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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Traité du gouvernement civil (1690):
Introduction par Mme Simone Goyard-Fabre


Une édition électronique réalisée à partir du livre de John Locke (1990), Traité du gouvernement civil. Traduction française de David Mazel, 1795 à partir du texte de la 5e édition de Londres publiée en 1728. Paris : Garnier-Flammarion, Deuxième édition corrigée, 1992. Collection Texte intégral. Traduction de Davuk Mazel. 383 pages.


2. L'influence du comte
de Shaftesbury


Lorsque lord Ashley fut élevé à la pairie et devint premier comte de Shaftesbury , il demanda à Locke de remplir diverses fonctions publiques relatives, entre autres, aux bénéfices ecclésiastiques et au commerce. Locke accepta. Il travailla comme secrétaire attitré de Shaftesbury jusqu'en 1675, non sans subir les contrecoups des tribulations de sa carrière politique agitée. Cela, assurément, ne suffit pas à décider des idées de Locke. Mais, alors que, au cours des années passées à Christ Church, il conférait à l'obligation politique le visage de l'obéissance et définissait la citoyenneté en termes hobbiens, il composa, dès 1666, un Essai sur la tolérance dans lequel il déclarait explicitement que la tolérance était pour les gouvernants un devoir politique. La tolérance, disait-il, doit se manifester envers tous les non-conformistes, c'est-à-dire tous ceux qui, puritains, presbytériens, catholiques ou papistes, n'acceptent pas l'Acte d'uniformité destiné à pacifier les consciences par la soumission générale à l'anglicanisme ainsi haussé au niveau de religion d'État. Locke entrevoyait nettement les incidences politiques de ce problème éthique : il s'agit bien d'un acte de foi dans la liberté des citoyens et d'une option en faveur d'une politique libérale du pouvoir civil. La tentation hobbienne du Civil Magistrate de 1660 était définitivement dépassée. A la même époque, Locke, à la demande de Shaftesbury, travailla à la rédaction du texte des Constitutions de la Caroline, colonie d'Amérique que le comte partageait en copropriété avec quelques autres seigneurs. Le texte - promulgué en 1670 et abrogé en 1693 - est, à bien des égards, désuet par ses relents de féodalisme. Pourtant, on y trouve le souci de maintenir « la balance du gouvernement », ce qui sera une idée-force des théories libérales ultérieures. Aussi bien comprend-on que, dans ces conditions, Locke ait été ébranlé par la politique de tolérance qu'adopta le gouvernement de Charles Il en promulguant, en 1672, l'année même où Shaftesbury devenait Chancelier, une déclaration d'indulgence qui supprimait les sanctions prises à l'encontre des dissidents puritains et des catholiques. Bien que la politique anglaise ait alors été vacillante, Locke trouvait un stimulant dans ses relations avec Shaftesbury. A travers l'action du Chancelier, il scrutait les difficultés que soulevait l'inimitié latente entre protestants et catholiques dans un pays où tout acte politique est imprégné de signification religieuse et tout comportement religieux pétri de desseins politiques... Il pouvait alors s'interroger sur les fondements d'une liberté dont il mesurait l'importance pour la condition humaine.

Toutefois, ces considérations d'éthique politique étaient loin d'épuiser alors l'activité intellectuelle de Locke. Pendant les années passées, de 1672 à 1675, auprès du chancelier Shaftesbury, Locke s'intéressa à la philosophie de Descartes, à la physique de Thomas Sydenham; il s'ouvrit à l'économie politique que W. Petty lui avait fait entrevoir; il comprit les mérites de la jeune méthode clinique qu'enseignait l'université de Montpellier. A cette époque, et conformément à son intuition première, il traça plusieurs esquisses pour son Essai concernant l'Entendement humain. Malgré ces intérêts multiples, la vie agitée de Shaftesbury le forçait à demeurer vigilant en matière politique. Et, lorsqu'en 1675, le roi d'Angleterre mit fin aux fonctions de son Chancelier, accusé de républicanisme, Locke suivit son ami en France où il demeura jusqu'en 1679.

Il séjourna d'abord pendant deux ans à Montpellier, à la fois pour soigner une santé fragile et pour suivre des cours de médecine. Puis, on le retrouve pendant un peu plus d'un an à Paris où il remplit des fonctions de précepteur auprès du fils de l'un des amis de Shaftesbury. Après un nouveau séjour à Montpellier et un bref passage à Paris, il rentra à Londres où, sous la pression de l'opinion, Charles Il avait dû restituer à Shaftesbury la charge de Chancelier. Le climat Politique était alors très ten-du, la question de la succession au trône opposant, une fois de plus, le protestantisme du monarque au catholicisme de son frère, prétendant légitime à la Couronne. Après bien des péripéties, Shaftesbury, leader de l'opposition au Roi, fut enfermé à la Tour de Londres pour avoir soutenu les prétentions de Monmouth, fils bâtard de Charles Il et protestant. Libéré une fois encore sous la pression du peuple, le Chancelier quitta Londres pour Oxford. Arrêté, jugé et finalement acquitté, Shaftesbury s'embarqua pour les Pays-Bas, où il mourut en janvier 1683. Locke écrivit son épitaphe.



Retour à l'auteur: John Locke Dernière mise à jour de cette page le mardi 21 octobre 2008 16:05
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 



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