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Collection « La désintégration du Québec et des régions »

L’autonomie décisionnelle et budgétaire des régions du Québec.
Un levier principal pour le développement
.
Mémoire présenté au congrès de l’association des régions du Québec, mai 2003.


Une édition électronique réalisée à partir du texte de la conférence économique du professeur d'économie, M. Sergieh F. Moussally, L’autonomie décisionnelle et budgétaire des régions du Québec. Un levier principal pour le développement. Mémoire présenté au congrès de l’association des régions du Québec. Saguenay : Mai 2003, 24 pages.

Introduction

L’avènement de ce qu’on qualifie désormais l’économie globale et informationnelle transforme radicalement la logique qui commandait le développement des entités spatiales durant la phase achevée de la seconde révolution industrielle (1880 - 1980).

Toute la configuration des rapports qui reliaient le pouvoir politique central aux systèmes régionaux à travers les institutions d’encadrement et de régulation, se trouve profondément bouleversée en raison des effets qu’impose le nouveau paradigme technologique (Castells,1999), en matière de création d’impulsion durable de développement.

À la logique des avantages comparatifs qui ordonnait la répartition des activités productives dans l’espace selon la dotation en ressources, se substitue une nouvelle donnée en matière de développement, fondée sur la capacité de l’offre qu’une entité régionale peut faire valoir, pour implanter des activités intensives en savoir-faire, et produisant des biens à haute valeur ajoutée.

Ce qui différencie désormais les entités régionales en matière d’accessibilité à toute trajectoire de développement réalisable dans leur espace-temps, ne relève plus d’une dotation favorable en ressources, ou d’une localisation avantageuse par rapport aux marchés, voir de l’envergure des stimulants fiscaux qu’elles peuvent offrir aux investisseurs potentiels.

Ces moyens qui relevaient des exigences du paradigme opérant durant la phase industrielle du développement, ne constituent plus que des palliatifs complémentaires au vecteur stratégique qui détermine — à toute fin pratique — l’aptitude de toute entité économique à réaliser des gains sur ses échanges avec le reste du monde. Ces gains constituent le fondement de toute impulsion de développement, que les pays, les firmes ou les régions peuvent réaliser.

C’est ainsi, que dans le cadre du nouveau paradigme de développement, les entités régionales sont assimilées comme des opérateurs assujettis aux exigences d’efficacité, de flexibilité, et de cohérence stratégique qui s’imposent à tout opérateur sur le système mondial des échanges.

L’aptitude d’une entité régionale à exploiter toute opportunité de gains qui se présente dans son espace-temps, constitue le critère premier de différenciation des systèmes régionaux en matière de développement.

Dans une analyse comparative de l’impact de la mondialisation sur le dyna-misme des régions relevant des pays industriels ayant atteint le stade de la primauté du progrès technique en matière de croissance, Kinzberg identifie deux catégories de régions:
  • les régions alertes (stickky), sont celles qui savent exploiter toute oppor-tunité de développement qui se présente dans leur espace, en utilisant les leviers de la mondialisation ;

  • les régions amorphes (slippery) caractérisées par un faible degré d’autonomie décisionnelle, un encombrement des rigidités du processus décisionnel, une latitude limitée des moyens (réglementaires) et des ressources disponibles.
Or, l’aptitude d’une région à exploiter efficacement (et rapidement) les oppor-tunités du marché, ou de la technologie, postule l’existence d’un large degré d’autonomie décisionnelle d’une part, une disponibilité régionale de moyens (financier, réglementaire, institutionnel, etc.) que la région peut mobiliser, dans le cadre d’une stratégie pertinente de création d’avantages concurrentiels de localisation, d’autre part.

Toute la théorie moderne du développement dans l’espace repose sur le postulat d’autonomie décisionnelle des régions comme fondement de leur efficacité stratégique (Castells, La Société en Réseau, 1992).

L’objet de ce mémoire est de rendre compte des gains réalisables de l’accessibilité des régions du Québec au statut d’opérateur économique disposant de trois attributs de l’efficacité:

  • l’autonomie décisionnelle en matière de choix des objectifs des moyens ou du rythme du développement économique qu’elles peuvent réaliser dans le cadre du processus mondial d’intégration des marchés et de mobilité du capital;

  • la disponibilité de moyens et d’instruments appropriés à la mise en œuvre de toute stratégie de transformation de leur assise économique et technologique, et d’adaptation aux exigences de la compétitivité mondiale, ou continentale;

  • la capacité d’adapter les structures régionales de support et d’encadrement des activités productives, aux exigences du nouveau paradigme technologique impliquant la création, l’exploitation, la diversification et le renouvellement du stock en capital information, comme fondement de tout processus soutenu de développement.

Cette mutation implique une transformation radicale des assises et du modus operandi de ce qu’on qualifie le Modèle québécois.

L’hypothèse que nous tenterons de démontrer, implique les propositions suivantes:

  • la mondialisation et le nouveau paradigme technologique, offrent des perspectives de développement à toutes les régions du Québec, sans égard à leur taille démographique, leur localisation dans l’espace ou leurs handicaps spécifiques (dotation en infrastructure technologique, spécialisation, etc.);

  • le modèle centralisé de gestion qualifié de Modèle québécois, constitue la contrainte majeure au développement des régions dans le contexte actuel de la mondialisation. Dans son fondement conceptuel et ses modalités opératoires il ne répond pas à la logique de I’efficacité qu’impose le nouveau paradigme de développement;

  • la transformation institutionnelle requise, implique l’attribution de l’autonomie décisionnelle et budgétaire aux régions æ et en particulier en matière de développement économique, de protection de I’environnement et de gestion des biens et services municipaux.
Une nouvelle configuration des rapports triangulaires entre l’État, les institutions régionales et les opérateurs économiques, doit être inventée comme base d’un nouveau Modèle québécois adapté aux exigences du XXIe siècle.

Figure 1

Schéma de transformation
du Modèle québécois



Source : Moussally, 2003.

Retour à l'étude de l'auteur: Sergieh F. Moussally, économiste, UQAC. Dernière mise à jour de cette page le Jeudi 29 mai 2003 17:11
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 



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