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Alain MASSOT
sociologue et professeur agrégé,
retraité du Département des fondements et pratiques en éducation,
Université Laval
“Les « IELS » et les six « P ».”
Un article publié dans la revue LE TRAIT D’UNION, Bulletin de l’Association des retraités de l’Université Laval, septembre 2022, pp. 18-19. Québec : Université Laval.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que l'auteur.
Si le sexe est un choix, alors pourquoi pas : « IEL », préfigurant ce choix ?
Simone de Beauvoir y serait pour quelque chose :
- « On ne naît pas femme. On le devient. »
- ... Sauf qu'on le reste, à l'exception près !
L'exception confirmant l'état de nature.
Reprise d'un vieux philosophe :
- « On ne naît pas chrétien. On le devient. »
- ... Et on ne le reste pas nécessairement !
On pouvait répliquer ainsi à l'égérie du féminisme en son temps.
Mais le vivant aurait, depuis, changé de nature. Voilà que la science établit une confusion sexuelle induite par les nanoparticules des polluants qui métamorphosent le vivant. Ce que l'on appelle les perturbateurs endocriniens ou hormonaux. Ce sont les six poisons issus de la pétrochimie,
- (soit les « 6 P») :
-
- * Pesticides;
- * Plastifiants;
- * Perfluorés;
- * Pharmaceutiques (médicaments et additifs);
- * Parabènes (conservateurs);
- * Polybromés (retardateurs de flammes).
Cela inverserait la problématique du choix du genre qui deviendrait l'expression d'une indétermination sexuelle biologique, voire même d'une intersexualité.
Ce qui fait dire à Jacques Balthazar : « On naît hétéro ou homosexuel, on ne choisit pas de l'être. » (2021). On peut lire aussi : « On devient homme et femme avant même de naître », à moins que cette potentialité ne soit altérée par des polluants chimiques (Corinne Lalo, 2021, p. 435).
Nous sommes aux prises avec une tout autre question, au-delà des stéréotypes sexuels ou genrés.
Voici le plus gros scandale scientifique depuis l'affaire Galilée.
- « Quand les poissons se féminisent,
- Quand les escargots de mer voient apparaître des « femelles à pénis »,
- Quand les alligators développent un micro-pénis,
- Quand les mâles ne sont plus attirés par les femelles,
- Quand les crapauds deviennent hermaphrodites,
- Quand les ibis deviennent homosexuels.
- Quand les garçons ont des testicules qui ne descendent plus,
- Quand les hommes perdent la moitié de leurs spermatozoïdes en une génération.
- Quand leur taux de testostérone baisse significativement.
- Quand les calvities deviennent légion,
- Quand les petites filles ont des pubertés précoces.
- Quand les jeunes filles ont des règles plus douloureuses,
- Quand les jeunes femmes découvrent l'endométriose et les ovaires polykystiques.
- Quand les cancers du sein et de la prostate explosent,
- Quand les couples ont du mal à procréer,
- Quand les obèses se multiplient,
- Quand le nombre de diabétiques triple en vingt ans,
- Quand les enfants ont des cerveaux déficients et un QI en berne,
- Quand le taux de thyroïdiens a presque doublé en quatre générations...
- ... c'est qu'il y a un problème. Et ce problème porte un nom : les perturbateurs hormonaux » [1]
Déni scientifique dans le cas de l'héliocentrisme pour sauvegarder l'interprétation littérale de la Genèse; déni scientifique dans le cas des perturbateurs endocriniens de la part des oligarques et de leurs lobbys pour défendre l'esprit du capitalisme.
Le darwinisme fut également un cas de déni scientifique pour les mêmes raisons que l'affaire Galilée en ce qu'il s'oppose à l'histoire biblique de l'origine du monde, débat toujours en cours aux États-Unis avec les créationnistes puisque l'on enseigne cette théorie, le créationnisme, au même titre que la théorie de l'évolution comme si le vrai et le faux étaient indiscernables. Dans ces deux grandes affaires, il s'agit d'un conflit d'interprétation de la nature des choses. Dans le cas des perturbateurs endocriniens, il s'agit d'un conflit sur la pénétration du vivant et de sa manipulation. Ce qui est autrement plus grave de conséquence.
De plus, ces deux affaires avaient un nom - Galilée, Darwin - ; il n'y a pas de nom associé aux perturbateurs endocriniens si ce n'est un système : le capitalisme.
Ce nouvel enjeu se heurte frontalement aux conglomérats névralgiques du capitalisme industriel que sont le complexe pétrochimique, le complexe [19] pharmaco chimique et le complexe agroalimentaire, responsables des nanoparticules intrusives dans la biodiversité.
Coupables, ces géants de l'industrie dans la mesure où ils développent une stratégie du doute en toute connaissance de cause sur laquelle s'appuient leurs puissants lobbys qui noyautent comités, commissions, hautes autorités... ; ceux-ci en retour, orientent les décisions du pouvoir politique. Et la boucle est fermée dans une pure « fabrique du mensonge » [2].
Nous ne sommes pas dans le registre des fausses nouvelles (Fake News), mais bien face au tableau du savoir effacé. Ainsi pour le cas de l'amiante, le charbon, le tabac, le plomb, la thalidomide, le DTT, perfluoroalkylées (PFAS), les microplastiques des biberons et des bouteilles d’eau ... et aujourd'hui, le chlorothalonil, les néonicotioïdes, [3]... La liste est infinie !
Devant le désordre mondial de la biosphère, dont la pandémie n'est qu'un épiphénomène, se pose donc toujours la question de la détermination socio-historique des savoirs.
[1] Corinne Lalo, Le grand désordre hormonal. Ce qui nous empoisonne à notre insu, Le Cherche midi, 2021, p. 18-19.
[2] Stéphane Foucart, La Fabrique du mensonge, Folio, 2014.
[3] Radio Télévision Suisse (RTS), Temps présent. Pesticides. À quand la fin du carnage? Février 2022.