicisation voire internationalisation (tenue des All Ambazonia Conference à Washington) et d’une politisation. Les velléités de création d’une entité ambazonienne aux référents étatiques se sont en outre traduites par la mise en œuvre de symboles importants (drapeau, emblème « defense funding statehood, diplomacy », la« proclamation de l’État d’Ambazonie » [64] et des appels au financement et captures (par le biais de l’Ambacoin crow sales community) en vue d’une organisation d’actions jugées « justes » « libératrices » [65]. Par ailleurs, des activités de lobbying ont été menées par des acteurs emblématiques de la diaspora.

Schéma : les « outils symboliques »
mobilisés par les mouvements séparatistes.



Ces mobilisations symboliques ont favorisé l’adhésion consciente ou inconsciente d’une couche importante de la population. Epousant les contours de la trajectoire historique de la construction de l’ordre politique et étatique au Cameroun, les groupes armés ont reproduit certaines modes autoritaires de gouvernance « par la peur » à travers des actes d’une violence inouïe, des rapts, des menaces contre les populations qui braveraient les « ghost towns », ou l’interdiction d’aller à l’école ou à l’université, s’agissant des élèves et des étudiants. La psychose sociale s’est davantage accentuée par la capacité des groupes armés séparatistes à éprouver les dispositifs de défense et de sécurité de l’État à travers des attaques ciblées, mais aussi, la destruction des édifices publics, les prises d’otage contre rançon, les enlèvements du personnel humanitaire, les pillages, les extorsions, la torture. Et les meurtres atroces de certains éléments des forces de défense et de sécurité ou des responsables de l’administration publique, à travers leur charge symbolique et l’impact psychologique de défiance de l’État, étaient commis dans la perspective de dissuader toute personne qui oserait aller à l’encontre de la vision séparatiste véhiculée par les groupes armés. Plus de 3 000 civils et des centaines de membres des forces de sécurité ont été tués dans les régions anglophones et plus 1,5 million de réfugiés depuis le début de la crise en 2016 [66]. Les données produites par (ACLED) figure 1 attribuent la majorité des incidents et attaques aux mouvements séparatistes. La figure 2, illustre l’ampleur des décès associés aux séparatistes…



 Au sein de l’espace public, depuis l’entrée en scène des groupes armés, on assiste à une concurrence symbolique d’un discours gouvernemental construit autour des référentiels du « Cameroun un et indivisible » et d’un discours porté par les groupes armés insurrectionnels et séparatistes. La propension de ces groupes à gagner les cœurs et les esprits du plus grand nombre n’est pas à prendre à la légère. En effet, dans un entretien accordé à France24, un de leur membre déclarait : « ça c’est le drapeau de l’ancien territoire du Cameroun anglophone, je le respecte beaucoup, je l’ai dans tous les coins de ma maison… c’est le symbole d’un nouveau pays, l’Ambazonie, c’est lui qui nous rend si patriote, je suis de ce pays-là… Nous devons avoir notre propre armée qui devrait prendre en charge toutes nos affaires…nous avons toujours la République du Cameroun sur notre territoire, nous devons imaginer toutes les possibilités pour les chasser sur notre territoire, pour que nous puissions gérer notre économie, gérer nos administrations et s’occuper de nos propres affaires » [67].

Par ailleurs, pour véhiculer leur vision séparatiste au sein de la population, l’argumentaire des groupes armés s’est construit autour d’une accentuation des inégalités sociales, une méfiance vis-à-vis des institutions gouvernementales, lesquelles sont devenues incapables d’assurer les besoins minimaux de la population en terme de sécurité, de représentation (démocratie, respect des droits et libertés…) [68] et de bien-être( besoins alimentaires, de santé, d’éducation).Et en cas de non adhésion, certaines attaques sont désormais érigées contre les populations frayant ainsi la psychose au sein des communautés devenues des principaux otages. Le reflet de cette nouvelle lutte guerrière a conduit à la désolidarisation de nombreux supporteurs et lobbyistes qui estiment « ne plus se reconnaître dans la lutte menée par les séparatistes, qui sont devenues des prédateurs pour leurs propres familles » [69].

Le radicalisme accentué des groupes séparatistes et les critiques sur le Grand Dialogue National, se justifie pour certains, par l'utilisation de la force par l'État et les mouvements séparatistes. Human Right Watch affirme que l'usage de la violence par le gouvernement et les groupes séparatistes n'a fait que provoquer des morts en masse des deux côtés ainsi qu’une régression des droits de l'homme et des libertés universelles [70]. La récurrence des menaces et des violences menées par les séparatistes, leur absence au Grand Dialogue et le déni des solutions proposées lors de cet évènement sont une preuve que le dialogue engagé, n’a pas eu l’effet escompté.

La vision des groupes armés semble permanente et ceci malgré la tenue du GDN. Pour leurs leaders, l’octroi d’un statut spécial pour ces deux régions ne semble pas répondre aux attentes des mouvements séparatistes, à l’exigence d’une partition de facto. En effet selon Ebenezer Akwanga leaders d’un des mouvements séparatistes, ce statut spécial ne servirait à rien : « nous ne faisons pas partie du Cameroun, l’Ambazonie marche vers la liberté et rien ne pourra nous arrêter » [71]. De même certaines analystes estiment que la question du fédéralisme a été totalement ignorée lors du dialogue. Ils y voient une volonté du gouvernement à demeurer silencieux à ce sujet qui reste le nœud de la crise car, à l’instar d’Edith Kah Wallah, leader du Cameroon People’s Party, « le contenu du dialogue n’a pas été négocié, il a été imposé par le régime » [72]. Il appert que la compétition et la violence symboliques pour gagner les cœurs et les esprits du plus grand nombre demeure d’actualité et que l’obsession des pouvoirs publics pour s’assurer que la vision du « Cameroun Un et Indivisible », socle d’un vivre ensemble, structure toujours les représentations et les perceptions collectives. Aussi, l’option séparatiste ancrée sur certaines frustrations, inégalités sociales, etc. n’est pas une alternative pertinente.

