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Collection « Les sciences sociales contemporaines »
Espérer . (1983)
Une édition électronique réalisée à partir du livre de M. Jean-Marc Piotte, Espérer . Un article publié dans la revue Conjoncture politique au Québec, no 4, automne 1983 (pp. 157 à 163) (Dossier : Minorités du Québec). Montréal : Éditions coopératives Albert Saint-Martin. [Autorisation accordée le 21 juin 2003.]
Texte intégral de l'article
Suite de l'article du professeur Piotte intitulé Le destin capitaliste . Un article publié dans la revue Conjoncture politique au Québec, no 3, printemps 1983 (pp. 127 à 138) (Dossier : Famille et société). Montréal : Éditions coopératives Albert Saint-Martin.
La révolte seule accède au désordre injustifiable dont le sens est de n'être pas com-patible avec la loi.
Georges Bataille
C'est en dépassant le donné vers le champ des possibles et en réalisant une possibilité entre toutes que l'individu s'objective et contribue à faire l'histoire : son projet prend alors une réalité que l'agent ignore peut-être et qui, par les conflits qu'elle manifeste et qu'elle engendre, influence le cours des événements.
Jean-Paul Sartre
Lois, tribunaux, police et armée : l'État possède le monopole de la violence légitimée. La violence s'exerce aussi dans les usines, les écoles, les familles, les rues, niais elle est encadrée par celle de l'État. La limitation, la légitimation de telles violences dans tel organisme social varient selon les divers types de sociétés, étatiques ou non. Habituellement, les politicologues distinguent les États totalitaires, capitalistes ou socialistes, des États démocratiques, la plupart de ceux-ci se situant dans les pays capitalistes avancés, occidentaux et blancs. Cette distinction, dans sa brutalité, ne devrait pas masquer, par sa grossièreté, les nuances qui différencient et individualisent les États d'une même catégorie. Tout cela est fort connu. Ce qu'on feint souvent d'ignorer c'est que des pays totalitaires peuvent, comme en Union soviétique, empêcher les libertés que nous connaissons ici avec la complaisance de la majorité de la population.
Assentiment, effet de l'idéologie : la classe dominante dirige aussi, et la direction ne se réduit pas à la domination. Société politique et société civile, coercition et hégémonie constituent les deux pôles de la société. Mais l'idéologie, domaine d'importance politique majeure, est plus difficile à cerner et à analyser que l'État. Le fonctionnement des divers appareils idéologiques a été partiellement dévoilé, et nous savons que la liberté d'expression, dans sa diffusion, est plus ou moins limitée selon les organisations, les sociétés et les États. Le rapport dirigeants/dirigés rend plus perplexe : comment expliquer que les classes dirigées acceptent l'hégémonie de la classe dominante ? Diverses hypothèses ont été avancées. Économiste: les classes dirigées y trouvent leur intérêt en progrès social et économique. Psychanalytique : elles désirent l'autorité. Réaliste: c'est comme ça, il y a toujours eu et il y aura toujours des organisateurs et des organisés, et ceux-ci s'adaptent à cette réalité. Des rationalistes insisteront sur le rapport savoir/non-savoir et certains proposeront l'accessibilité de tous à celui-là comme moyen de limiter, voire de supprimer, l'inégalité inhérente à toute direction. D'autres insisteront sur les mensonges et les non-dit par lesquels la classe dirigeante obtiendrait l'assentiment des dirigés. Mais le mensonge n'est pas qu'instrumental : la classe dirigeante croit le plus souvent à ce qu'elle profère. Et montrer le mensonge situe l'intervenant dans un lieu, dans une place, celle d'un groupe de dominés, où il est possible de discerner l'illusion, de démarquer le discours narcissique de la classe dirigeante de sa pratique réelle.
