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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

LES MÉTAMORPHOSES DU FUTUR. ESSAI DE PROSPECTIVE TECHNOLOGIQUE. (1988)
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Thierry Gaudin, LES MÉTAMORPHOSES DU FUTUR. ESSAI DE PROSPECTIVE TECHNOLOGIQUE. Paris: Économica, 1988, 169 pp. [Autorisation accordée par l'auteur le 14 septembre 2015 de diffuser ce livre en accès libre à tous dans Les Classiques des sciences sociales.]

[1]

Les métamorphoses du futur.
Essai de prospective technologique

Présentation


Prévoir l'avenir est un défi plusieurs fois millénaire, et très tôt commercialisé. Fontenelle, dans son "histoire des oracles" montre comment la crédulité des uns alimente l'obscure habileté des autres, dès la Grèce ancienne.

Depuis, bien d'autres pratiques prévisionnelles sont venues enrichir la transe des pythies. D'allure plus scientifique, elles n'en sont pas moins manipulatrices, et nullement exemptes de phantasmes et d'illusions.

Pendant une quinzaine d'années j’ai cherché comment, par un effort de rigueur et de discipline, échapper à la manipulation et à l'illusion. Un jour, j'ai vu qu'on ne le pouvait pas, car le futur se rêve avant de s'incarner. Tout résulte du pouvoir de l'imagination. En un sens, tout le monde manipule et tout le monde est manipulé. Peut-être y prenons-nous secrètement un certain plaisir.

Il ne s'agit pas ici de dire ce qui sera, mais de permettre au lecteur de se mettre en état de voir les futurs possibles. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, c'est lui proposer de renouveler son stock d'illusions, mais avec une certaine forme de rationalité.

Le Rapport sur l'État de la Technique [1] publié par le CPE, après sept ans d'élaboration, en 1986, établit les bases de la métamorphose contemporaine. Présenté aux publics les plus divers, il suscitait des questions, auxquelles peu à peu des réponses me sont venues. Elles concernent le pouvoir, les motivations, et ébranlent les bases philosophiques, considérées jusqu'ici évidentes de la société contemporaine. Exprimer cette maturation est le but des pages qui suivent.

Cette nouvelle manière d'aborder la prospective présente l'inconvénient de nécessiter un travail documentaire important, mais constitue une démarche mieux assurée, combinant à la fois le concret (la technique), le relationnel (le pouvoir) et le conceptuel (la philosophie).

[2]

L’espèce humaine, être vivant complexe, parvient à son état actuel de développement à la faveur d'une longue série de mutations. Les innovations techniques, du feu à la micro-électronique, en passant par le langage et l'écriture en ont été à la fois les agents et les manifestations. Alors que les espèces animales évoluent en transformant leurs organes, l'homme, lui, ne change presque pas dans son corps. À la place, il modifie la technique, son prolongement extérieur, son interface avec le monde. Aussi les innovations n'apparaissent pas comme une suite d'évènements indépendants, au hasard des découvertes individuelles, mais comme des mouvements cohérents d'un système technique global dont les ruptures et les périodes d'équilibre évoluent en phase avec celles des systèmes sociaux, politiques, économiques, philosophiques.

Pour décrypter les mouvements de notre société, nous partons de ceux des systèmes techniques. Selon l'historien Bertrand Gille, "à une période donnée, dans une certaine aire géographique, la technique constitue un système global où tout est interdépendant”. Lorsqu'une innovation importante se produit, elle transforme peu à peu l'environnement. On ne peut pas considérer isolément un métier ou une profession, chacun dépend des autres1. S’obliger à voir les relations donne accès à la compréhension du mouvement des échanges, des institutions, des pouvoirs, des mœurs, de la pensée, y compris de la pensée philosophique, et de leur influence en retour sur la technique.

Cette démarche enrichit la prospective qui privilégie trop souvent des dimensions particulières, selon les spécialités ou les idéologies des auteurs : l'économique, le social, le politique, ou les technologies dominantes au détriment du système global.

La prospective ne peut se satisfaire d'un regard fragmentaire, elle exige la vision la plus large des facteurs du changement social. Elle seule permet de comprendre la métamorphose de notre temps, celle de l'émergence de l'esprit dans un monde qui se dématérialise.

L'essai qui suit est donc une tentative d’élargir notre champ de conscience par une analyse globale du présent, à partir des enseignements de l'histoire, en commençant par celle des systèmes techniques dans leurs relations avec la société. Parce que l'histoire seule peut éclairer un futur dont les germes sourdent sous notre regard éveillé. [2]

[3]

Remerciements :

Annie Batlle m'a aidé à mettre dans une forme lisible ce livre, en l'enrichissant de données variées, issues de ses travaux personnels [3]. Après le rapport sur l'état de la technique, élaboré avec André-Yves Portnoff et la revue "Sciences et Techniques", les travaux de l'équipe du CPE entre 1982 et 1987 dans les domaines de la veille technologique, de la prospective et de l’évaluation m’ont servi de base. Je remercie les membres de cette équipe chaleureusement. Sans eux, cette nouvelle prospective n'aurait jamais pu naître. Le séminaire "approches de la cognition", tenu à Cerisy en juin 87, m'a apporté les éléments théoriques nécessaires pour compléter la lecture de nos précédents travaux. Les cartes qui figurent dans ce volume viennent du GIP Reclus, pour Europrospective. Merci également à Liliane Le Méhaute d'avoir saisi cet ouvrage sur "micro", dans des conditions parfois acrobatiques.

Thierry GAUDIN

[4]


[1] Numéro spécial de la revue Sciences et Techniques - juillet août 86.

[2] Bertrand Cille, Histoire des techniques, La Pléiade, Paris, 1978.

[3] A. Batlle, les travailleurs du futur, Seghers, Paris, 1986.



Retour au texte de l'auteur: Thierry Gaudin, prospectiviste Dernière mise à jour de cette page le vendredi 2 octobre 2015 6:17
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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