CONCLUSION

En définitive, il appert que dialogue de septembre-octobre 2019, en raison de son format, du timing imparti et aussi de l’absence avérée de certains protagonistes (séparatistes) n’a pas eu l’effet escompté. Pour qu’un processus de dialogue soit efficace, il importe que les soutiens externes ou non soient en mesure de répondre concrètement et durablement aux soucis posés par les populations. Aussi, les arguments de la marginalisation ne sauraient être minorés. La prévention des conflits violents exige que les sociétés soient capables de s'attaquer aux causes profondes des conflits à l’instar de la pauvreté, l'inégalité et les schémas de discrimination ou d'exclusion sociale. Loin de justifier les violences perpétrées par les mouvements séparatistes, il serait important pour le gouvernement, d’envisager des formes de ripostes autres que les modes d’action violente ou armée dont les tenants et les aboutissants tendent à remettre en question leur volonté à véritablement en finir avec la crise. Le Gouvernement devrait renoncer au déni de marginalisation économique, politique et sociale et envisager un véritable dialogue inclusif.

Le mot dialogue vient du dérivé grec dialogos qui signifie par (dia) le mot (logos) ; littéralement, il peut donc décrire toute communication qui utilise des mots pour transmettre un sens. Toutefois, tel qu'il est utilisé dans la sphère publique dans le contexte de l'après-guerre froide, le terme en est venu à désigner un type spécifique de processus participatif - particulièrement bien adapté pour répondre aux besoins sociétaux [73]. Pour les praticiens, un véritable dialogue est celui qui « promeut l’amélioration et la compréhension et les relations entre les personnes en conflit ou qui ont une approche différente pour aborder un problème » le but du dialogue n’est pas de trouver des solutions immédiates, mais de créer des résultats positifs par le biais de la conversation et de l’écoute de l’autre. Ici, il faut être capable de reconnaître le fait que les parties en conflit puissent avoir des perceptions différentes et s’engager à trouver une issue qui soit favorable pour tous. Un dialogue bien mené selon les praticiens des droits de l’homme et humanitaires, conduit à une meilleure négociation et un processus politique apaisé.

Selon le Women Informal Globalizing and Mobilizing (WIEGO), le dialogue n’est pas une réunion de masse, un événement contrôlé par un seul groupe d'intérêt, un événement à cheval sur les formalités et protocoles, un séminaire ou une conférence, un forum de communication des résultats de recherche au public, une occasion de présenter des résolutions préparées à l'avance ou un ultimatum, une réunion organisée sur l'impulsion du moment [74]. Dans le cadre du grand dialogue, les éléments soulignés plus haut sur le format et le temps imparti, la volonté de domestication, mais surtout la pression internationale sur la gestion de la crise, etc. ont largement impacté la réussite ou non de ce Dialogue, rendant difficile la capacité de TOUS les acteurs à participer mais aussi à discuter de manière objective.

Le véritable dialogue prend place lorsque les parties en conflit émettent et reconnaissent les objectifs et préoccupations communes, c’est-à-dire :

  • Reconnaître les perspectives différentes ;
  • Reconnaître les relations de pouvoir inégales ;
  • bien comprendre que chaque groupe d’intérêt peut s’attendre à céder du terrain et à gagner du terrain [75].

Bien structurée, le dialogue peut être une puissante plateforme de plaidoyer en faveur du retour à la paix. Au-delà du dialogue, le gouvernement Camerounais, devrait envisager la voie d’une véritable réconciliation avec les fils et filles de la région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cela sous-tend,

1. Un processus global et inclusif, incluant les instruments clés tels que la justice, la vérité, la réparation, etc. qui permettent la transition d’un passé divisé à un avenir commun [76]. Cette réconciliation s’inscrit dans un temps long et devrait aider à remplacer la « peur » par une « coexistence non-violente ».

2. Établir la confiance perdue qui s’exprime entre les autorités administratives et la population ;

3. Travailler à développer l’empathie qui passe par la reconnaissance des souffrances causées par les agresseurs précisément (séparatistes, forces armées) mais aussi par les populations des autres régions du pays.

4. La divulgation de la vérité comme pré-condition de la réconciliation, créant les circonstances objectives permettant aux personnes de voir le passé en termes de souffrances partagées et de responsabilité collective [77].

5. Ce processus doit se déployer dans un climat de paix conduisant à la protection des droits, à l’engagement politique de tous les acteurs.

6. La réconciliation doit être impulsée au sein et par le corps social dans son entièreté. Pour cela, elle nécessite la participation de tous les acteurs de la crise qui disposent individuellement des expériences propres, traditionnelles ou modernes, en matière de transformation et de résolution des conflits. Cette approche permet de rompre avec les effets que pourraient avoir un dialogue centralisé garantie par le pouvoir actuel. C’est aussi et pas des moindres, l’occasion pour tous les acteurs sociaux, dans une dynamique constructive, interrelationnelle, de faire corps dans la perspective d’une solution durable et concrète susceptible de renforcer et de consolider le sentiment national et la souveraineté de l’État. Plus d’un an depuis sa convocation par le Chef de l’État, le 10 septembre 2019, il nous a paru légitime d’interroger le Grand Dialogue National, en tant que processus de domestication, de dé-sinternationalisation de la crise, de communication politique et de catalyseur des valeurs partagées par le Gouvernement et des groupes aux velléités séparatistes.

Au regard de la mobilisation et des dispositifs déployés à cet effet, l’on a pu constater que le GDN, en tant que cadre d'intelligibilité de la situation dans le Nord-Ouest et au Sud-Ouest, dans la perspective de mieux la comprendre, a permis de mettre en cohérence, l’instant de quelques jours, les grilles de lecture équivoques sur la crise dans un espace public camerounais en perpétuelle recomposition. Et partant, cette arène symbolique et publique, dans cette entreprise d'objectivation de la crise sécuritaire dans le Nord-Ouest et au Sud-Ouest, a été une opportunité réelle pour y apporter des solutions en vue d'un retour durable de la paix, de la sécurité, socles de la stabilité et du développement du Cameroun.