Le pouvoir condensé par l'État se mesure, et s'évaluent les rapports de forces qui structurent l'interdépendance entre États et entre classes dominantes classes dominées. Face au pouvoir, soumission, luttes masquées ou déclarées, rébellion ou révolution : tout s'inscrit dans des rapports complexes d'affrontements qui permettent à tout politicologue chevronné d'expliquer l'issue d'un événement passé. La puissance exercée par la classe dirigeante sur les dirigés, l'interdépendance jouée par ces deux groupes d'acteurs nous plongent au sein d'un domaine aux contours indéterminés et au paysage flou. Car ou commence l'idéologie dominante et où se termine-t-elle : ici, comment s'articulent la culture québécoise, la culture canadian, l'american way of life, l'idéologie capitaliste, la civilisation gréco-romaine, la tradition chrétienne et la mythologie du peuple juif (je m'arrête à mon dernier repère un peu précis) ? L'hégémonie de la classe dirigeante ne se réduit pas à son contrôle sur les appareils idéologiques : dans des pays totalitaires ou démocratiques, la direction de la classe dominante est assumée ou contestée par lit majorité des dirigés, indépendamment du type de mainmise, brutale ou libérale, que les dominants exercent inévitablement sur les organisations culturelles. Le comportement des dirigés ne s'explique pas non plus uniquement par les besoins : satisfaits ou pas, repus ou déçus, les dominés s'insurgent ou s'assujettissent selon des variables indéterminées. Les ignorances, inéluctables, des dirigés ne peuvent expliquer leur Soumission. Un épistémologue distinguerait science, savoir et non-savoir : le premier regrouperait ces domaines où la majorité des spécialistes s'entendent sur les acquis de leurs disciplines respectives, le second, les intellectuels qui imaginent comprendre et le dernier, la multitude dont ceux-là se démarquent. Mais en ce qui nous concerne, hommes et lemmes, enfants et adultes. mammifères à deux pattes, à station verticale, aux mains fabricantes et au langage articulé, sauf dans cette section mathématisée de la linguistique, nous ne savons pas ce que nous sommes hormis que nous dominons la planète Terre. Le désir ? Il oscille entre l'ordre et le désordre, l'autorité et la contestation. Méfiant, je me refuse cependant au scepticisme : nous savons plus qu'hier.
Entre les classes dominantes/dirigeantes et les autres, les intellectuels sont situés ou se choisissent. Dans toutes sociétés stables, la majorité des intellectuels vénère ceux qui les nourrissent et les valorisent. J'opte pour la lutte des dominés et dirigés. Par pari: l'espoir me semble nicher chez ceux qui ne peuvent aspirer qu'à une société autre. Par enfance assumée: je me révolte contre la bête autorité. Mon projet : m'attacher aux dominés/dirigés en lutte, dénoncer les non-dits et les mensonges des dominants, chanter les rêves d'une société où libertés et différences se conjoindraient dans la lucidité.
Pouvoir et puissance : des livres et des livres s'accumulent pour les dires, les louanger ou les critiquer. Situons-nous ailleurs, là où des mouvements sociaux refusent le déjà-donné et aspirent à un monde autre. Car, contemplé d'en haut, toute aspiration d'en bas à des transformations profondes semblent dérisoires. Or l'histoire est jalonnée de luttes, de rébellions et de révolutions ; sans celles-ci, celle-là n'existerait pas : nous habiterions alors cette inexistante contrée, l'éternité. Ces mouvements, dans leurs avènements singuliers, demeurent imprévisibles. Après coup, des explications seront assénées par la confrérie des sociologues et homologues : baisse du niveau de vie, décalage grandissant entre aspirations et satisfactions, effets événementiels de changements structuraux, idéologie qui masquait les bas intérêts de ceux qui animaient le mouvement : ces raisonnements, qui produisent des connaissances, ne sauraient cependant, dans leur réductionnisme, rendre compte de l'imprévu, du hasard, des germes de renouvellement et de bouleversement constitutifs de la vie.
Ces mouvements peuvent s'appuyer sur diverses classes et groupes sociaux, poursuivre des imaginaires sociaux différents, défendre de manière intransigeante les valeurs que professent les classes dirigeantes mais qu'elles ne pratiquent pas ou relancer des valeurs oubliées: demeurent cependant certaines constances de tout mouvement social.
