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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte de Marcel FOURNIER, “Structures universitaires et pratiques syndicales à l’Université de Montréal.” In ouvrage sous la direction d’André Vidricaire, Le syndicalisme universitaire et l’État. Un collectif d’universitaires, pp. 29-36. Montréal : Les Éditions Hurtubise HMH, ltée, 1977, 208 pp. [Autorisation accordée par l'auteur le 12 décembre 2002 de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, cette oeuvre et toutes celles publiées au Québec.]

[29]

Première partie 
Les enjeux du syndicalisme dans les universités
Chapitre 2

Structures universitaires
et pratiques syndicales
à l’Université Montréal
.” *

Marcel FOURNIER
Département de Sociologie
Université de Montréal


Les transformations importantes qu’ont connues les universités québécoises francophones depuis la fin des années 1950 et tout particulièrement au cours des années 1960, doivent leur spécificité non seulement à un accroissement très rapide de la population étudiante, mais aussi aux réactions ou réponses que ces institutions ont alors apportées. Afin de répondre à « l’envahissement » de l’université par une population étudiante de plus en plus diversifiée en fonction de son itinéraire scolaire et social, l’on a en effet eu recours à différentes mesures : création de nouveaux départements et facultés, développement d’une bureaucratie universitaire, modification (uniformisation) des règles de recrutement et de carrière, accroissement de la dépendance (financière) à l’égard de l’État, etc. Dès lors, les conditions de travail et aussi la perception que les universitaires se font d’eux-mêmes se sont progressivement modifiées : du petit atelier qu’elle était, l’université semble être devenue une grande entreprise, dont les employés. Le. les professeurs, ces « derniers artisans » maintenant prolétarisés, n’ont plus d’autre choix que de se syndiquer...

Sans être totalement fausse, la thèse de la « prolétarisation » du corps professoral universitaire doit être cependant largement nuancée et ne permet pas toujours d’expliquer le processus de sa syndicalisation. Détenteurs de titres ou de diplômes prestigieux et dotés d’une « compétence », les universitaires [30] jouissent toujours, pour la plupart, d’un grand prestige et sont fréquemment consultés par les différents pouvoirs (politiques, religieux et économiques). De plus, largement responsables de la définition de leurs cours et de leurs projets de recherche, ceux-ci ne se sentent pas quotidiennement soumis ou opprimés par quelque autorité : les directeurs et plusieurs cadres administratifs sont habituellement des (anciens) collègues avec lesquels ils entretiennent souvent des relations amicales. Enfin, devant des difficultés ou des problèmes (promotions, augmentations de salaires, frais de secrétariat, budgets de recherche, etc.), ces universitaires se sentent encore relativement confiants de trouver eux-mêmes des solutions en recourant à des relations personnelles, en mettant en évidence la valeur de leurs compétences ou tout simplement en utilisant leur charisme (universitaire). Bref, à un moment où se constituent des groupes ou castes d’administrateurs de plus en plus éloignés des professeurs et des étudiants et que le poids de l’intervention de l’État dans l’enseignement et la recherche universitaire est de plus en plus grand, la représentation traditionnelle de l’universitaire est toujours vivace : tout en permettant de contribuer en toute quiétude à l’avancement et à la diffusion des connaissances, l’université garantirait une large « liberté académique » et offrirait un véritable « esprit de communauté ».

Dans une certaine mesure, ces deux interprétations ne sont pas incompatibles et correspondent à la diversification même (d’attitudes, d’opinions, d’intérêts, etc.) du milieu universitaire : les prises de positions des professeurs et en particulier celles relatives à leur syndicalisation varient en fonction à la fois de leur propre position hiérarchique et de la position de leur discipline au sein du système universitaire. Ainsi, lorsqu’en 1967 le Syndicat (SPUM) des Professeurs de l’Université de Montréal entreprend une véritable campagne de recrutement, l’attitude des chargés d’enseignement et des professeurs adjoints, c’est-à-dire de ceux qui viennent d’accéder à la carrière universitaire et qui n’ont pas

Tableau 1
Répartition des professeurs à l'Université de Montréal
et au SPUM par rang académique (30 novembre 1967)
 [1]

Syndicat

Université

Nombre

%

Nombre

%

Titulaires

14

7.0

139

15.7

Agrégés

26

12.9

181

22.5

Assistants

56

27.9

288

32.7

Chargés d’enseignement

105

52.2

274

36.1

TOTAL

201

100.0

882

100.0

[31]

acquis la permanence, est beaucoup plus favorable que celle des professeurs agrégés et titulaires.