Ce faisant, dans un continuum spatio-temporel, sous l'angle des politiques publiques, la pertinence du GDN se décline à travers les dynamiques de construction d'un problème au sein de l'espace public, de compétition, de concurrence et de complémentarité des acteurs pour faire prospérer leurs valeurs sur la forme de l'État, le modèle de gouvernance. C'est autour des valeurs républicaines du « Cameroun Un et Indivisible » et du « Vivre Ensemble », que le discours gouvernemental sera construit et les actions de l'État déployées (gouvernance publique décentralisée, Désarmement Démobilisation Réinsertion, Plan présidentiel de reconstruction, etc.), en vue de résoudre durablement la crise. S'agissant des groupes armés, l'argument sécessionniste associé à une violence inouïe sur le terrain, a permis soit par la peur ou par conviction de convaincre quelques-uns.

Qui plus est, le processus de mise en agenda de la question du Nord-Ouest et du Sud-Ouest illustre l'engagement diversifiée et multiforme de certains citoyens dans la gestion des affaires publiques. Cet engagement réciproque des acteurs autour de l'enjeu étatique se traduit à travers une violence symbolique tant de la part des pouvoirs publics que des groupes armés séparatistes dont les stratégies et les modalités d'action, à forte charge psychologique, sont de nature à gagner les cœurs et les esprits.

L’enjeu politique, économique et social voire psychologique de la crise anglophone demeure d’actualité. En référence à la trajectoire historique spécifique des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, l’impératif catégorique réside dans la préservation de la paix et de la sécurité à travers notamment une plus grande considération de leur héritage socio-culturel à travers une gouvernance publique décentralisée efficace, d’une part. Et d’autre part, la réaffirmation du caractère « bilingue » et « biculturel » du pays, socle de cohésion sociale, nationale et du vivre ensemble au Cameroun.

Les divergences ayant opposées les séparatistes au Gouvernement de la République du Cameroun, ne sauraient reposer sur « un territoire établit par les puissances étrangères en absence des deux parties » ou encore sur« un territoire qui était divisé en deux zones de tailles inégales, toujours en vertu de traités entre puissances étrangères dont nous n'étions pas parties » [78]. La conjoncture sécuritaire menée par les entrepreneurs de la violence et de l’insécurité (séparatistes) dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, depuis 2016, a conduit à une « crise de l’État », notamment dans ses capacités à assurer la sécurité des biens et des personnes. Elle a en outre conduit à la dépréciation de sa souveraineté dans ses régions, une relativisation de ses capacités stratégiques et opérationnelles. Les références à la souveraineté du Cameroun « un et indivisible » qui détient à lui seul « le monopole de la violence légitime » sur l’ensemble de son territoire traduit le besoin de l’État de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire et de sécuriser les zones sous contrôle des mouvements séparatistes. La sécurisation, sous l’angle réaliste, peut être appréhendée comme un « concept d’intérêt définit en terme de puissance » [79]. Dans cette perspective, la sécurité étatique participe d’une production doctrinale et comporte simultanément un « élément normatif’ » et un « élément théorique » en termes de « réalisme politique » [80] selon une vision naturaliste et réaliste des auteurs tels que Thomas Hobbes, Machiavel, Hans Morgenthau.

Ces auteurs rappellent in fine que l’État, seul dans sa vision organisationnelle de l'espace, centre de monopole exclusif des compétences humaines et matérielles, détient le monopole des prestations sécuritaires légitimes [81] capables d’assurer ou de restaurer la paix. Cela voudrait dire que la sécurité ressort du domaine de la souveraineté, de l’autorité suprême de l'État que le succès du procès de la légitimation et de la centralisation étatiques de l'exercice de la violence organisée [82].

D’où, l’exigence d’un devoir historique et de mémoire. Tant que le Cameroun et les Camerounais n’assumeront pas leur histoire commune, la crise perdurera au Nord-Ouest et au Sud-Ouest ou ailleurs. Le chemin de la réconciliation et du retour à la paix passe par le développement d’un esprit de compromis et à la nécessité de mettre sur pied une approche pragmatique qui privilégie l'adoption de solutions concrètes et réalistes devant aboutir à un développement communautaire inclusif. En cela, la paix et la sécurité se posent comme un bien public commun et national. En effet, pas de développement sans sécurité et pas de sécurité sans développement.

Enfin, cette étude se doit d’être un prétexte pour savoir comment comparer les coûts et les avantages de la prévention réactive à ceux de la prévention proactive des conflits, préalable pour la mise en place d’un Système d’Evaluation de l’Impact des Conflits en Afrique (Conflict Impact Assessment System – CIAS) et son versant complémentaire, le Conflict Assessment Tool (CAST). Ce système vise trois objectifs :

Permettre aux décideurs de prévoir les effets tant positifs que négatifs de leur option ou projets sur la dynamique des conflits, contribuer à l’élaboration d’un programme plus cohérent de construction de la paix, rendre les politiques en matière de gestion durable des conflits plus « rentables ».

BIBLIOGRAPHIE

Lois

  • Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972, modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14 avril 2008.
  • Loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004 portant orientation de la décentralisation ;
  • la Loi n°2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes ;
  • la Loi n°2004/019 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions ;
  • la Loi n° 2006/005 du 14 juillet 2006 fixant les conditions d´élection des sénateurs ;
  • la Loi n°2006/004 du 14 juillet 2006 fixant le mode d´élection des conseillers régionaux ;
  • la Loi N°2009/11 Du 10 Juillet 2009 portant Régime financier des collectivités décentralisées ;
  • la Loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale ; le Décret n°2010/1735/PM du 01 juin 2010 fixant la nomenclature budgétaire des collectivités territoriales décentralisées.

Discours

Déclaration prononcée par le Congrès anglophone réuni 1 Buea les 2 et 3 avril1993.

