Chapitre I.
Introduction

Le premier septembre 1939, les troupes d'Hitler pénétraient en Pologne. La Seconde Guerre mondiale commençait. Vingt-cinq jours plus tard, Varsovie bombardée par l'artillerie et par l'aviation, privée du concours de ses alliés occidentaux, incapables de remplir leurs engagements, était forcée de capituler. Ce furent alors quatre longues années de lutte clandestine, d'arrestations, de misère...
La Gestapo déchaînée avait les mains libres ; à Berlin, l'extermination des Polonais était acceptée d'avance. Sur les routes, dans les rues, des camions ramassaient la cargaison humaine. Femmes, hommes, enfants partaient ensuite, sous le contrôle vigilant et efficace des gendarmes allemands, dans des camps de concentration où la mort était au rendez-vous.
Pourtant, chaque matin, sur les murs et sur les pavés, apparaissaient deux lettres tracées au crayon noir ou à la craie : P.W. Initiales du cri national, symbole d'une force irrésistible : Pologne lutte. De temps en temps, « à titre d'exemple », on fusillait en plein centre de Varsovie des dizaines d'otages. Pour mieux les réduire au silence, on leur fermait la bouche avec du plâtre. Le simple plâtre blanc qui empêchait de crier : « Vive la Pologne ! » Mais les autres, tous les autres, qu'on n'a pas eu le temps, ou la possibilité, de fusiller, étaient là, présents, agissants, actifs ... Ils avaient vu et ils se souvenaient.
À l'automne de 1944, Varsovie reprenait les armes. Les revolvers, les carabines et les grenades sortaient de leurs cachettes. L'insurrection dura deux mois. On défendit chaque coin de rue, chaque square, chaque maison et puis, vers la fin, quand tout se disloquait et ne devenait que ruines, chaque fenêtre et chaque porte. La trop célèbre Luftwaffe lançait comme à la parade ses cargaisons de bombes sur les toits marqués de croix rouges, sur les églises, sur les maisons et sur les barricades. Opérations glorieuses et réussies d'avance, sans risques inutiles : Varsovie n'avait aucun moyen de défense antiaérienne.
De l'autre côté de la Vistule, l'armée de Staline attendait l'écrasement de l'insurrection. Parfois, comme pour s'exercer au tir, elle envoyait quelques balles en direction de ceux qui avaient eu l'imprudence de trop s'approcher des auberges. En direction de soldats polonais qui ne parvenaient pas à croire que l'incroyable était vrai. Car l'U.R.S.S. d'alors qui a permis cette chose horrible, l'écrasement de l'insurrection, était l'allié des Occidentaux dans la lutte contre Hitler.
Pour les défenseurs de Varsovie ce fut la capitulation et le départ. L'armée polonaise de 1944 s'en allait en Allemagne grossir les rangs des prisonniers de guerre.
L'armée rouge devenait, en Pologne, maître après Dieu.
Une page de l'histoire venait de tourner.
Après...
L'année 1945 fut l'année de l'allégresse générale. En France, en Angleterre, en Hollande, les troupes défilaient sous la photographie de Winston Churchill dont les doigts traçaient le grand V de la victoire. En Pologne, flottaient les drapeaux rouges et les immenses reproductions du sourire du père de toutes les Russies, le maréchal Staline, ornaient les murs.
À Paris, à Londres, à Rome, des prisonniers de guerre rentraient dans leurs foyers. Dans les sinistres camps allemands, les soldats polonais attendaient qu'on décide de leur sort, car à Lwow, à Brzesc et à Varsovie, dans les villes, dans les campagnes et dans les bourgs polonais, de nouvelles arrestations commençaient.
Ceux qui s'étaient battus contre les Allemands, ceux qui pendant quatre ans avaient vécu dans le maquis, devenaient soudain des criminels. Les Russes nettoyaient le terrain ... La couleur des uniformes changea, mais la réalité quotidienne resta la même ; seulement, il n'y avait plus d'espoir. On ne pouvait plus écouter la radio pour avoir des nouvelles de l'étranger ; Londres, Paris, New-York avaient cessé d'émettre des messages spéciaux à destination de Varsovie. L'Occident venait d'abandonner la Pologne.
Pourtant, il fallait reconstruire et reprendre en main la destinée d'un pays dont les pertes s'élevaient à 38% du patrimoine national et dont la population était tombée de 35 à 24 millions d'habitants.
À Varsovie, des volontaires commençaient à déblayer les ruines.
L'Occident acceptait le fait accompli.
Illustration 1
Varsovie à la belle époque (dessin d'Antoni Uniechowski)

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