De plus, il semble bien que le recrutement est alors beaucoup plus difficile auprès des collègues de Droit, de Médecine et de Chirurgie dentaire qu’auprès des collègues des Sciences sociales et humaines et des Sciences de l’éducation : en novembre 1972, le pourcentage des professeurs en Sciences de la santé qui sont membres du Syndicat général des Professeurs de l’Université de Montréal (SGPUM) n’est que de 10.9%. Quant aux professeurs de la Faculté de Droit, ils sont aussi très peu nombreux (2%) à l’intérieur du SGPUM, mais cela s’explique par le fait que ceux-ci effectuent alors un recrutement pour leur propre syndicat et qu’ils tentent d’obtenir une accréditation différente. La majorité des membres du SGPUM provient alors des Sciences sociales et humaines et des Sciences de l’éducation, où le taux de syndicalisation est très élevé : ceux-ci constituent près de 60% des professeurs syndiqués. Cette surreprésentation des professeurs de ces disciplines se manifeste aussi au niveau de l’exécutif du syndicat : celui-ci est en 1968-1969, composé d’un seul professeur en sciences, d’un professeur de littérature et de trois professeurs en sciences sociales. L’initiative même de créer en 1967 parallèlement à l’APUM un syndicat de professeurs (SPUM) vient d’ailleurs de professeurs en sciences sociales, qui font alors partie d’un nouveau groupe (universitaire) de discussion, le Club Jacques Perrault et dont certains militent au sein du P.S.Q. Ce n’est que par la suite et plus particulièrement au cours des dernières années, que s’accroît la participation active de scientifiques à la vie du syndicat : au cours des cinq dernières années (1971-1976), le poste de président est occupé à quatre reprises par un scientifique. Toutefois, au cours de ces années, l’on ne retrouve, sur l’exécutif du syndicat aucun professeur des Facultés de Médecine, de Chirurgie dentaire ou de Droit : ces différents exécutifs sont composés principalement de professeurs en sciences sociales et humaines (33%), de professeurs en sciences (31%) et de professeurs en sciences de l’éducation (23%).

La tentation est grande de ne se référer, pour rendre compte de la syndicalisation récente des professeurs de l’université, qu’à la seule modification interne de l’université. Ce n’est certes pas un hasard si l’idée d’un syndicat à l’Université de Montréal, qui avait été lancée dès 1947 par des professeurs de la Faculté des Sciences et qui en 1955 avait été abandonnée pour permettre la création de l’Association des Professeurs de l’Université de Montréal (APUM), est reprise douze ans plus tard, en 1967, c’est-à-dire au moment même où l’Université entreprend de modifier ses structures de gestion et d’administration par l’adoption d’une nouvelle charte : le Manifeste pour la fondation du syndicat des professeurs de l’Université de Montréal constitue en effet d’abord une critique du projet de charte, qualifié « d’autoritaire et de non-démocratique », et aussi de la position de l’APUM, qui en appuyant un projet modifié de charte semble abandonner les trois principes de base (respect de la liberté académique, déconfessionnalisation et démocratisation interne des structures) devant guider la réforme de la charte. Et, se fondant sur une division au sein même des membres de l’APUM — 40% de ses membres sont favorables à la syndicalisa-

[32]

Tableau 2
Pourcentage des professeurs de l’Université de Montréal
membres du SGPUM, selon les disciplines (15 novembre 1972)
 [2]