République du Cameroun, Présidence de la République, Message du Chef de l'État à la Nation, 10 sept 2019.

Ouvrages

ABE C., « Espace public et recompositions de la pratique politique au Cameroun », Polis/R.C.S.P. /C.P.S.R.Vol. 13, Numéros 1 - 2,2006.

Bettye Pruitt and Philip Thomas, Democratic Dialogue – A Handbook for Practitioners.

Bourdieu Pierre. Le capital social. In : Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 31, janvier 1980.

Braud, Philippe, Sociologie politique, 11e édition, Paris, LGDJ, 2014.

Burno Tertrais, La revanche de l’histoire, Odile Jacobs, 2017.

Fernand Braudel, Les ambitions de l'histoire, Éditions de Fallois/ Livre de poche, 1997.

Foucault Michel, 2013, La société punitive : cours au Collège de France, 1972-1973, Paris, France, EHESS/Gallimard/Seuil.

G. Chaliand, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Robert Laffont, 1990, PP.XVIII-XIV.

Garraud P. « Politiques nationales : l’élaboration de l’agenda », L’Année sociologique, 1990.

IDEA International Institute for Democracy and International Assistance, Stockholm, Suède, 2004.

Jean-François Bayart : L’État au Cameroun, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences Politiques, 1979.

Muller P., Les politiques publiques, Que Sais-je, Deuxième éditions, PUF, 2004.

Sindjoun Luc, L’État ailleurs. Entre noyau dur et case vide, Paris, Economica, 2002.

Sintiche Nahomie Pagnou Tchinda, Les Racines historiques de la crise anglophone, Edilivres, 27/02/2020.

Touoyem, Pascal, Genre et gestion durable des conflits en Afrique. Esquisse de construction d’un paradigme endogène de la paix. EUE, Tilburg, 2019. 347 pages.

Touoyem, Pascal, Dynamiques de l’ethnicité en Afrique. Eléments pour une théorie de l’État multi-national, CEA Leiden, 2014, 359 pages.

Touoyem, Pascal, Afriques rebelles. Notes critiques sur l’ingénierie de paix et sécurité de l’Union africaine, Editions Quest, Leiden, 399 pages.

Touoyem, Pascal, Conjoncture sécuritaire en zone frontalière Tchad, Cameroun,

République centrafricaine. Eléments d’analyse anthropo-politiste du phénomène des coupeurs de route, Edition SIPRI, Stockholm, 2011.

Articles

E. Lorini, R. Demolombe, “From binary trust to graded trust in information sources : A logical perspective,” LNAI 5396, 2008.

Fred Eboko et Patrick Awondo, L’État stationnaire, entre chaos et renaissance, Politique africaine 2018/2 (n°150).

HansJ .Morgentahau, Politics among Nations : The Struggle for Power and Peace,Vol.64,No. 2 (Jun.,1949).

Hilgartner S. & Bosk C., 1988, « The Rise and Fall of Social Problems : A Public Arena Model », American Journal of Sociology, vol. 94, n° 1.

Kingdon J., Agendas, Alternatives and Public Policies, Boston, Little Brown and Company, 1984.

Knoepfel, P., Larrue, C., et F, Varone. Mise à l'agenda politique. Analyse et pilotage des politiques publiques. Genève : Helbing & Lichtenhahn, 2001.

Les usages du temps dans les Écrits sur l’histoire de Fernand Braudel, Revue d’Histoire du XIXème siècle.

T. Grandisson, M. Sloman, “A survey of trust in internet applications. Communications Surveys & Tutorials,” IEEE, vol. 3, no 4, 2000.

Veldhuis, T. &Staun, J., Islamist Radicalisation : A Root Cause Model, The Hague, Netherlands Institute of International Relations Clingendael. 2004.

Women informal globalizing and mobilizing (WIEGO) Conduire un dialogue politique porteur de résultats, juillet 2013.

Wullson MVOMO ELA, « Contribution des Forces de Défense et de Sécurité dans la résolution des crises internes au Cameroun », Honneur et fidélité, Décembre 2019.

Yvan ISSEKIN, Localiser le refus de la sécession à Yaoundé : jeux et enjeux du meeting parlementaire de soutien pour la paix et l’indivisibilité du Cameroun du 1er octobre 2017, L’Espace politique, Numéro 35,2017.

Yves-Alexandre CHOUALA, Conjoncture sécuritaire, champ étatique et ordre politique au Cameroun : éléments d’analyse anthropo-politiste d’une crise de l’encadrement sécuritaire et d’un encadrement sécuritaire de crise, Polis/R.C.S.P./C.P.S.R. Vol. 8, Numéro Spécial, 2001.

RAPPORTS

ClusterWorld Health Organization, North-West and South-West, Health Cluster Update, 19 May - 03 June 2020 - Bulletin # 06. URL.

Cynthia Petrigh Le conflit anglophone au Cameroun Un dialogue sans partenaires , IFRI, Octobre 2019. URL.

Grand Dialogue National Vivre ensemble dans la PAIX Palais des Congrès de Yaoundé, 30 septembre au 04 octobre 2019.

Rapport Human Rights Watch, Cameroun évènements de 2019. URL.

UNHCR West and Central Africa, January 2020.

Webographie

Unité nationale au Cameroun : la malédiction tribale. URL.

Crise au Cameroun anglophone: le point à l'ONU sur les dernières avancées. URL.

Cameroun. Crise anglophone: la Russi prône la non ingérence. URL.

Gérard Noiriel, « Comment on récrit l’histoire. Les usages du temps dans les Écrits sur l’histoire de Fernand Braudel », In Revue d'histoire du XIXe siècle, 25 | 2002, 57-81. [En ligne] Consulté le 17 février 2021.

Sylvain Andzongo, “Le contenu du statut spécial accordé aux régions anglophones du Cameroun soumis à la validation du Parlement.” In Investir au Cameroun. Yaoundé, le 13 décembre 2019. [En ligne] Consulté le 17 février 2021.

