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Le Fonds Solidarité Sud. Histoire, parcours et perspective:
écologie, économie et finance solidaire. (2022)
Préface
C'est très bien parti ! Et l'avenir, prometteur !
Par Gérald Larose,
Caisse d'économie solidaire Desjardins et Forum international d'économie sociale et solidaire
« Les grands changements sont l'œuvre des efforts d'un petit groupe déterminé ». La grande anthropologue Margaret Mead l'aurait dit aussi du Fonds Solidarité Sud (FSS) en ajoutant peut-être « et systématique ». Car c'est l'ingrédient qui à ce jour a caractérisé ce groupe et a fait la pâte se lever.
Dix ans plus tard, dans son coffre à outils, la coopération internationale québécoise détient une clé qui ouvre sur des pratiques de solidarité entre partenaires. Ostensiblement et en toute transparence, le Fonds Solidarité Sud ne fait pas dans l'humanitaire ni dans l'urgence. Son apport vise le développement autonome des communautés. Il ne cherche pas de mâts pour que flotte son drapeau. Plutôt, il noue des partenariats avec des segments de population qui se regroupent, s'organisent et décident de s'outiller de manière pérenne pour assumer et assurer leur propre développement.
Cette coopération a un nom : la coopération internationale solidaire. Et elle a une famille : l'économie sociale et solidaire. Les deux ont beaucoup en partage.
Les deux partagent la même conception du développement qui n'est pas que savoir technique, quelques ajouts de capitaux ou quelques marchés supplémentaires, mais bien une « mobilisation générale » d'une population qui se prend en main dans de multiples équipes animées par des leaders qui en ont une approche pluridimensionnelle. Y compris économique, environnementale, sociale et culturelle.
Les deux partagent les mêmes types de rapports partenariaux égalitaires et transparents dans lesquels le Sud, sans dépendance, est maitre d'œuvre et le Nord, sans imposition, est en interaction dialogique continue.
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Les deux partagent l'obligation première de la co-construction d'une vision holistique commune du projet relativement aux valeurs à promouvoir et à vivre, aux responsabilités et aux stratégies à départager, à la représentation et au plaidoyer à assumer, et à l'identification d'une reddition de compte démocratique et transparente.
Les deux partagent la même notion du temps. Le temps long des apprentissages. Le temps long de la mobilisation. Le temps long des infrastructures. Le temps long de l'institutionnalisation. Le temps long des politiques publiques.
« Décoloniser » dit-on maintenant. Tant au Nord qu'au Sud. Ne pas exporter ou importer le modèle du Nord. Mais être partenaire avec le Sud dans la construction sur des bases pérennes de son propre modèle. Pour le Sud « décoloniser », c'est rompre avec la dépendance du Nord et pour le Nord rompre avec l'imposition au Sud de ses finalités et de ses manières de faire.
Le Fonds Solidarité Sud fait le pari d'une coopération internationale décolonisée dans laquelle une partie du « pouvoir » de l'argent d'une frange militante du Québec puisse servir l'autonomisation pérenne de communautés du Sud dans la poursuite et la réalisation de leurs propres projets de société.
Dix ans déjà ! C'est très bien parti ! Et l'avenir, prometteur !
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