Disciplines

n. professeurs

n. syndiqués

% syndiqués

Sciences humaines et sociales

396

277

70.0

— histoire-lettres

116

89

76.6

— psyclio-philo

111

57

52.2

— sciences sociales

134

102

75.2

— théologie

35

29

82.0

Sciences de l’éducation

68

52

76.5

Sciences

147

68

48.0

Sciences de la santé

430

52

10.9

Droit

54

1

2.0

Aménagement — architecture

55

42

76.4

Musique

21

8

38.0

TOTAL

1171

500

43.3


tion immédiate [3] —, quelques professeurs, principalement des sciences sociales, entreprennent le recrutement des collègues : les objectifs de la mise sur pied d’un syndicat sont alors de « rendre possible une meilleure action du corps professoral [33] sur l’avenir de l’Université, de faciliter la rationalisation de l’administration de l’Université et de négocier les conditions d’emploi, de salaire et de travail » et ainsi de « relever la fonction scientifique de l’Université, d’en assurer la permanence et de recruter un personnel qualifié ». De plus, le processus de syndicalisation apparaît étroitement lié à la modification des modalités de participation des professeurs, qui exige une véritable concertation entre ces derniers, et aussi de la réorganisation de l’ensemble de l’université par la création d’une Faculté des Études supérieures et d’une immense Faculté des Arts et des Sciences, ce qui entraîne la dissolution des anciennes Facultés des Lettres, des Sciences, des Sciences sociales et de Philosophie. Enfin, divers incidents font prendre conscience aux professeurs qu’ils se font imposer des décisions prises unilatéralement et que l’APUM ne peut les défendre efficacement : ainsi, en décembre 1970, à cause des restrictions de budget pour l’année académique en cours, imposées par le gouvernement, l’administration de l’université annonce sa décision de supprimer certains postes d’enseignement. Militants au sein de l’APUM, les tenants de la syndicalisation réussissent à faire prendre conscience aux autres membres, que seul le regroupement au sein d’un syndicat peut leur donner la force collective nécessaire pour faire face à de telles décisions de la part de l’administration et amènent en décembre 1970FAPUM à « mettre en œuvre tous les moyens en vue de l’accréditation d’un syndicat des professeurs à l’Université de Montréal ».

Le SPUM devient alors graduellement le principal porte-parole des professeurs et intervient beaucoup plus énergiquement dans les débats internes à l’université (critique du Rapport Deschênes) et aussi dans les débats publics portant sur l’enseignement. Et, se transformant en syndicat général (SGPUM), celui-ci entreprend les longues procédures pour l’obtention d’un certificat d’accréditation et poursuit, durant cette période d’attente ou, disent certains, « d’hibernation », son travail de recrutement. Le non-renouvellement de la nomination, en 1972, de deux professeurs adjoints du Département de biochimie de la Faculté de Médecine, Charles Prévost et Roger Morazain qui ont été très actifs au sein du syndicat, soulève une indignation générale, sensibilise les professeurs aux « rouages auto-critiques » [4] de l’Université et convainc de nombreux « indécis » de la nécessité d’un syndicat.

Toutefois, aussi importantes que soient ces modifications internes, ces décisions arbitraires de l’administration et d’autres événements qui marquent la vie universitaire [5], ceux-ci ne constituent pas les seuls facteurs qui favorisent le [34] développement du syndicalisme chez les professeurs de l’Université de Montréal. Ceux-ci sont aussi confrontés, comme les autres professeurs universitaires, à une transformation qu’ils ont eux-mêmes souhaitée [6] des rapports entre l’université et l’État : l’université, qui est maintenant largement dépendante des subventions gouvernementales — son financement est aux 4/5 assumé par ces subventions —, doit se conformer de plus en plus étroitement aux normes édictées par le ministère de l’Éducation. Condition du développement de l’enseignement et de la recherche universitaires, cette intervention croissante de l’État limite considérablement l’autonomie de l’institution universitaire et modifie les conditions mêmes de travail des professeurs (charges de cours accrues, nombre minimum d’étudiants par cours, etc.). Principalement préoccupés par la préparation de cours et l’organisation de recherche, ces professeurs se voient soudainement confrontés à une nouvelle réalité et une nouvelle façon de définir cette réalité : planification, concertation inter-universitaire, rentabilisation, etc.