Tout mouvement implique des organisateurs qui le jouent, des intellectuels qui le signifient et des leaders qui le symbolisent. Le mouvement ne se réduit évidemment pas, comme le proclament les intellectuels des dominants, à sa couche intellectuelle, mais sans celle-ci celui-là ne prendrait forme. Il surgit de la rencontre inopinée d'un groupe d'intellectuels et d'une masse sociale en révolte et en lutte: il constitue la fusion explosive de ces deux ingrédients. Personne ne peut prédire quel groupe d'intellectuels contestataires se coagulera avec telle couche sociale pour produire, dans tel pays et telle conjoncture, tel mouvement social. La réalisation d'une possibilité entre d'autres permet, en flash back, de décrire ce qui est advenu, tout en laissant hors focus les possibilités non actualisées. Tout mouvement social se caractérise aussi par la jeunesse de ses participants. Je ne me réfère pas ici à la jeunesse comme classe révolutionnaire, cette formulation sociologique du mouvement étudiant des années 68. car elle masque l'entité sociale dominée qui est en lutte : ouvrière, paysanne, nationale, féminine, étudiante, ... Mais je reconnais que, dans tout groupe social en mouvement, les jeunes sont à l'avant-garde de la lutte, comme s'ils n'avaient rien à perdre et parce que leur imaginaire social n'a pas encore été laminé par les expériences.
Dans ses variantes, le demi-cercle figure tout mouvement social. Il surgit de manière impromptue et croît jusqu'à un sommet, la fête, pour peu à peu s'institutionnaliser, se rétrécir et disparaître comme mouvement.
Les anarchistes et les libertaires valorisent la fête, ce moment historique où tout semble possible. Table rase du passé: le présent vécu dans l'exaltation indique l'avenir où désirs et besoins seraient réconciliés en toute rationalité. À l'imaginaire dominant d'un système figé par le destin humain, ils opposent le rêve vécu d'une humanité où les êtres seraient égaux car libres, et fraternels dans leurs différences lucidement assumées. Les libertaires sont les chantres de la fête révolutionnaire.
Dans toute fête, des leaders signifient, mais ils n'exercent pas de fonction d'autorité proprement dite, sauf celle d'une séduction où les séducteurs sont aussi séduits. Leur charisme ne s'exerce que dans la mesure où ils miroitent le bouleversement qu'ils expriment, disent les attentes d'une multitude en mouvement dont ils sont l'effigie, chantent l'avenir radieux espéré dans ce présent. Les adhérents s'aiment à travers le charisme des chefs qui reflètent leurs aspirations ; les leaders s'aiment à travers l'admiration qu'ils éprouvent pour la spontanéité, l'enthousiasme et la créativité d'êtres en mouvement. À chacun selon ses capacités, besoins et désirs. Le calcul commerçant est oublié : personne ne compte ce qu'il reçoit ou donne. La totale disponibilité à l'autre, la plus complète générosité s'avèrent réciproques. Lavenir prolongera et magnifiera cette fête en détruisant les porteurs de lois qui répriment le désir social d'un monde autre. Le passé tissé de dominations et le quotidien ennuyant s'évanouissent devant une nouvelle existence qui valorise et signifie chaque participant dans ses projections. Lespoir se vit dans son actualisation.
Toute fête transgresse dans l'exception et l'extraordinaire, mais les fêtes instituées par la tradition, comme l'anniversaire ou le nouvel an, sont assujetties à un certain nombre de règles, à un début et une fin prévus. L'irruption du merveilleux est encadrée dans le temps: après la fête, tout doit revenir au quotidien. L'originalité du présent s'inscrit dans un avenir répétitif du passé. Tout contrat est bouleversé, mais chacun sait l'éphémère de cette brisure. Au contraire, dans tout mouvement social à son apogée, dans toute fête révolutionnaire, les limites semblent indéterminées, chacun vit dans un monde sans frontière et le bonheur se vit sans durée.
