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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Durkheim et la sociologie de la connaissance scientifique” (1982)
Introduciton


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de M. Marcel Fournier, “Durkheim et la sociologie de la connaissance scientifique”. Un article publié dans la revue Sociologie et sociétés, vol. 14, no 2, octobre 1982, pp. 55-66. Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal. [Autorisation accordée par l'auteur le 12 décembre 2002 pour cette oeuvre et toutes celles publiées au Québec]
Introduction (1)


Au moment où Durkheim entreprend la rédaction des Règles de la méthode sociologique, il incline, comme plusieurs intellectuels de sa génération, à considérer la science comme une forme supérieure de connaissance de la réalité et comme une manifestation du progrès de l'humanité : très fasciné par le développement des sciences, celui-ci apparaît comme un «positiviste» préoccupé de transférer à l'étude des faits sociaux la démarche qu'empruntent les scientifiques. Et l'on comprend que, même s'il constitue les représentations collectives comme objet de la sociologie et que sa sociologie est largement réductible à une sociologie de la connaissance, Durkheim accorde un statut particulier à la connaissance scientifique et tend à exclure la possibilité d'une étude sociologique de la science. «Il y eut un temps, précise W. Paul Vogt, où ni Durkheim ni ses collaborateurs ne pensaient que la science pouvait être sociologiquement analysable. Tout au cours des années 1890, ils excluaient habituellement la science de l'objet de la sociologie de la connaissance. D'une certaine manière, c'était pour eux une curieuse position car ils ont toujours considéré que l'objectivité scientifique n'était possible que sur la base d'un effort collectif, que la science était une science fondamentalement sociale. Encore à ce moment, ils étaient peu disposés à étudier la science de la même façon que les autres formes de pensée sociale (2).» Mais peut-on en conclure qu'il n'existe pas, dans la sociologie durkheimienne, de sociologie de la science? Pour sa part, Vogt considère que «les Durkheimiens n'ont pas entrepris une sociologie de la science, qu'ils ont continué de se concentrer presque exclusivement sur la pensée primitive, qu'ils n'ont pas tenté une sociologie des scientifiques (qui aujourd'hui passe souvent pour une sociologie de la science)», mais il reconnaît que, principalement à partir de la publication de l'article sur les classifications primitives (1903), «le dernier tabou a été violé» et que «la science moderne peut maintenant être ouverte à une compréhension sociologique (3)». Toutefois, même si Durkheim et ses collaborateurs ont eu tendance à isoler la science de la réalité sociale, ils n'en ont pas moins fourni, ici et là, des analyses, souvent rapides, de l'un ou l'autre de ses éléments (la «communauté scientifique», etc.). De plus, si l'on évite, comme tendent à le faire diverses études contemporaines de la connaissance, de distinguer trop rapidement le mode de pensée scientifique d'autres modes de pensée, il apparaît que de nombreuses études de la «pensée primitive» et aussi les références fréquentes au « sens commun » qu'ont faites les Durkheimiens constituent des contributions à l'élaboration d'une sociologie de la science qui n'est pas (ou plus) dissociable d'une sociologie de la connaissance.

En raison même des conditions matérielles (non accès à l'ensemble des textes écrits par les Durkheimiens, etc.) (4), ce texte sera moins une exégèse minutieuse de tous les textes, articles, paragraphes, phrases, etc. qui, écrits par les Durkheimiens, concernent la science qu'une lecture d'ensemble de leur production en fonction même de mes propres préoccupations sociologiques actuelles. En fait, l'analyse de la production d'un auteur est rarement la seule lecture de ses textes: elle est aussi, par les questions ou interrogations qui guident la lecture, par la façon de rédiger le «rapport», etc., une construction dont les conditions de possibilité sont tout autant matérielles (bibliothèque, accès aux manuscrits et à la correspondance, etc.) qu'intellectuelles (perspective, etc.).

Notes

(1) Présenté au dixième congrès de sociologie à Mexico en août 1982, ce texte est une version modifiée d'un article «Durkheim, le sens commun et la science», paru dans la Revue de sociologie du Sud-Est (no 30, décembre 1981). Ces modifications ont été apportées à la suite de discussions que j'ai eues avec Luc Boltanski et Victor Karady, du Centre de sociologie européenne (Paris).

(2) Vogt, Paul W., «Early French Contributions to the Sociology of Knowledge», Research in Sociology of Knowledge, Sciences and Art, vol. 11, 1979, p. 117.

(3) Ibid., p. 118.

(4) Cet article fut rédigé en grande partie à l'University of California, San Diego, La Jolla, CA. Ce contexte institutionnel aurait été en fait plus propice à la réalisation d'une étude des diverses lectures dont l’œuvre a été l'objet. Une telle étude couvrant des pays tels la France, l'Angleterre et les États-Unis, et réunissant diverses informations (date des traductions, publication d'ouvrages consacrés à la pensée de Durkheim, place accordée à la sociologie de Durkheim dans les manuels et les ouvrages théoriques, etc.) permettrait de cerner un aspect du développement de la sociologie et aussi d'analyser le processus même de diffusion d'«idées», leur retraduction, etc. À ce sujet, voir J.C. Alexander, « Paradigm, Division and Parsonionism », Canadian Journal of Sociology, 4 (4), 1979, pp. 343-358.

Retour au texte de l'auteur: Marcel Fournier, sociologue, Université de Montréal Dernière mise à jour de cette page le samedi 20 janvier 2007 10:37
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 



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