Cependant, même si la nécessité d’un syndicat n’apparaît plus à la majorité une illusion de « gauchiste », mais, au contraire, une évidence de « sens commun », la conception que se font les professeurs de l’action syndicale et l’utilisation qu’ils pensent en faire sont loin d’être identiques. La propension à la syndicalisation a été, comme nous l’avons noté, très inégale au sein du corps professoral et ne s’explique pas seulement par la nature des différentes disciplines universitaires [7] : les professeurs qui adhèrent le plus rapidement au syndicat proviennent en effet de départements qui n’acquièrent que tardivement les attributs de l’universitaire (âge professionnel bas, faible pourcentage de professeurs agrégés et titulaires, faible pourcentage de détenteurs du Ph.D., etc.) et aussi qui, rarement reliés à une corporation ou à une association professionnelles, s’identifient beaucoup plus au milieu disciplinaire ou scientifique et au monde de l’enseignement. De plus, ces départements, qui sont ceux des sciences sociales, de sciences humaines et de sciences de l’éducation, offrent un enseignement à une population étudiante qui se différencie de celle des départements ou facultés « professionnelles » par son itinéraire social (passé et futur) : ceux-ci constituent à la fois un « refuge » pour des étudiants issus des classes moyennes (ou petite bourgeoisie) et supérieure qui, en raison de leurs résultats scolaires plus faibles, se voient refuser l’accès à d’autres départements et une « voie de relégation » pour des étudiants qui, issus de classes populaires, paient ainsi le [35] « prix » de leur accès aux études supérieures [8]. Dans une certaine mesure, la propension à la syndicalisation (et au militantisme syndical) des membres d’un département apparaît inversement proportionnelle à la position universitaire du département et aussi à la valeur sociale du diplôme qu’il décerne. D’ailleurs, ce sont habituellement les membres de tels départements qui trouvent dans leur exclusion sociale, les fondements d’une solidarité avec les classes dominées et qui adoptent des prises de positions syndicales et politiques plus radicales ou plus « progressives »...

Pendant la longue période de recrutement et de requêtes en accréditation, de nouvelles solidarités se sont certes créées. Mais très rapidement, se sont aussi manifestées des différences, voire même des conflits (d’opinion, d’options politiques, d’intérêts, etc.) au sein de la « communauté universitaire ». Lorsqu’en 1973, le SGPUM obtient une accréditation pour l’ensemble des professeurs de l’Université de Montréal, (à l’exclusion des professeurs de l’École des Hautes Études Commerciales et de l’École Polytechnique), il est contraint de reconnaître ces différences et ces oppositions : en plus d’être doté d’un conseil syndical et d’une assemblée générale, le Syndicat se compose de deux sections qui regroupent des départements différents — l’une regroupe les départements ou facultés « professionnelles » (droit, éducation, etc.) et l’autre, les départements des sciences, des sciences sociales et des sciences humaines —et qui ont toutes deux un droit de véto au moment de l’adoption de la convention collective.

Même s’il constitue alors une condition sine qua non de la création d'un véritable syndicat de tous les professeurs de l’Université, ce mode d’organisation et de fonctionnement n’en représente pas moins un facteur non seulement de division, mais aussi d’inertie : la recherche de l’équilibre se traduit en effet par l’ambivalence (ou la difficulté de prendre position) et souvent par l’immobilisme. Certes, la mobilisation rapide des éléments « progressistes » du Syndicat permet de poser, à diverses occasions, quelques gestes politiques conséquents : participation en 1968 à la Conférence hémisphérique pour mettre fin à la guerre au Vietnam, intervention publique lors des événements d’octobre 1970, appui financier aux membres du SPUL en grève (1976), etc. Mais, dès que les intérêts matériels et aussi professionnels des membres du Syndicat sont effectivement touchés, il y a une véritable concertation des membres des départements « professionnels » et de leurs « alliés » des autres départements : cette concertation s’est, entre autres, réalisée au moment de l’affiliation du SGPUM à la FAPUQ (février 1975) [9], de l’élaboration et de l’adoption de la première [36] convention collective (1976) [10] et du refus d’appuyer financièrement le SPUQ (novembre 1976) [11].