Yvan Issekin, « Localiser le refus de la sécession à Yaoundé : jeux et enjeux du meeting parlementaire de soutien pour la paix et l’indivisibilité du Cameroun du 1er octobre 2017. », L’Espace Politique, 35 | 2018-2. [En ligne] Consulté le 17 février 2021.

Message du Chef de l'Etat à la Nation - 10 sept. 2019. [En ligne] Consulté le 17 février 2021.

Indépendance de l’Ambazonie: l'intégral discours de Ayuk Tabe en 2017. CamerounWeb, 30 septembre 2018. [En ligne] Consulté le 17 février 2021.

AmbaCoin Crowdsales Community. [En ligne] Consulté le 17 février 2021.



Les Auteurs

Sintiche Nahomie Pagnou Tchinda est une consultante indépendante, spécialiste des questions de paix et sécurité pour la région des grands lacs en général et de la République Centrafricaine en particulier. Elle est par ailleurs auteure de nombreux articles dans le domaine de la sécurité et de la gestion des conflits et de deux essais, dont ”Gouvernance des ressources naturelles et la résurgence des conflits armés interne en Afrique Centrale : cas du Diamant dans les crises Centrafricaine (1996-2016)”. En 2020 elle est consultante internationale en Sensibilité aux conflits dans le cadre du « Projet Maï-Ngo Ti A Masseka » en vue de l’insertion socio-économique des jeunes et la formation professionnelle en République Centrafricaine, projet financé par l’ADF et mise en œuvre par une équipe de consortium (OIM, MERCY CORPS, TGH). Titulaire d’un Master en Sciences sociales et relations internationales, option paix et développement obtenu en 2017 à l’Université Protestante d’Afrique Centrale de Yaoundé, Cameroun, elle est consultante en Investigation in conflict financing and corruption for the Central African Republic pour l’organisation non gouvernementale The Sentry en 2019. En 2018, elle rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auprès des Nations-Unies à New York en tant que Assistante chargée des affaires politiques et sociales. Au portefeuille à elle confiée, les questions relatives à la paix et à la sécurité : maintien de la paix, consolidation de la paix, gouvernance démocratique dans les pays francophones.

Titulaire d’un Master en Etudes Internationales, Marcel ABANDA est consultant, analyste-rédacteur dans le domaine de la paix et de la sécurité internationales. En qualité d’assistant de projet (Consultant) dans le domaine de la recherche pour la paix, la sécurité et les opérations de soutien à la paix, il participe à la réalisation des activités scientifiques et projets du Centre de Recherche et de Documentation de l’Ecole Internationale des Forces de Sécurité (EIFORCES). Il a été par le passé attaché de projet chargé du Réseau d’expertise et de formation francophone pour les opérations de paix (REFFOP), dans le cadre du Programme « Maintien et Consolidation de la Paix » de l’Organisation Internationale de la Francophonie, à Paris. Par ailleurs, il a été entre outre sollicité par diverses autres institutions de recherche dans le domaine de la paix et de la sécurité (Institute of Security Studies via le Bureau de Yaoundé du Projet ENACT) pour conduire une recherche de terrain à l’Est du Cameroun, ainsi que par l’African Security Sector Network (ASSN), dans le cadre du lancement de son Think Tank African Societal Analysis (ASA) dédié à l’analyse des dynamiques sociétales et sécuritaires en lien avec le développement des pays africains.

Pascal TOUOYEM, titulaire d’un Doctorat/PhD de l’Universiteit van Tilburg, Pays-Bas, est philosophe/anthropologue Camerounais. Directeur de Recherche de 1ere Classe (DR1), le Professeur Pascal Touoyem siège à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples comme Membre-Expert pour l’Afrique Centrale, par la Résolution 458 (LXVI) 2020 de la Conférence des Chefs d’États et de gouvernement de l’Union Africaine (UA). Spécialiste de la pensée politique africaine, il travaille à développer les approches philosophiques et géopolitiques des relations internationales africaines, des peace & development studies, des cultural &areas studies, des human rights & intercultural epistemology, des memories studies et des NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, Intelligence artificielle et neurobiologie Cognitive), bref des processus culturels, sociopolitiques, géostratégiques et cognitifs à travers divers travaux éditoriaux, communications et publications scientifiques, encadrement des travaux dans les universités africaines et caribéennes. Chercheur Associé au SIPRI, Stockholm International Peace Research Institute, Sweden et Chairperson, Steering Committe, Africa Security Sector Network Initiative for CSO WACSI – Accra Ghana, il est Conférencier à l’Ecole Supérieure Internationale de Guerre (ESIG) de Yaoundé. Médiateur des conflits et Fonctionnaire International au CERDOTOLA (Institution intergouvernementale de coopération scientifique, culturelle et diplomatique pour la préservation des identités patrimoniales africaines), le diplômé tilbourgeois est Expert Scientifique pour le Bureau Caraïbe de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), Port-au-Prince, Haïti. Il est auteur de quatre Essais majeurs et d’une trentaine d’articles scientifiques et de chapitres d’ouvrages.



[1] Pour une compréhension on ne peut plus accrue de la politique contemporaine de la dialectique paix/démocratie et paix/développement dans le renouvellement épistémologique des relations internationales post bipolaires, se référer à la leçon inaugurale de l’expert en droit international et en droit international pénal et des droits de l’Homme, le Professeur Jean Didier Boukongou pour qui la « sanctuarisation universelle de la paix est démentie quotidiennement par le chaos ordinaire et routinier des conflits qui fait douter de la capacité du droit international à produire une dynamique durable de paix si le lien dialectique avec le développement et la démocratie n’est pas trouvé et maintenu en permanence » in De la paix au XXIème siècle, Yaoundé, Presses de l’UCAC, 2007, Page 13.

[2] Yves Alexandre CHOUALA, Polis / R.C.S.P. / C.P.S.R. Vol. 8, Numéro Spécial, 2001, P.2.

