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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Le paradoxe canadien. Le Québec et les élections fédérales. (1978) [2022]
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Pierre Drouilly, Le paradoxe canadien. Le Québec et les élections fédérales. Montréal: Les Éditions Parti Pris, 1978, 239 pp. Collection: “Aspects”, no 38. Prologue et notes à l'édition numérique des Classiques des sciences sociales, octobre 2022 par Richard Cousineau. [Autorisation accordée par l'ayant-droit de l'oeuvre de Pierre Drouilly, son épouse, Madame Francine Bombardier-Drouilly, la veuve de Pierre le 12 décembre 2021.]

[9]

Le paradoxe canadien.
Le Québec et les élections fédérales.

Présentation

Par Pierre DROUILLY

La curiosité naît de la surprise. La reconstruction rationnelle du réel ne vise qu’à maîtriser (et exorciser) l’étonnement toujours renouvelé devant le spectacle du monde.

Dans les sciences de la nature, surprise, puis étonnement, demeurent des expériences intellectuelles : plus précisément, des stimulants pour la réflexion scientifique. Autrement, dans cette vie, nous sommes des touristes : et comme tous les vacanciers, nous nous accommodons, bien ou mal selon notre tempérament, du monde environnant. Sauf dans les rares cas où la nature nous terrasse, par un cataclysme physique ou biologique, auquel cas notre conscience angoissée répond par une quête religieuse (magique) ou scientifique (rationnelle), nous vivons généralement le monde, sans chercher à le comprendre, ou à l’expliquer.

Dans les sciences sociales, au contraire, surprise puis étonnement, sont toujours des expériences politiques : en fait, des appels à l’action. Parce que fondée sur des rapports de pouvoir, donc de violence, la société ne nous permet pas d’être simples spectateurs, mais nous force à être acteurs. Nous nous sentons concernés, au plus profond de nous-mêmes, par tous les événements auxquels nous assistons, du plus banal meurtre crapuleux à ce meurtre collectif qu’est la guerre, de la perte d’un emploi à la plus planétaire des crises économiques, de telle situation personnelle à la plus grave des crises politiques. Nous ne vivons pas la société, bien souvent nous la subissons. L’Histoire nous enveloppe, et nous étouffe, de son pesant déterminisme collectif. Notre sensibilité angoissée répond alors par une quête artistique ou politique, les deux formes de l’engagement social.

[10]

L’analyse politique est toujours écartelée entre ces deux pôles : tantôt elle se prétend une simple contemplation de la politique, et alors elle produit ses alibis scientifiques, et le plus irréfutable de tous, la méthodologie statistique ; tantôt elle se prétend une réflexion engagée sur le politique, et alors elle ne se contente plus de constater ou d’expliquer, elle plaide, elle juge, elle condamne ou elle innocente.

Les textes ici réunis portent en eux cette contradiction, toujours assumée mais jamais résolue, entre le préjugé rationaliste de l’homme de science, qui pense que les phénomènes politiques sont réductibles par des concepts scientifiques ; et le préjugé politique de l’indépendantiste qui sait, par expérience, que les événements politiques ont moins de logique que la lecture qu’on en fait. Au déterminisme scientiste, qui, appliqué aux phénomènes sociaux et historiques se mue facilement en fatalisme, s’oppose l’engagement militant qui risque, par contre, de prendre ses désirs pour des réalités.

Pour l’indépendantiste, la question se formule en termes clairs : Trudeau se fera-t-il battre aux prochaines élections fédérales ? Tous les indépendantistes se posent la question, la plupart souhaitent la chose et trouvent, dans la lecture des événements quotidiens, toutes sortes de bonnes raisons de croire que la défaite libérale est certaine. Je me méfie des raisons justifiantes, et je préfère m’en remettre aux raisons raisonnantes. Or celles-ci conduisent à quelques conclusions assez nettes.

Les Libéraux du Canada sont loin d’être battus : je suis même forcé de conclure qu’ils sont presque assurés de conserver le pouvoir, nonobstant les impressions contraires. La clé de ce paradoxe électoral se trouve au Québec au niveau fédéral. Deux éléments de réponse : la question nationale, c’est-à-dire l’oppression nationale, et le bloc libéral. Disons-le tout net : depuis 20 ans, le Canada anglais est conservateur, et le Québec est libéral. Mais le Québec est aussi nationaliste, et les « autres » sont fédéralistes. De Taschereau à Borden, de Duplessis à MacKenzie King, de Lesage à Diefenbaker, de Lévesque à Trudeau, par où passe la conscience nationale ? Où se perd l’idéologie nationaliste ?

L’indépendantiste, pour qui les choses sont claires et cohérentes, ne peut admettre que les choses deviennent confuses et incohérentes au niveau collectif : il fait alors appel à l’analyste, dans l’espoir que celui-ci rétablisse les concepts [11] et la logique, qu’il remette de l’ordre dans la maison de la théorie politique. Mais quand l’ordre est fait, et que l’analyse se retire, l’indépendantiste est désemparé.

Trudeau va probablement être réélu Premier ministre du Canada : peut-on affirmer avec autant de conviction que l’indépendance du Québec se fera prochainement ?

En fait, les deux questions sont liées : si Trudeau est réélu Premier ministre du Canada, les chances de faire rapidement l’indépendance diminuent. Alors il faut battre Trudeau ! En tant qu’indépendantiste je crois la chose possible. Comment ? D’une seule façon : en appliquant la stratégie d’Obélix. « Est-ce qu’on a un plan ? Oui, on a un plan. ON FONCE !... ».

Août 1978

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Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 14 octobre 2022 18:35
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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