Manifestement, au cours de l’élaboration actuelle d’un nouveau projet de convention collective, ces diverses tensions sont toujours présentes : échelle unique des salaires/primes de secteurs ; mise sur pied d’un comité de griefs sur la procédure et le fond/recours à l’actuel comité des différends de l’Assemblée universitaire ; accroissement de la représentation des professeurs au sein des comités (budget, promotions) du Conseil de l’Université, de la Commission des études et des Conseils de faculté/maintien du statu quo ; etc. Il est encore trop tôt [12] pour déterminer quels seront les enjeux de la prochaine négociation, mais pour plusieurs professeurs, ceux-ci n’apparaissent pas différents des enjeux des négociations à l’Université Laval et à l’UQAM. Principalement en ce qui concerne la permanence, les mécanismes de recours (en cas de non-renouvellement), la démocratie universitaire et la liberté académique, il y a de fortes chances, surtout si l’administration cherche à se conformer aux normes édictées par la CREPUQ, que se développe une véritable solidarité et que soit entreprise une lutte syndicale...

Mais, que ce soit au cours de la prochaine négociation qui risque d’être longue et difficile ou, fort probablement, à la suite de cette négociation, le SGPUM sera de nouveau confronté au double problème de son unification interne et de son affiliation externe. Handicapé à la fois par son mode de fonctionnement interne — l’existence de deux sections assure certes une décentralisation, mais elle favorise aussi la manifestation d’intérêts corporatifs —et par son affiliation à la FAPUQ, dont la seule fonction est d’offrir certains services à quelques syndicats et associations universitaires, le SGPUM n’est en effet parvenu ni à se donner des orientations syndicales et politiques globales et cohérentes [13], ni à susciter un véritable militantisme qui lui permette d’entreprendre des luttes conséquentes au sein de l’Université et dans la société québécoise. Le SGPUM a peut-être un passé, mais il n’a pas encore d’histoire... ou si peu.



* Je remercie Louis Maheu (Département de Sociologie, Université de Montréal) et Lise Mongrain (SGPUM) qui ont mis à ma disposition leurs « archives » du SPUM et du SGPUM (bulletins, mémoires, procès-verbaux, etc.).

[1] Bulletin du SPUM, vol 2, No 2, janvier 1968, p. 2.

[2] SGPUM. Liste des membres du SGPUM 1972-1973. 15 novembre 1972. Voir aussi Rapport du comité de recrutement, avril 1973. Dans ce document, on identifie 500 professeurs syndiqués sur un total de 1198 professeurs syndicables. Le pourcentage de professeurs syndiqués est alors de 42%.

[3] Au début de l’année 1967, l’APUM effectue une enquête auprès de tous les professeurs de l’Université de Montréal : plus de 460 professeurs y répondent. Le pourcentage de professeurs favorables à la syndicalisation est, pour chaque catégorie, le suivant : titulaires (10.5%), agrégés (10.8%), assistants (40.2%) et chargés d’enseignement (50.2%). Ce sont alors les professeurs membres de l’APUM qui manifestent une propension légèrement plus élevée à la syndicalisation : alors que40% des membres de l’APUM sont favorables à la syndicalisation immédiate, ce pourcentage tombe à 30% chez les non-membres. Toutefois, la tendance majoritaire (plus de 53%) des professeurs de l’université est de remettre la question de la syndicalisation à plus tard (décembre 1968), c’est-à-dire après l’obtention par l’Université de Montréal d’une nouvelle charte (Source : SMA Inc., Résultats du référendum sur la syndicalisation des professeurs de l'Université de Montréal, Montréal, 1967, 2 ph.).

