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La délinquance cachée à l’adolescence
Présentation
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La délinquance, les délits des adolescents, attire l'attention de toutes les personnes engagées dans l'éducation des jeunes ; elle inquiète aussi toute la population par son caractère de provocation.
Les médias témoignent quotidiennement de ces attitudes et réactions face à la délinquance des mineurs. Par ailleurs, les diverses instances de la société font de la délinquance une question sociale plutôt que légale, la loi 24 pour la protection de la jeunesse du Québec en témoigne éloquemment.
La délinquance soulève la peur mais la société réagit quand même plus en terme d'éducation que de répression quand il s'agit de la jeunesse. Toutefois cette peur est probablement engendrée par la méconnaissance de son ampleur réelle et de sa vraie nature. Nous avons bien des descriptions détaillées de la délinquance apparente, celle qui est connue et enregistrée par les diverses instances de protection et de justice des mineurs ; pour le Québec, LeBlanc (1977b) présente une telle description extensive.
Cette délinquance apparente, officielle, si l'on peut s'exprimer ainsi, est probablement très différente de la délinquance cachée, de la délinquance réelle. Une description de celle-ci est peut-être un des moyens d'enrayer cette peur, ceci grâce à une connaissance plus adéquate de l'ampleur et de la nature de la délinquance à l'adolescence.
Des questions comme : est-elle généralisée ? Quelle est sa vraie nature ? Comment se développe-t-elle ? Est-elle différente, dans son ampleur et sa nature, chez les adolescents et chez les pupilles du tribunal ?, sont définitivement des questions qui nous permettront une meilleure connaissance de la délinquance. C'est à de telles questions que s’attaque le présent rapport, avec comme objectif que les réponses n'aient pas seulement des incidences théoriques mais aussi des implications pratiques en terme de politique d'intervention et de stratégie d'action auprès des contrevenants.
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Une description approfondie de la délinquance cachée des adolescents est présentée dans ce volume sous le titre de “la délinquance cachée à l'adolescence”. Ce volume contient une synthèse de nos travaux dans ce domaine depuis plusieurs années et les conclusions dépassent sûrement les limites de l'unité territoriale de Montréal où les échantillons ont été tirés.
Il nous est apparu essentiel de consacrer un volume complet à l'étude de cette dimension et ce, malgré le nombre important de travaux sur le sujet depuis trente ans. L'analyse effectuée dans ce rapport se distingue d'ailleurs des travaux antérieurs grâce à plusieurs caractéristiques ; qu'il suffise de mentionner l'approche longitudinale, la taille et la représentativité des échantillons, l'importance accordée à l'analyse conceptuelle de la notion de délinquance cachée et la mise en parallèle des délinquants officiels et des délinquants non-judiciarisés.
Une définition rigoureuse de ce que nous entendons par délinquance cachée a été élaborée, ce qui a permis non seulement de bien la différencier de la déviance et de la délinquance apparente, mais encore de l'opérationnaliser de manière à considérer autre chose que le volume ; de la sorte, des indices importants comme la gravité, la direction (les types spécifiques de comportements), le polymorphisme et les circonstances entourant le comportement (complicité, préparation, outils...) ont pu être retenus et affinés. Cette richesse de contenu opérationnel au niveau de la variable délinquance cachée ne pouvait que favoriser un portrait plus précis, plus exhaustif et plus vivant du phénomène. De fait, grâce à cette approche, plusieurs chapitres du présent rapport apportent ce que nous estimons être une description en profondeur de l'activité délinquante des adolescents du tribunal.
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La gamme de données recueillies constitue un des points forts de la démarche. En effet, deux échantillons aléatoires, respectivement de 825 adolescents fréquentant l'école et de 470 pupilles du tribunal, ont été mis en scène, ce qui a permis de dresser un inventaire beaucoup plus complet et beaucoup plus nuancé de la délinquance chez les adolescents, et ceci grâce à la fois à la comparaison des deux groupes et aussi à la représentativité qu'ils assurent. Une dernière caractéristique singularise notre analyse de la délinquance cachée, à savoir l'utilisation d'une approche longitudinale qui est celle de la méthode du panel avec deux vagues successives, deux années d'intervalle séparant chacune. Une telle démarche est excessivement rare parmi les études sur la délinquance cachée et même chez celles portant sur la délinquance en général.
Ce rapport comprend deux parties. Une première partie présente d'abord une étude de l'ampleur et de la nature de la délinquance cachée des adolescents du tribunal et de milieu libre avec comme centres d'intérêt l'épidémiologie de l'agir délictueux, et elle se termine par une comparaison de la délinquance cachée de ces adolescents avec celle d'adolescents qui ont été des pupilles du tribunal pour mineurs de Montréal. Quant à la deuxième partie, elle cerne, avec ces deux derniers échantillons, les contours du développement de l'agir délinquant à travers le temps.
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