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Hommage à Mme Simone Monet-Chartrand

Au moment où cet ouvrage consacré à Thérèse Casgrain doit être mis sous presse, nous apprenons avec consternation le décès de Simonne Monet-Chartrand. Celle-ci, nous le savons, a été associée de très près à la carrière de Thérèse Casgrain.
- « Thérèse Casgrain m'a tout appris », insistait-elle dans une entrevue accordée à Marie Laurier à l'occasion du colloque qui s'est tenu à l'UQAM en mars 1992. « Pendant quarante ans, j'ai travaillé à ses côtés et avec elle j'ai approfondi mon engagement social, humanitaire et féministe. Avec elle aussi, je me suis familiarisée avec les grands problèmes pratiques de l'heure et j'ai entrepris les luttes parfois épiques qui devaient nous conduire ensemble dans un militantisme susceptible de faire progresser la condition féminine, que dis-je, la société tout entière [1]. »
On ne peut s'empêcher d'ailleurs d'établir un parallèle entre les personnalités et les carrières de ces deux femmes constantes dans leurs engagements, tenaces dans les luttes à mener pour assurer les droits des plus démunis.
Dans l'entrevue dont il a été question plus haut, elle disait à Marie Laurier : « Je l'entends encore me répéter au téléphone : Simonne, il y a tant à faire, il ne faut pas abandonner. J'ai besoin de vous pour rédiger un communiqué et veuillez le faire tenir aux journaux dès demain matin [2]. »
« C'est ainsi, rappelait alors Simonne Monet-Chartrand, que cette " dame distinguée ", qui avait le double de mon âge est entrée dans ma vie de jeune femme de 22 ans, déjà mariée et mère de [xviii] famille. » Ce sera le début d'une profonde amitié et d'une étroite collaboration. Ensemble, elles seront notamment les chevilles ouvrières du colloque soulignant le vingt-cinquième anniversaire du droit de vote des femmes qui conduira à la création de la Fédération des femmes du Québec. Ensemble, elles lutteront aussi pour obtenir que le chèque d'allocations familiales soit, au Québec, versé à la mère plutôt qu'au père.
Après le décès de Thérèse Casgrain, Simonne Monet-Chartrand, ainsi qu'en témoignent les personnes qui l'ont connue, n'a jamais cessé de militer pour toutes les causes qui lui tenaient à cœur : droits des femmes, justice sociale à l'égard des démunis, luttes contre le désarmement nucléaire.
Comme Thérèse Casgrain, elle est demeurée active jusqu'à la fin de sa vie. En 1991, elle recevait le titre « d'artiste de la paix » qui couronnait une existence tout entière centrée sur les droits et les libertés des individus et des groupes.
Au nom des personnes qui ont participé au colloque Thérèse Casgrain et de celles qui ont apprécié l'authenticité de son témoignage et de son engagement, je veux la remercier et lui rendre hommage. Sa vie « comme rivière » continuera sans doute à inspirer de nombreuses personnes éprises de justice et de liberté.
[1] Marie LAURIER (1992). « Elle m’a montré la voie de l’engagement » entrevue avec Simone Monet-Chartrand, Le Devoir, samedi 14 mars, Cahier special, p.3.
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