[4] « L’autocratie à l’œuvre », Aller-Retour, Bulletin du SGPUM, vol. 1, No 4. Cette décision du Conseil de la Faculté de Médecine dévoile le manque de consultation, la disparité des procédures entre les différentes facultés et l’absence de garanties claires dans les règles et dans les statuts.

[5] Parmi ces événements, on peut retenir la grève du personnel de soutien et aussi la contestation étudiante en 1968 et au cours des années subséquentes. Coincés entre des étudiants de plus en plus revendicatifs et d’une administration de plus en plus intransigeante, les professeurs apparaissent alors relativement impuissants.

[6] En 1967, le SPUM participe avec d’autres syndicats ou associations (C.S.N., F.T.Q., U.G.E.Q., etc.) à l’élaboration d’un communiqué conjoint intitulé La démocratisation de l’enseignement supérieur. On peut y lire : « L’État doit jouer un rôle prépondérant dans l’établissement et la mise en application d’un plan général de développement de l’enseignement supérieur et de la recherche. Représentant de la population et principal bailleur de fonds des universités, il ne peut plus se payer le luxe d’être étranger au développement des universités à l’heure où celles-ci se donnent un rôle social ». Cette déclaration commune face à la loi-cadre de l’enseignement supérieur est adoptée à l’unanimité par le SPUM lors de son assemblée générale du 7 mai 1968.

[7] Ladds, E.S., et Lipset, S.M., « Politics of Academic Natural Scientists and Engineers ». Science. June 1972, vol 1976, pp. 1091-1100.

[8] Au sujet des notions de « refuge » et de « voies de relégation », voir P. Bourdieu et J. Cl. Passeron, La reproduction, Éléments pour une théorie du système d’enseignement, Éditions de Minuit, Paris, 1970.

[9] Parmi les 266 professeurs qui participent en février 1975 au vote sur l’affiliation, la plupart (près de 80%) se prononce pour l’affiliation à la FAPUQ ; la FNEQ et la CEQ reçoivent alors respectivement l’appui de 46 et de 7 professeurs.

[10] L’adoption du projet d’une « mini-convention », c’est-à-dire d’une convention qui ne porte que sur un redressement salarial et qui néglige des aspects fondamentaux (permanence, classification et reclassification des professeurs, échelle salariale unique, etc.) entraîne alors la démission de deux membres de l’exécutif du SGPUM, le premier vice-président et le président de la Section A (R. Parenteau et B. Charles, Lettre aux membres du Conseil syndical du SGPUM, 23 janvier 1976, 5 p.). Quelques mois plus tard (avril 1976), le projet de « mini-convention » est adopté par plus de 75% des 272 professeurs réunis en assemblée générale. La proportion des professeurs qui refusent ce projet est alors plus élevée dans la Section A (25%) que dans la Section B (17%).

[11] À la suite d’un débat houleux marqué par de nombreux « écarts de langage », l’assemblée générale du SGPUM modifie une proposition de l’exécutif (cotisation obligatoire) afin de rendre « volontaire » l’appui financier au SPUQ ($50. par professeur).

[12] La rédaction du projet de convention par le Conseil du syndicat et ses divers comités se poursuit et se terminera à la fin du mois de décembre pour être ensuite discuté au sein des deux sections et des différents départements et adopté en assemblée générale (probablement fin janvier 1977).

[13] Par exemple : véritable démocratisation de l’accès et de la réussite à l'université ; ouverture du Conseil de l’Université à des représentants du mouvement ouvrier et des groupes populaires ; organisation des programmes en fonction non plus seulement de la classe dominante, mais aussi et surtout des classes dominées ; élaboration d’une pédagogie qui tienne compte des caractéristiques sociales et scolaires des étudiants adultes qui sont déjà sur le marché du travail, etc.


Retour au texte de l'auteur: Marcel Fournier, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le vendredi 7 mai 2021 18:08
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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