[3] Au Nord-Ouest où sévît le conflit on enregistre près de 179 cas infectés, avec 31 morts et518 personnes ayant subies le test. Le Sud-Ouest, enregistre quant à lui, près de 16 morts et 292 cas confirmés et 715 ayant subies un test. Voir Health Cluster World Health Organization, North-West and South-West, Health Cluster Update, 19 May-03 June 2020- Bulletin # 06 (10 June, 2020), 11/06/2020,

sur https ://reliefweb.int/report/cameroon/cameroon-north-west-and-south-west-health-cluster-update-19-may-03-june-2020-0

[4] G. CHALIAND, Anthologie mondiale de la stratégie : des origines au nucléaire, Robert LAFFONT, 1990, PP. XVIII- XIV.

[5] Ibid.

[6] Dans ces régions, diverses mesures ont été prises au plan socio-économique. Sans être exhaustif, il s’agit : du plan de réponse humanitaire (HRP) 2017-2021, et les nombreux projets sectoriels conduits par les différents ministères ; - du plan d’assistance humanitaire d’urgence pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest crée en juin 2018 et estimé à 12,7 milliards FCFA, censé palier à la dégradation de la situation humanitaire (160 000 personnes déplacées internes (PDI) dans les deux régions ; Par ailleurs, les actions suivantes ont été menées : - la traduction effective en langue anglaise des textes OHADA ; la création d’une Section de la Common Law à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature pour former les Auditeurs de justice et des Greffiers d’expression anglaise ; la création d’une Section de la Common Law à la Cour Suprême, afin de connaitre des pourvois formés contre les décisions des juridictions inférieures, dans les affaires relevant de la Common Law ; la création d’un Ministère dédié à la Décentralisation et au Développement local. ; le recrutement spécial d’Enseignants bilingues dans l’Enseignement secondaire ; la création d’une Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme ; l’arrêt des poursuites ordonnées contre certaines personnes interpellées dans le cadre de la crise dans les deux régions.

[7] Wullson MVOMO ELA, Contribution des Forces de Défense et de Sécurité dans la résolution des crises internes au Cameroun, Honneur et fidélité, Décembre 2019.

[8] Lire Rapport du rapporteur général du Grand Dialogue National, Yaoundé Palais des congrès, 4/10/ 2019.

[9] Message du Chef de l’État à la Nation, le 10 septembre 2019.

[10] Ibid.

[11] La médiation suisse proposée par le gouvernement suisse a été jusqu’ici approuvée par les mouvements séparatistes comme un intermédiaire neutre dans la gestion de la crise. Les médiateurs suisses, travaillent à préparer les séparatistes aux techniques de négociation et de rédaction des doléances. Cette médiation n’a pas connu l’adhésion des autorités Camerounaises qui une fois de plus évitaient une forme d’endiguement et d » internationalisation du processus de réconciliation. Aussi le rapprochement poussé des suisses et les secrets autours de ces négociations ont induit, à sa dépréciation par les pouvoirs publics. Lire : Le conflit anglophone au Cameroun Un dialogue sans partenaires, Cynthia Petrigh IFRI, Octobre 2019, p.28.

[12] RFI, Crise au Cameroun anglophone : le point à l'ONU sur les dernières avancées, 13/12/2019 sur RFI.

[13] Afrique. Le.360, Cameroun. Crise-anglophone, la Russie prône la non-ingérence, 20/03/2020 : URL.

[14] Les demandes politiques ont principalement porté sur la sécession et le fédéralisme.

[15] Nous faisons référence ici à la géopolitique des ressources naturelles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

[16] Le blocage et les villes mortes imposées par les groupes armés séparatistes affectent le quotidien des populations, leur liberté de mouvement, et réduit leur accès à certains services de base tels que les soins de santé de base, l’eau et l’accès aux marchés périodiques pour s’alimenter.

[17] Actualité Cameroun, Unité nationale au Cameroun : la malédiction tribale, 22/05/2020 sur Actu Cameroun, consulté le 15/06/2020 à 18h.

[18] Le Haut-Commissariat des Nations-Unies (UNCHR) évalue, à près de 3 000 morts depuis le début de la crise, plus 1,5 million de déplacé dont plus de 50 000 réfugiés qui ont fui vers les régions voisines du Nigeria, notamment l'État de Cross River et l'État de Benue, UNHCR West and Central Africa, January 2020.

[19] Burno Tertrais, La revanche de l’histoire, Odile Jacobs, 2017, P.144.

[20] Fernand Braudel. Comment on récrit l’histoire. Les usages du temps dans les Écrits sur l’histoire de Fernand Braudel, Revue d’Histoire du XIXème siècle, pp. 57-81, URL. Consulté le 15 juin 2020 à 18h.

[21] Fernand Braudel, Les ambitions de l'histoire, Éditions de Fallois/Livre de poche, 1997, p.37. L’édition regroupe les conférences des années 1941-1944 et des textes déjà regroupés dans Écrits sur l’histoire, 1969.

[22] ABE C., « Espace public et recompositions de la pratique politique au Cameroun », Polis/R.C.S.P. /C.P.S.R.Vol. 13, Numéros 1 - 2, 2006, p. 42-43.

[23] Garraud P., 1990, « Politiques nationales : l’élaboration de l’agenda », L’Année sociologique, p. 27.

[24] Hilgartner S. et Bosk C., 1988, « The Rise and Fall of Social Problems : A Public Arena Mode l », American Journal of Sociology, vol. 94, n° 1, p.55.