Les libertaires ne vivent que pour ces moments d'exaltation. Et j'ai toujours préféré ces individus aux militants portés par une foi sécurisante et pratiquant un catéchisme convainquant. Ils sont plus créateurs et plus libres que ces contestataires autoritaires de l'autorité. Pourtant, les libertaires feignent d'ignorer le début et la fin de toute fête historique et sous-estiment ainsi l'historicité concrète de toute lutte, le rapport de forces qui l'anime, la stratégie qui l'oriente, les effets qu'elle produira. Car si tout mouvement social nourrit sa fin, celle-ci n'est pas indifférente, car elle est histoire : trace qui s'y dissimule (le syndicalisme de combat des années 70), porteur d'un parti qui le dévorera en cherchant à l'actualiser par une majorité parlementaire (l'indépendance et la sociale-démocratie du Parti québécois), base d'un parti qui dirigera la destruction de la classe dominante et la reconstruction d'une société autre et d'une nouvelle classe dominante (les pays socialistes), institutionnalisation d'un contre-pouvoir (le mouvement ouvrier et l'organisation syndicale), instigateur de réformes (la santé et l'éducation durant la révolution tranquille) : les résultats concrets, les fins objectivement poursuivies et les moyens utilisés m'importent autant, sinon plus, que la fête enthousiasmante. La nuit ne saurait faire oublier le jour ; le désir, la complexité du réel ; l'imaginaire, les réalités : l'histoire vit de leur union.
Ma haine de l'autorité ne saurait non plus me conduire à appuyer tout mouvement social au nom de la fête, de la lutte ou d'un espoir. Pouvons-nous (Mettre que le fascisme a constitué un mouvement social ? Qu'Hitler, ce jeune chômeur, devient l'effigie de la lutte des déclassés par une société capitaliste en crise, avant d'être le chef, admire par la majorité charmée des Allemands, du nouvel État ? À ce jeune État musclé, je préfère encore et défendrai toujours la République ridée de Weimar. Entre deux maux, je choisis le moindre. Des pouvoirs, des dirigeants et des dominants chapeautent toute société, et ne m'indiffère pas le type d'autorité véhiculée. Qui sont les amis et les ennemis, non seulement en paroles, mais dans la pratique du mouvement ? Quelles valeurs professe-t-il et quelles sont celles qu'il vit ? Quels sont ses objectifs, son programme et les moyens préconisés ? Quelle est sa rationalité ? Ma haine de l'ordre existant ne me contraindra pas à appuyer un mouvement porteur d'un ordre plus vil. Contestataire, je ne veux frayer qu'avec ces mouvements qui engendrent des réformes satisfaisant des besoins de dominés et qui limitent l'arbitraire des dominants. Je suis donc radicalement réformiste, même dans mes appuis à des mouvements révolutionnaires.
Tout mouvement social, dans son apogée, est transporté par une utopie. Certains rendent celle-ci responsable de la réalité antithétique qu'elle aurait engendrée. Ainsi l'utopie communiste produirait les pays socialistes existant réellement. Le rêve est non seulement condamné au nom de la réalité : il en serait l'origine sournoise et inconsciente. Il ne faut plus rêver et, encore moins, chercher à actualiser un imaginaire social. Ces philosophes, désabusés par la mort d'une passion, qui s'évertuent à justifier leur morbide cynisme en récusant toute passion, oublient de parler de ces dictatures qui, comme au Chili, ne reposent sur aucune utopie et défendent impitoyablement les dominants d'un ordre en putréfaction. À leur imaginaire d'une société close par la domination et la haine, je préfère le rêve d'une société d'êtres libres, en mouvement et amoureux.
Utopique, le mouvement social communie à du sacré. Le Paradis ne sera pas à la fin de nos jours, mais, sinon maintenant, dans un avenir prophétisé. Le peuple juif et ses dissidents chrétiens auraient eu raison : l'histoire aurait un sens. Et celui-ci ne renverrait pas à une transcendance comme chez Moïse et le Christ, mais serait immanent à l'histoire comme l'affirme le promothéen Marx. On ne peut reprocher à Marx d'être de culture occidentale, à moins de rêver que quelqu'un d'ici puisse s'engendrer fils d'une autre culture. Et Marx, qui apprend sur l'histoire sous le capitalisme, a su substituer à l'espoir dégonflé du christianisme le rêve d'une société en devenir vers un monde meilleur.
