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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Fernand Harvey, “Gérald Fortin, sociologue engagé”, in revue Recherches sociographiques, XXXVIII, , 2, 1997: 208-209. [Autorisation de l'auteur accordée le 2 février 2004.]

[208]

Fernand HARVEY

Sociologue, Université du Québec à Rimouski

Gérald Fortin, sociologue engagé.”

In revue Recherches sociographiques, vol38, no 2, 1997, pp. 208-209.

Avec le décès récent de Gérald Fortin disparaît l'une des grandes figures de la sociologie québécoise de la Révolution tranquille. Il aura été, en effet, le principal initiateur du courant de la sociologie interventionniste au Québec, particulièrement entre 1958 et 1972, alors qu'il était professeur au département de sociologie de l'Université Laval. L'itinéraire intellectuel de Fortin est assez exceptionnel et témoigne des bouleversements survenus au sein de la société québécoise au cours des années 1960. Issu du milieu rural mais transplanté dès son enfance à Québec où son père obtient un modeste emploi de fonctionnaire sous Duplessis, Gérald Fortin entretiendra avec ce milieu rural traditionnel un rapport ambigu. Il écrira lui-même à ce sujet : « En contact avec la réalité grise et parfois même sinistre du milieu rural, il était difficile de croire aux beaux discours des universitaires montréalais sur la beauté du milieu rural. »

En fait, au début de sa carrière, tout semble l’éloigner du milieu rural. Formé à la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval, puis à l'Université Cornell, au cours des années 1950, il se définit lui-même comme ouvriériste (non marxiste) influencé par le mouvement de l’Action catholique et antinationaliste dans la perspective de Cité libre. Le jeune intellectuel qu'il était cherche alors à se démarquer d'une pratique sociologique de type aseptique au profit d'une sociologie axée sur l’engagement social et la transformation de la société. Par un curieux retour des choses lié aux nécessités de la recherche, celui qui voulait se consacrer à l'étude de la classe ouvrière, considérée alors comme le moteur du changement social au Québec, deviendra un spécialiste du milieu rural. On lui doit notamment une importante étude sur la transformation d'une paroisse agroforestière de la région de l'Etchemin et sur la professionnalisation du travailleur forestier à la fin des années 1950. Les recherches de Fortin sur la disparition du colon-bûcheron traditionnel sont venues, en quelque sorte, boucler la boucle de la thèse développée par certains historiens sur le système agroforestier qui fait son apparition au Québec au milieu du XIXe siècle, en même temps quelles mettaient en évidence le désarroi d’un milieu rural en pleine déstructuration.

[209]

La soif d'engagement social de Gérald Fortin allait trouver un défi de taille quelques années plus tard, alors qu'il obtenait le poste de directeur de la recherche sociologique au Bureau d'aménagement et de développement de l'Est du Québec (BAEQ). Ses observations sur le terrain l'amènent à considérer qu'il faut changer la mentalité traditionnelle du milieu rural alimentée notamment par le patronage politique, au profit d'une nouvelle vision des choses axée sur l'aménagement du territoire et sur une véritable démocratie de participation qui utiliserait, cette fois, la région comme cadre d'action et non plus la ruralité. D'où l'importance qu'il accorda à l'émergence des nouvelles structures de concertation que constituaient les conseils régionaux de développement. Mais l'utopie de la participation, si caractéristique des années 1960, allait se heurter à un courant opposé : celui de la technocratie. Et Fortin réalisera assez vite l'ambiguïté de la position du sociologue, partagé entre son rôle d'expert au service de l'État et celui d'agent de changement social au service de la population.

À travers l'ensemble des écrits de Gérald Fortin, on peut déceler un thème majeur et récurrent : celui de la modernité, qu'il préférait appeler le changement social. Les transformations rapides de la société québécoise, il avait pu les observer non seulement dans ses études sur le milieu rural et régional, mais également dans une ambitieuse enquête de terrain sur les habitudes de consommation qu'il avait effectuée avec l'anthropologue Tremblay, à la fin des années 1950, et qui demeure un classique du genre : Les comportements économiques de la famille salariée au Québec. Esprit brillant et particulièrement subtil, Fortin a vite senti que la culture urbaine était devenue le paradigme dominant pour l'ensemble du Québec et que la vieille opposition entre la ruralité et l'urbanité n'avait plus sa raison d'être à l'époque de la Révolution tranquille. C’est aussi à cette époque qu'il adhère au courant néonationaliste.

En 1971, il quitte l’Université Laval pour devenir le directeur-fondateur du Centre de recherches urbaines et régionales (CRUR) à Montréal, lequel deviendra par la suite l'INRS-Urbahisation. Il y poursuivra ses recherches sur le phénomène urbain et sur la transformation des structures régionales. Son maître-livre, La fin d'un règne (HMH, 1971), rassemble ses principales études sur les transformations du Québec rural traditionnel et sur l'avènement de l'urbanité.

Gérald Fortin aura été, non seulement un chercheur original et un intellectuel engagé, mais également le maître à penser de plusieurs générations d'étudiants. Il aimait discuter avec ses élèves de ses hypothèses de recherche et de ses expériences de terrain. Les questions qu'il posait alors demeurent toujours d'actualité.

Fernand Harvey

INRS-Culture et société.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 11 avril 2026 9:04
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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