[25] Plusieurs mesures sectorielles ont été adoptées par le Gouvernement en vue de répondre aux revendications vues comme corporatistes dès le départ : la création des sections anglophones dans certaines grandes écoles ; la création de nouveaux établissements et départements dans les Universités d’État ; le recrutement spécial pour les matières scientifiques de 1000 jeunes enseignants bilingues ; le redéploiement des enseignants des deux sous-systèmes éducatifs selon leurs compétences linguistiques ; et la création, le 23 janvier 2017, d’une Commission Nationale de Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme ; le20juin2018, un Plan d’Assistance Humanitaire d’Urgence de 12 milliards de FCFA au profit des sinistrés de cette crise a été lancé par le gouvernement ; bien avant la création, le 30 novembre2018, d’un Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration (CNDDR) des ex-combattants de Boko Haram et des groupes armés rebelles. La libération de 298 détenus en décembre 2018. La multiplication par cinq du budget de la décentralisation pour 2019. Du point de vue opérationnel, plan une cinquième Région Militaire Interarmées (RMIA5) a été créée le 21 février 2018 par le Chef de l’État camerounais, par éclatement de l’ancienne 2eme Région Militaire Interarmées (RMIA 2) qui couvrait initialement les régions du Littoral, de l’Ouest, ainsi que du NO-SO. Avec pour poste de commandement Bamenda et couvrant l’Ouest et le Nord-Ouest, la RMIA5 coordonne ses actions avec la RMIA2 dédiée aux régions du Sud-Ouest.

[26] Nous empruntons cette expression à Becker H. (dir.), 1966, Social Problems : A Modern Approach, New York, John Wyler, p. 11.

[27] Ici, il s’agit des données sur les infrastructures détruites, le nombre de morts, tant au sein de la population, que des forces de défense et de sécurité, les pertes économiques, l’impact sur les autres régions du pays, sur l’économie nationale, et sur le fonctionnement normal des institutions dans les deux régions.

[28] Kingdon J., 1984, Agendas, Alternatives and Public Policies, Boston, Little Brown and Company, p. 174.

[29] KnoepfelP, Larrue C., et F. Varone (2001). Mise à l'agenda politique. Analyse et pilotage des politiques publiques. Genève : Helbing & Lichtenhahn.

[30] Entre autres, la libération près de 333 détenues incarcérés dans le cadre de la crise électorale et de l’opposant Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun.

[31] Pour Bourdieu, il s’agit de « l’ensemble des ressources réelles et potentielles liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées de connaissance et de reconnaissance mutuelles », Bourdieu Pierre. Le capital social. In : Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 31, janvier 1980. Le capital social. pp. 2-3.

[32] Le cadre juridique de la décentralisation au Cameroun est constitué des textes suivants : la Loi n°2004/017du 22 juillet 2004 portant orientation de la décentralisation ; la Loi n°2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes ; la Loi n°2004/019 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions ; la Loi n°2006/005du 14 juillet 2006 fixant les conditions d´élection des sénateurs ; la Loi n°2006/004 du 14 juillet 2006 fixant le mode d´élection des conseillers régionaux ; la Loi N°2009/11du 10 Juillet 2009 portant Régime financier des collectivités décentralisées ; la Loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale ; le Décret n°2010/1735/PM du 01 juin 2010 fixant la nomenclature budgétaire des collectivités territoriales décentralisées.

[33] Article 1 de la Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin1972, modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14 avril 2008.

[34] Article 55 (1) de la loi portant la Loi n°96/06 du 18 janvier 1996.

[35] Ce projet supprime dans le cas échéant, le poste de délégué du gouvernement auprès des communautés urbaines.

[36] Investir au Cameroun ; Le contenu du statut spécial accordé aux régions anglophones du Cameroun soumis à la validation du Parlement, 13/12/2019 consulté le 27/05/2020 sur Investir au Cameroun.

[37] Le 5 mai 2020, le Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), et le Représentant Résident du Programme des Nations Unies pour le Développement, ont signé un accord de partenariat qui fixait le cap des activités de ce plan de reconstruction et le financement adéquat évalué à 8,9 milliard de FCFA. Lire Minepat, Reconstruction du NORD-OUEST ET DU SUD-OUEST : le gouvernement mobilise 8,9 milliards pour le lancement du Plan Présidentiel : l’état mobilise 8,9 milliards de FCFA pour la reconstruction des zones anglophones ; 6/05/2020. URL, consulté le 27/05/2020 à 10h.

[38] Ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) depuis le 2 mars 2018, âgé de 57 ans. Natif de M’mockmbie dans le département du Lébialem, au Sud-Ouest Cameroun, Il avait par le passé occupé tour à tour les fonctions de Commissaire en charge du département des politiques économique, monétaire et financière à la Commission de la CEMAC (2012-2017) ;de secrétaire général du Minepat (2010-2012) et de directeur de la programmation des investissements publics au ministère de l’Economie et des Finances (2004-2010)

[39] Entretien avec le Coordonnateur le 15 mai 2020.

[40] Les Yeux du Monde : Crise au Cameroun anglophone : l’échec du Grand Dialogue National ?, 9/11/2019.

[41] Braud, Philippe, Sociologie politique, 11e édition, Paris, LGDJ, 2014, p. 18.

[42] Désaccord entre élites et contre-élites sur l’établissement d’un système de valeurs et de symboles communs, et conflits autour des institutions de scolarisation (religions, école, médias, etc.).

[43] Désaccords entre élites et contre-élites au sujet des principes fondateurs du système politique susceptibles de mobiliser une commune allégeance au système politique ou à l’État.

[44] Conflit autour du point de savoir jusqu’où l’appareil d’État peut imposer l’égalisation des conditions socio- économiques entre les segments de la population et/ou les entités régionales ou locales.

[45] Désaccord entre élites et contre-élites au sujet de l’octroi de droits politiques et sociaux à l’ensemble de la population (y compris le droit de vote.).

[46] Conflit autour du point de savoir jusqu’où l’appareil d’État peut mettre en place un maillage administratif du territoire dont les agents n’obéissent qu’à l’échelon central.

[47] Galtung, Transcendance et transformation des conflits, Op.cit. p.15.

[48] Reflections on The World Café, Shaping Our Futures Through Conversations That Matter, Juanita Brown The World Café Community, in Berrett-Koehler, San Francisco, CA 2004.