Je connais certains chrétiens marginaux qui lient transcendance et immanence comme chez un Teilhard de Chardin marxisé. Le Christ ne serait pas seulement le chantre du Royaume des Cieux, mais aussi un révolutionnaire qui luttait avec les pauvres et les miséreux. Je ne saurais condamner leur imaginaire religieux car ils partagent le sens de notre combat contre l'injustice et l'exploitation. Leur générosité les démarque nettement de ceux qui déchantent de tout avenir au nom du passé. Mais, pour ma part, je suis athée, même si je sais que mes chants se modulent sur la grande symphonie judéo-chrétienne. C'est l'ancien et le nouveau Testament qui m'ennuient prodigieusement. Je ne saurais concevoir un Dieu qui, comme Ponce Pilate, se lave les mains et nous rend responsable des maux de l'humanité. Je ne saurais nie sentir coupable du péché originel ni de la crucifixion. L'humanité est bel et bien libre de ce qui lui advient dans des situations déterminées, mais nous n'avons pas besoin d'imaginer un bon Dieu pour fonder cette affirmation. Innocent du passé de l'humanité, même si j'y suis lié, je suis responsable de mes actes et de leurs conséquences dans le passé, le présent et l'avenir : cette solitaire liberté nie suffit.
Peut-être Nietzsche a-t-il raison ? L'histoire serait cyclique : la civilisation capitaliste s'écroulera comme d'autres civilisations. Beaucoup de signes l'annoncent. Les hommes polluent la planète tandis que les ressources naturelles et alimentaires s'épuisent: la projection des données actuelles conduit au désastre si l'histoire poursuit son cours. La crise économique et sa traditionnelle sortie : des guerres de plus en plus dévastatrices. Je ne pense pas ici à des guerres locales ou régionales. Mais à des reprises de 14-18 ou de 39-45. À une profonde crise, une guerre étendue. Apocalypse now. Après chaque grande guerre, les rescapés ont toujours imaginé impossible une nouvelle guerre, compte tenu des moyens de destruction accumulés. Ne nous leurrons pas: l'intelligence de l'homme alliée aux pouvoirs des États ont maintenant stockés suffisamment de moyens de destruction pour annihiler toute vie sur la planète. Le passé se répéterait. Cette vision catastrophique de l'avenir m'effraie dans le désir morbide qu'elle révèle: imaginer ce gigantesque génocide que serait une 3e guerre mondiale, c'est l'appeler inconsciemment de ses vux. Je ne prône pas l'aveuglement : je sais la possibilité d'un suicide collectif mais, par goût de vivre, je rejette les croque-morts qui professent son inévitabilité.
Une troisième grande guerre ne supprimerait pas l'humanité : subsisteraient, ici ou là, des hommes et des femmes qui produiraient et se reproduiraient sur des bases sociales et culturelles qu'on ne peut imaginer. Mais la civilisation capitaliste serait probablement supprimée. Or c'est la seule que je connaisse et, malgré les critiques que je lui porte, elle me semble supérieure à la paix du cimetière: j'y vis. À la conception cyclique de l'histoire, j'opte pour une histoire qui, malgré dépressions et reculs, chemine à petits pas vers un avenir meilleur. La civilisation capitaliste disparaîtra un jour, non par lanéantissement de nos vies et de nos acquis, mais par l'émergence d'une civilisation supérieure, petit maillon d'une longue chaîne qui conduit l'humanité de la pré-histoire à l'avenir radieux. Je ne nie meus pas dans les certitudes. Je parie, et c'est au sein de ce fondamental choix de la vie contre la mort, de l'espoir contre la désespérance, du rêve transformateur contre l'imaginaire réifié, que j'inscris mes luttes, mes projets et mes chants. Nous avons raison de rêver.
Références bibliographiques
Alberoni, Francesco, Le choc amoureux. Ramsay, 1981. Bataille, Georges. Oeuvres complètes. T. VIII, Gallimard, 1976. Block, E Le Principe d'Espérance. T.T. Gallimard, 1976. Durkheim, Émile, Jugements de valeur et jugement de réalité, Félix Alcan, 1930. Eschyle, Prométhée enchaînée. Théâtre complet, GF, 1964. Faye, Jean-Pierre, Langages totalitaires. Hermann, 1973. Goethe. Faust. Garnier, 1956. Lefort, Claude, Le travail de l'oeuvre Machiavel. Gallimard, 1972. Lourau, R., L'analyse institutionnelle. Minuit, 1971. Sartre, Jean-Paul, Critique de la raison dialectique. Gallimard, 1960. Touraine, Alain, La société post-industrielle. Denoël, 1969. Weber, Max, Économie et Société. Plon, 1971.
Dernière mise à jour de cette page le Dimanche 06 juillet 2003 19:16 Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
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