[49] Cette posture républicaine est aussi soutenue par l’Institution parlementaire Camerounaise connue pour son silence notoire « routines autoritaires » sur toutes questions qui tendraient à remettre en cause le monopole gouvernemental. Le 1er octobre 2016, un meeting parlementaire était organisé en soutien, pour la paix et l’indivisibilité du Cameroun. L’objectif, renforcer le nationalisme régional offensif face à l’État aphone lire, Yvan ISSEKIN, Localiser le refus de la sécession à Yaoundé : jeux et enjeux du meeting parlementaire de soutien pour la paix et l’indivisibilité du Cameroun du 1er octobre 2017, L’Espace politique, Numéro 35, 2017.

[50] Message du Chef de l'État à la Nation - 10 sept 2019, URL. Consulté le 22 mai 2020.

[51] Muller P., Les politiques publiques, Que Sais-je, Deuxième éditions, PUF, 18/04/2018.

[52] Cameroon web : Indépendance de l’Ambazonie : l'intégral discours de Ayuk Tabe en 2017, 30 septembre 2018, sur Cameroun Web, consulté le 26/01/2018 à 8h.

[53] Cf. P. A. Sabatier, E. Schlager, « Les approches cognitives des politiques publiques : perspectives américaines », Revue française de science politique, avril 2000, vol. 50, no 22.

[54] T. Grandisson, M. Sloman, “A survey of trust in internet applications. Communications Surveys & Tutorials,” IEEE, vol. 3, no 4, 2000, pp. 2-16.

[55] E. Lorini, R.Demolombe, “From binary trust to graded rust in information sources : Alogical perspective,”LNAI 5396, 2008, pp.205-225.

[56] Foucault Michel, 2013, La société´ punitive : cours au Collège de France, 1972-1973, Paris, France, EHESS/Gallimard/Seuil.

[57] Fred Eboko et Patrick Awondo, L’État stationnaire, entre chaos et renaissance, Politique africaine, 2018/2 (n° 150), pages 5 à 27 consulté le 28/05/2020 à 24h, sur CAIRN.INFO.

[58] Sindjoun Luc, L’État ailleurs. Entre noyau dur et case vide, Paris, Economica, 2002.

[59] Un tel projet constitutionnel a également trouvé un écho favorable dans le tissage des liens de vivre ensemble social entre les Camerounais de la partie anglophone et francophones unies par les liens sociaux (mariages, rencontres culturelles, religieuses) qui ont consolidé l’idéologie d’une nation unie au-delà des partages inégaux qui ont eu lieu lors des plébiscites de 1961.

[60] AMBACOIN CROWDSALES COMMUNITY, Today in Ambazonia we celebrated our national Independence Day. 1st of October 1961. God. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre la participation des jeunes du Nord-Ouest et Sud-Ouest et certaines autorités traditionnelles participés au défilé organisé par les mouvements séparatistes le 1er octobre 2019, on y voit une véritable motivation de ces populations ns à l’initiative.

[61] Veldhuis, T. & Staun, J., Islamist Radicalisation : A Root Cause Model, The Hague, Netherlands Institute of International Relations Clingendael. 2004.

[62] Jean-Franyois Bayart : L’État au Cameroun Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences Politiques, 1979.

[63] Déclaration prononcée par le Congrès anglophone réuni 1 Buea, les 2 et 3 avril 1993.

[64] Europe 1 : L'Ambazonie déclare son indépendance, 03/11/2017 sur Europe 1. consulté le 07/06/2020, à 11h.

[65] TV5 monde : Document exclusif : Le pouls de l’Ambazonie, région anglophone du Cameroun en crise, 12/06/2018, YouTube et Youtube.

[66] Rapport Human Rights Watch, Cameroun evènements de 2019, URL. consulté le 10/06/2020

[67] France 24 : Cameroun : l'Ambazonie, la République fantasmée des séparatistes anglophones, 16/10/2017, YouTube.https://www.youtube.com/watch?v=hjw2J9X_Jd8 consulté le 07/06/2020, à 20h.

[68] Plusieurs acteurs sont d’accord que la crise aurait pu être évitée si le gouvernement avait dès le départ si le gouvernement avait écouté et pris des mesures concrètes face aux revendications sociales syndicalistes portées par les enseignants, suivies des avocats et des jeunes étudiants. Ses méthodes brutales en réponse à ces actions non violentes, ont conduit, à l’embrasement de la situation. Lire : Les Racines historiques de la crise anglophone, Edilivres, Sintiche Nahomie Pagnou Tchinda, 27/02/2020.

[69] Entretien en ligne avec un proche des éléments séparatistes sur le terrain, Montréal 10 mai 2020, 20h.

[70] Human Rights watch, Op.cit.

[71] Africanews : Cameroun : les recommandations du Grand dialogue rejetées par les chefs séparatistes, 04/10/2019, consulté le 27/05/2020 sur https://fr.africanews.com/2019/10/04/cameroun-les-recommandations-du-grand-dialogue-rejetees-p

[72] Ibid.

[73] Bettye Pruitt and Philip Thomas, Democratic Dialogue – A Handbook for Practitioners, p.19.

[74] Women informal globalizing and mobilizing (WIEGO) Conduire un dialogue politique porteur de résultats, juillet 2013, p.1.

[75] Ibid.

[76] IDEA International Institute for Democracy and International Assistance, 2004, Stockholm, Suède, p.1

[77] Ibid.

[78] Voir Rapport Grand Dialogue, Op.cit. ; p. 4.

[79] Hans J .Morgentahau, Politics among Nations : The Struggle for Power and Peace, Vol. 64, No. 2 (Jun., 1949), pp. 290-292.

[80] Ibid.

[81] Yves-Alexandre CHOUALA, conjoncture sécuritaire, champ étatique et ordre politique au Cameroun : éléments d’analyse anthropo-politiste d’une crise de l’encadrement sécuritaire et d’un encadrement sécuritaire de crise, Polis / R.C.S.P. / C.P.S.R. Vol. 8, Numéro Spécial, 2001, p. 2.

[82] Ibid.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 15 avril 2021 12:32
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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